Une Femme comme elle : Bettye Lavette

Bettye Lavette (Betty Haskin) est née en 1946 à Muskegon, Michigan. A l’age de six ans, elle part s’installer à Detroit avec sa famille. A 16 ans, elle effectue son premier enregistrement en compagnie de Johnnie Mae Matthews, importante figure du R & B de Detroit.
Detroit : Motown exerçait une certaine hégémonie, qui ne masquait pas cependant une liste d’artistes s’exprimant dans des registres divers. En R & B la Motor City était pourvue de clubs prestigieux (Paradise Theater, Flame Show Bar, Frolic, Club Sensation), et aussi d’excellents interprètes

(Lavern Baker, Little Willie John, Jackie Wilson, sans parler des bluesmen : John Lee Hooker, Eddie Kirkland, Little Sonny, Johnnie Basset. Tandis qu’Aretha Franklin attire les foules dans la New Bethel Batist Church, aucun label ne semble capable de pouvoir développer son réseau de distribution au-delà de la ville. Berry Gordy et Motown rachètent quelques petits labels, afin d’éviter la concurrence. Grâce à un accord passé avec Atlantic à New York, Ollie Mc Laughlin (Karen, Carla) reste un adversaire sérieux pour Motown. Il va participer au succès des Capitols, Dean Jackson, Barbara Lewis et … de Bettye Lavette. Dans les années 70, Motown s’exile à Los Angeles et permet à d’anciens concurrents (Dozier Holland, Baladian) de reprendre quelques couleurs.

Bettye Lavette : Dans les années 60 – 70, Bettye enregistre des singles pour de nombreux labels (Atlantic, Lupine, Calla, Big Wheel, Karen, Silver Fox, Atco, Epic, West End…) Ils sont presque tous excellents. Elle apparaît dans de nombreux clubs et théâtres dont le fameux Apollo de Manhattan. Pendant une décennie Bettye enregistre de magnifiques singles : “My Man” (Atlantic 1962), “Let me down easy ” (Colla 1965), “He made a woman out of me” (Silver Fox , allègrement censuré par certaines radios), “Take another piece of my heart” (1970), “Heart of gold” (Atco 1972), “You turn to cry” (Atco 1972), “Doin’ the best that I can” (West End 1978), “Right in the middle”(Motown 1981).
De superbes albums vont voir le jour parmi lesquels: “Tell me a lie” (Motown 1982), une compilation Charly en 1985, où les anglais suppriment le E de son prénom, un album P Vine en 1986.
Bettye nous offre également de très bons CD dont «Blue Soul Belles» (West Side 1999) avec Carol Fran, «Souvenirs» (Art & Soul en 20000, un petit label français qui réunit des faces Atco et Atlantic), «Let me down easy» (un live enregistré aux Pays-Bas) et dernièrement «A woman like me» (Blues express). Bettye participe à la réalisation d’un album de Smokey Robinson « Soul Train ».
Mais c’est sur scène que Bettye Lavette impressionne. Elle enflamme lors d’un concert, l’Université de Columbia. Après avoir occupé les planches à Broadway, avec Cab Calloway avec succès, elle recommence à tourner en Europe. Partout où elle passe les éloges sont unanimes (Porretta, Paris, au Chicago Blues Festival). En 2002, avec le concours du multi Grammy-Award Dennis Walker, elle enregistre donc chez Blues Express « A woman like me ». On évoque souvent Aretha, Etta James, Betty Everett, lorsqu’on écoute Bettye. Je pense qu’elle est au dessus, par sa fluidité et son intensité.
Je ne pense pas m’avancer en affirmant que Bettye est avec Candice Staton la plus belle voix américaine.

Le Concert au Méridien (Mai 2004) Le concert commence par un long et quasi instrumental, pendant lequel Alan Hill se charge du chant. C’est bien, ça joue juste, mais Bettye n’est pas là, et il ne faudrait pas que cela s’éternise. L’orchestre de Bettye travaille depuis 2 ans maintenant avec elle. Le Band est composé de William Farris (guitare), Patrick M. Prouty (basse), Darryl Pierce (drums), et enfin d’Alan Hill (claviers, arrangeur, directeur de scène). Alan a remplacé Rudy Robinson décédé en 2002, et qui travaillait depuis de longues années avec Bettye. Enfin la section Cuivre est confiée aux talentueux Franck Delpeut (trompette) et d’André Villeget (sax). Tous les musiciens sont originaires de Detroit sauf Alan Hill qui vient d’Ann Arbor et de la section cuivre qui vient de chez nous.
Et puis William Farris annonce l’arrivée de Madame Bettye Lavette, elle arrive par la droite sous des applaudissements. Elle est de suite très remuante, très dynamique, pleine de punch mais si naturelle pourtant. Bettye reprend “The stealer”, “He made a woman out on me”, “Forecast”, “You turn to cry”, “You’ll never change”, “Souvenir”, “Right in the middle”, “Let me down easy”,”A woman like me”. EPOUSTOUFLANT ! Les musiciens jouent sobre et carré, Alan Hill adoucit la sauce aux claviers, Pat Prouty nous offre quelques solos de basse digne d’un guitar-leader, aux baguettes Darryl Pierce est excellent avec tout un travail de résonances, la section cuivre est très sobre mais intervient toujours à propos. J’apprécie particulièrement William Farris aux guitares. Je le trouve largement supérieur, plus juste et plus sobre qu’Alan Mirikitani qui officiait sur le dernier CD il y a deux ans. Entre chaque morceaux, Bettye évoque des anecdotes, des souvenirs, de l’émotion, elle a aussi des dons de conteuses en dehors de son chant et de son energie. Au sixième morceau, elle descend de la scène et arpente les travées des spectateurs pour rejoindre le Bar. Vraiment un spectacle que je recommande car la voix est fluide, pleine d’intensités, pleine d’émotions, parfois légèrement rauque et parfois griffant. Peut être au sommet de son art, aussi à l’aise sur les morceaux Soul, funky que dans les ballades.
Merci à Bettye Lavette Band pour le spectacle proposé.

Eric P. (le kingbee)

Note : Bettye Lavette ne figure pas dans la superbe encyclopédie du R&B de Sébastian Danchin. L’auteur s’en explique en page 11. Bettye a un superbe site web : www.bettyelavette.com. Madame Lavette sera présente au prochain festival de Nice le 27 juillet 2004.

Je remercie également Pat, William et Franck pour leur gentillesse et leur disponibilité.
E. P.

 

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