This is Woodrow Adams

Les Disques

Woodrow Adams • This Is The Blues • Be! Sharp
Le monde du Blues a connu de nombreux Rois : Muddy Waters, BB King, John Lee Hooker, T. Bone Walker, Lightnin’ Hopkins ou Clifton Chenier surnommé The King of Zydeco. Mais en dehors de ces légendes, véritables icônes, le registre a vu défiler un nombre incalculable de seconds couteaux. Certains d’entre eux accompagnaient leur leader en studio ou sur scène sans pouvoir enregistrer sous leur nom. D’autres, plus chanceux, parvenaient à graver quelques singles tandis que les moins veinards enregistrèrent des disques qui ne seront jamais édités. Les exemples ne manquent pas.

Le label Be! Sharp Edition publie un vinyle de Woodrow Adams. Guitariste, harmoniciste chanteur et parfait prototype du second couteau, Adams est né en 1917 à Tchula, une bourgade du Mississippi située au Nord de Bentonia. Curieusement cette petite ville perdue est aussi le lieu de naissance de Jimmy Dawkins, Lester Davenport et Smokey Smothers.

Adams apprend l’harmonica auprès d’Howlin’ Wolf, ce qui lui permet d’accompagner Sonny Boy Williamson et Houston Stackhouse. En 1947, il joue avec Howlin’ Wolf et Fiddlin’ Joe Martin à Tchula et Robinsonville. Après le départ du loup Hurlant, il forme les Boogie Blues Blazers, un trio qui se fait une solide réputation dans les juke-joints locaux. Vers 1950, il rejoint Memphis où il collabore avec Memphis Piano Red. En mai 1952, suite à une audition dans les studios Sun de Sam Phillips, il met en boite six titres, mais seuls deux d’entre eux verront le jour sur un single Checker. En1955, il récidive enregistrant deux faces pour le label Meteor, en compagnie de Joe Hill Louis.

Il lui faut attendre cinq ans pour retourner en studio gravant ainsi ses deux premiers titres pour Home of the Blues Records. A la fin du mois d’août 67, Home of The Blues le renvoie en studio cette fois à Robinsonville pour deux sessions au cours desquelles il enregistre ses sept derniers titres qui ne seront pas publiés et dont certains demeurent inédits à ce jour. Il aurait accompagné Roy Brown sur « Rockin All The Time » édité sur Home of the Blues Records.

Les titres de Woodrow Adams étaient jusqu’alors disséminés sur diverses anthologies: la série Charly consacrée au label Sun, sur le coffret Bear Family « The Sun Blues Box » paru en 2013 qui proposait six titres du guitariste.

Voici enfin réunis sur un même disque tous les titres enregistrés par Woodow Adams. Il ne manque que les quatre faces datant de 1967: « Rolling And Tumbling», « Sitting On Top Of The World », « Mean Mistreater » et « Get Up In The Morning ». Au cours de ces enregistrements, on retrouve l’harmoniciste Sylvester Hayes, Joe Martin, plus connu sous le nom de Fiddlin Joe Martin à la batterie, Joe Hill Louis, Curtis Allen et Dacey Williams aux guitares. Woodrow Adams officiant au chant, à l’harmonica et à la guitare sur six plages.

La Face A s’inscrit résolument dans un blues roots, rugueux, terrien et poisseux; les titres sont interprétés de façon spartiate avec juste un harmonica, une guitare et une batterie. Le compilateur a placé en ouverture le single Checker avec « Pretty Baby Blues », le rythme martelé résonne comme la marque de fabrique de Woodrow Adams, rappelant la sonorité d’Howlin Wolf. « She’s Done Come And Gone » se révèle encore plus percutant avec un jeu à la slide qui évoque Elmore James et un beat incroyable dans lequel la guitare semble survoltée. Avec « If You Don’t Want Me » on tombe en plein Memphis Blues, alors que « The Last Time » s’oriente sur un One Man Band à l’instar de Dr. Ross ou de Joe Hill Louis. Quel régal! « The Train In Coming » nous offre une guitare incisive et un Sylvester Hayes débordant d’énergie à l’harmonica pour un cocktail riche en couleurs. Issu du single Meteor 5018, « Wine Headed Woman » figure dans la lignée d’un Junior Parker, le rythme lancinant vous prend aux tripes. Idem pour « Baby You Just Don’t Know », morceau typique au Memphis Blues du milieu des années 50.

La face B débute par du blues plus moderne et plus clair, « Something On My Mind » dont le rythme nonchalant permet de placer la voix de Woodrow Adams comme en écho, même remarque pour le jeu de guitare. « Sad And Blue » (issu du single Home of the Blues 109) figure dans le même esprit. Adams se lance ensuite dans du blues teinté de Swamp avec « Seventh Son » avec une voix à consonance Lazy Lester. Il poursuit avec « Everything I Do Is Wrong » sur lequel son harmonica sonne encore très Swamp Blues, même chose avec « Don’t You Know I Love You ». Ces titres ne dépareilleraient pas dans une compilation de Swamp. Changement de cap avec « I Love You O Yes I Do », un blues lent plus moderne et plus aéré marqué par un cinglant jeu d’harmonica. Bonne interprétation de « How Long », la voix de Woodrow Adams fait penser, à un écho comme si elle se superposait à la rythmique pour déboucher sur une ambiance aussi troublante que rurale. La compilation se clôture avec « Pony Blues » de Charley Patton, pour une version qui donne l’impression d’être enregistrée en Live dans un juke-joint local, le tempo mortel fait mouche tandis que la guitare se fait féroce. Un pur moment de bonheur!

Cette compilation dédiée à Woodrow Adams, décédé en 1988 à Robinsonville bourgade du Mississippi où le musicien s’était installé depuis près de 40 ans, nous propose un grand épisode de la musique noire américaine. Du Blues sans artifice et dans le plus simple appareil. Héritier des traditions du Rural Blues du Delta s’inspirant d’Howlin’ Wolf, Adams reprend les accents de véhémence et le jeu fougueux d’harmonica de son mentor, le tout combiné avec un jeu de guitare frustre et dépouillé. Du Grand Art !

Ce témoignage musical exceptionnel et authentique permet pour la première fois d’écouter autant de titres de Woodrow Adams (16 titres). L’une des meilleures rééditions de l’année 2015. Un véritable Must !

http://www.negamusi.com/be-sharp/

Henri Mayoux

 

les 5 derniers articles de bluemayoux

0 Commentaires

Laisser une réponse

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi
DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?