Ry Cooder

Ry Cooder

Ry Cooder est un de nos derniers Hobos entre Griôts Cubains, Bluesman Galicien, Shaman Malien et Samouraï Irlandais. Le genre d’homme à bruler le dur à l’ancienne. Toujours en partance pour un autre trip, un échange avec l’autre…rare de nos jours ça l’échange…on se connecte! Afrique, Irlande, Mexique jusqu’à la planète de ce grand déglingué de Captain Beefheart ou il a fait ses classes ce mec a joué avec tout le monde et partout. Les Stones ont bien essayé de le retenir jusqu’à leur exil sur Main Street. Beaucoup ont crus qu’il ne pouvait habiter qu’à Paris… Texas ! Bref,  il avait tout pour faire une carrière. Il a fait une œuvre.
Quand il reste sur ces bases, comme la route à 66 balais ces gallettes sont comme des zones hors du temps, ces tronçons d’asphalte au bord desquels soufflent encore les vents du désert convoquants tous les rèves et les musiques du passé…Jazz, Country, Blues, Folk,
Rythm’n Blues et Tex Mex le tout avec ce son de guitare inimitable autant capable de balancer la foudre entre fulgurants éclairs de slide que de ciseler tout en délicatesse par son picking la plus douce et tendre des averses. Comme un Van Gogh de la six cordes son jeu a de la pate là ou d’autres se contentent de barbouiller ou d’étaler. De la même trempe JJ Cale, Tony Jo White et quelques autres ont ce truc que seuls les américains ont…à cause du Blues surtout, que les anglais n’auront jamais même bien imité… peut-être
à part Burdon ou Ian Seagal mais là on a dut échanger les chiards dans certaines couveuses de continents à continents et que les Français au moins chercheront toujours plus à expliquer qu’à avoir.
Pourtant tout est là ou plutôt était… à la manière d’un Mano Solo qui lui faisait la peau en perdant la sienne quand il s’en approchait d’un Vladimir Wissosky ou d’un Cameron. Dans tous les gonzes que je viens de citer et surtout d’oublier il y avait toujours une zone de crevasses sous la chanson… d’un bleu sourd. A la Johnny Cash… A la John Lee Hooker.. En écorchant à vif la bête! Mais bon revenons à nos moutons.

En boucle tourne sur ma platine son dernier album ” RY COODER & CORRIDOS SAMOSOS
Live August 31 Sept ” enregistré à San Francisco. “CRAZY’ BOOT AND AUTOMOBILE” ouvre le feu à l’ancienne. Applaudissements et cris dans la salle, la gratte se pointe, la voix ensuite et les chœurs de Terry Evans. Ry Cooder chante comme un dieu jusqu’au premier
solo de gratte tout en giclées de laves tandis que le sax déboule en dessous et que la guitare mandale la fin du morceau tout en accords. Putain c’est bon! “WHY DON’T YOU TRY ME” est un Slow Blues à chialer. Les cuivres assurent grave et la slide commence à passer
la frontière. Délire dans la salle. “BOOMER’S STORY” est une ballade que Ry se prend dans les hauteurs, le picking est somptueux. L’orchestre swingue comme si il ne voulait pas déranger… tout en délicatesse. Partie de guitare mélancolique. Le public chavire.
Sublime! “LORD TELL ME WHY” tape dans le lourd. Riff graisseux qui laisse de l’huile sur la route. Je pense au Live de Hound Dog Taylor…cette sorte de came qui t’explose la tète, le plancher et les boots. “DO RE MI” de Woodie Guthrie. On dirait que mon antifa
préféré l’a écrite exprès pour lui. Flaco Jimenez branle son soufflant pire qu’un dortoir d’internat privé puis le Ry énonce le menu et c’est parti pour le step…un pied dans le Texas et l’autre au Mexique. Borderline et bordélique. Entre ça et le Pogues à l’Olympia… tout n’est pas perdu. “SCHOOL IS OUT” Et dire qu’au temps de Little Village que j’avais vu à l’époque le Ry Cooder était plutôt du genre mutique. Et là, il se lache comme jamais.
Jusqu’à donner l’impression que le band n’a pas de check list quand il commence. Le chant est canaille tandis que la guitare gambade comme un môme dans les flaques d’eau ou plutôt de téquila un premier jour de vacances. Jubilatoire! “THE DARK END OF THE STREET” Sur une des plus belles chansons jamais écrite… on donne dans l’orfèvre. Guitare, voix, accordéon arrivent sur la pointe des pieds. Pas question de l’effaroucher. Terry Evans se lache et le solo derrière me met les larmes aux yeux. “EL CORRIDORE JESSE
JAMES” Ambiance balloche à faire éclater les guirlandes à coups de poings et chavirer ceux qui restent encore debout. Les cuivres sont astiqués à la téquila et le chili mijote à la liqueur de crotale…du brutal !

“WOOLY BULLY” Du même tonneau… les fauves sont lachés dans la volière, le sax arrache tout. Un décalaminage bien roots au mescal. “VOLVER VOLVER” Sur un picking christallin en intro, l’accordéon arrive comme une éclaircie. La chanteuse Juiette Commagere fout le feu à tout ça au refrain. Mitchum aurait adoré ça surtout que les cuivres foutent un souk pas possible derrère. La salle grimpe aux rideaux. “VIGILANTE MAN” Encore Woodie Guhrie et c’est tant mieux. Dés l’accordage on reconnait ce son et c’est déjà du Blues. Et là celui du bonhomme bourdonne et gronde grave à mains nues sur les cordes comme des fils haute tension. La voix s’aligne menaçante. On dirait un face à face entre grévistes, flics et
jaunes. Là on joue plus et ceux qui sont là pour certains ne pourront plus s’aligner ensemble au comptoir. La partie de guitare est époustouflante…t’écoutes ça les poumons bloqués, les pognes tremblantes et les machoires serrées comme avant un baston.
Heureusement,  Ry Cooder se remet à chanter. Comme Woodie sa guitare est une arme and kill…tous les connards. Il boucle tout ça possédé à la manière d’un shaman… une transe de désespérados.
“GOODNIGHT IRENE” Les guirlandes et les lampions s’éteignent en se mellant à la lueur naissante du petit jour dans n’importe quel petit bal perdu. Les dernières vagues au loin, les derniers verres, les dernières notes… Flaco Jimenez caresse son clavier pour les
derniers amoureux sur la piste tandis que Ry Cooder joue pour les autres…les derniers solitaires. Magnifique! Bon ben voilà il n’y a pas de 13° titres…pas besoin. Alors que pour pas mal d’autres le LIVE sert de bouche trou ou de bouclage de contrat certains en
méritent vraiment l’appelation. Je pense au “SHUP UP AND DIE LIKE AN AVIATOR” de STEVE EARLE, au “BEFORE THE FLOOD” de DYLAN et quelques autres. Ceux qui y étaient retrouve ce qui les avaient fait triper grave même si jamais complètement et ceux qui avaient fait l’impasse en partie et surtout tout ce qu’ils ont manqués. Un
peu comme ce shot rapeux que ce soir là Ry Cooder a balancé…à la mexicaine quand on retourne les morts avant de faire la fète.

“Et que la nuit soit belle
Et que nos vies soient belles
Et que leurs chants ruissellent
jusqu’à nos yeux Ma Belle…”

Paco
Photo : Susan Titleman

 

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