Prof. Harold Boggs, Lord Give Me Strength

Portrait

Lord Give Me Strength – Early Recordings 1952-1964
Harold Boggs est né le 18 juin 1928 à Port Clinton (Ohio), une bourgade située à deux pas du Lac Erié, ville qui de nos jours concentre l’essentiel de ses activité sur la pêche et le tourisme.  Issu d’une famille très croyante de cinq enfants, le jeune Harold a deux frangins et deux sœurs.
Quand sa mère n’officie pas comme domestique pour un couple fortuné, elle se consacre à l’église qu’elle vient de fonder à la naissance du petit Harold, la Gypsum Tabernacle Church, paroisse où elle endossera au fil des années pas moins de quatre fonctions. Non contente de se dévouer au Seigneur, Rosa Boggs occupe également à un poste d’institutrice le dimanche.

Revenons à notre mouton, pas celui de la crèche, mais au personnage central de notre chronique. Enfant, Harold souffre d’une forme irréversible de glaucome, un peu comme Ray Charles. Gamin, Harold développe rapidement un don pour la musique. Dès quatre ans, le petit Harold est capable de chanter et de jouer des cantiques de Thomas Dorsey autour du vieil orgue à pompe familial.

En 1939, Harold, dont la vue se détériore de plus en plus, fait sa première apparition publique à la Second Baptist Church de Sandusky, bourgade entre Toledo et Cleveland et lieu de passage important pour les esclaves qui voulaient jadis gagner le Canada, pour vivre libre comme vous et moi.

Pour Rosa, ce rejeton handicapé est un don de Dieu, don qu’elle va développer en envoyant le gamin se parfaire à la Gunnell School of Music. En raison de son fort handicap, Harold bénéficie d’un tutorat spécial, recevant à la fois des cours par la Directrice de l’établissement mais également des cours supplémentaires.

La légende raconte qu’Harold, encore adolescent, avait été invité à jouer pour Mahalia Jackson lors d’un concert à Toledo.

Lillian Cumber, impresario noire de la Diva, essaiera en vain d’enrôler l’adolescent pour le compte de la firme Savoy dirigée par Herman Lubinski, dans le but de l’enregistrer avec la promesse d’en faire une star. Mais le jeune chanteur décida de rester fidèle aux gens qui avaient cru en lui et qui le soutenaient depuis longtemps.

En 1943, Harold devient complètement aveugle, mais le garçon apprend à vivre avec son affliction et reprend ses études de musique. Rosa, travaillant toujours comme domestique, emmenait souvent Harold avec elle pour l’aider à épousseter, nettoyer, laver la vaisselle et faire le lit.

Harold va officier au Gypsum Tabernacle comme arrangeur et chef d’orchestre de la chorale. La chanteuse principale de la chorale n’est autre que Lula Reed avec laquelle Harold ne tardera pas à chanter en duo. Issue d’un milieu baptiste profondément religieux et ainée de deux du non voyant, Lula Reed va connaitre le succès fin 1951 en quittant la musique du Seigneur pour rejoindre le monde de la musique profane. Lula, longtemps secondée par Sonny Thompson qu’elle finira par épouser, enregistrera pour King, Federal et Tangerine. La chanteuse a quitté les studios en 1967 faute de contrat.

En 1947, Harold forme l’Harold Boggs Gospel Singers piochant parmi des membres de sa chorale. La petite troupe va alors se produire dans l’Ohio, l’Indiana et le Michigan pour donner des concerts devant des églises. Souvent, le petit groupe répète dans le bus. Ce procédé fait avec les moyens du bord débouche généralement sur des chants joyeux et des cris. Bein oui, il faut bien couvrir le bruit des soupapes du vieux bus et parfois forcer le conducteur à s’immobiliser sur le bord d’une route poussiéreuse. Chanteur, arrangeur, chef de chorale, Harold se met à la dactylographie, procédé qui lui permet d’écrire les paroles de ses chansons que ses équipiers vont pouvoir apprendre.

Le 18 août 1952, Harold épaulé par le fidèle organiste Warner Buxton enregistre à Cincinnati deux singles dans les Studios du label King de Syd Nathan. Sept semaines plus tard, Lula Reed enregistrera sa troisième session avec l’orchestre de Sonny Thompson Orchestra sous la supervision d’Henry Glover. La chanteuse ayant à cœur de chanter du gospel, gravera deux titres « My Mother’s Prayer » et « Heavenly Road » épaulée par The Harmonaires, un quartet masculin qui tournait depuis des lustres avec Georgia Peach.

En mai 1953, Harold  enregistre sa seconde et dernière session pour King. Cette fois, des percussions ont été ajoutées au mixage avec Harold et Buxton au piano et à l’orgue. Les deux singles sont des échecs et ne se vendent pas,  King met fin à son contrat.

Harold Boggs va rebondir en 1955 en formant ses premiers Boggs Specials, ensemble comprenant outre Warner Buxton, Adolf Sterling, David et Evelyn Smith avec à la clef une embauche chez Nashboro Records. Début 1957, Harold entame une collaboration de 18 mois avec Charlie Duncan chantant l’évangile sur tout le territoire.

En avril 1958, Harold  forme une seconde série de Boggs Specials, cette fois les membres sont choisis en fonction de leur qualité vocale. Au fil des années, la troupe comptera dans ses rangs Willie Horton, Bobby Hardin, le Révérend Johnny Brown, Freddie Buhl, Charles Spencer, Billy Bennett, Ralph Clay, Darnell Woods, Michael Smith et bien sur Warner Buxton, pour deux décennies de succès spirituel.

Sponsorisé par Ernie’s Record Mart, le magasin de disques d’Ernie Young, patron de Nashboro, et la WLAC, la radio de Nashville, Harold Boggs va connaitre deux décades de succès spirituels, parrainant de nombreux programmes religieux. Il contribuera à la création de la section NAACP de Port Clinton, collectera des fonds pour des œuvres de bienfaisance. En1963, The Boggs Specials feront une petite entorse à Nashboro en enregistrant deux titres pour le label Song Bird, filiale Gospel de Duke/Peacock. En 1964, The Boggs Specials se transforme en trio, le chanteur Billy Bennett complétant le duo Boggs/Buxton.

 

En 1973, Boggs devient Pasteur du modeste Gypsum Tabernacle qu’il va contribuer à rénover. Il aura enregistré 3 singles pour King, 19 singles et 10 albums pour Nashboro Records, un disque pour The Champs Recording Company de Nashville et un autre pour Sound of Gospel Recording Company, une maison de disque basée à Detroit.

Homme sans prétention, doté d’une voix expressive grande habileté musicale, Boggs qui ne s’était jamais marié préférant se consacrer à ses fidèles et à sa foi est décédé le 12 novembre 2000, neuf mois après le décès de sa mère et à deux pas de l’endroit qui l’avait vu naitre. Warner Buxton est décédé le jeudi 1er mai 2008 à son domicile de Port Clinton.

Le label Gospel Friend nous délivre ici un recueil bienvenu, Harold Boggs étant curieusement resté en dehors du circuit des rééditions de Gospel malgré une discographie relativement conséquente. Compositeur prolifique, arrangeur et excellent meneur d’hommes spécialisé dans les chorales réduites, Boggs demeure l’annonciateur des futurs poids lourd James Cleveland, Alex Bradford ou du Révérend H.B. Crum.

Per Notini nous compile ici 28 titres (durée approximative 74 minutes) enregistrés entre août 1952 et octobre 1964. La compilation propose une grande majorité de faces Nashboro (19 pistes sont issues de singles) agrémentée par cinq titres (les premiers) piochés dans le catalogue King. Notini n’oublie pas de nous offrir deux petites fantaisies avec deux titres chantés par Lula Reed, deux pièces qui témoignent que la frontière entre le R&B, musique du Diable par excellence, et le Gospel est parfois aussi  mince qu’une feuille de papier à cigarette.

 

Le Kingbee

 

Cette chronique est dédiée à toutes ces femmes et ces hommes qui arborent des gilets phosphorescents de couleur jaune et qui crient leur désarroi et leur colère face à un Président qui n’a en tête qu’un seul mot d’ordre : prendre aux pauvres et aux plus nombreux pour donner aux riches et aux consortiums. Pas sûr que le bon Professor Harold Boggs aurait apprécié cette injustice.

 

YO !

 

 

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