Parlez moi de Zydeco Mister Carrier…

Roy Carrier and the Nightrockers « Living Legend » Severn CD – 0031
Roy Carrier voit le jour en 1947 dans un bled proche d’Opelousas. Il commence à apprendre le frottoir et accompagne son oncle Bébé Carriere qui est le violoniste leader des Carriere Brothers. Roy se met ensuite à l’accordéon diatonique, qu’il apprend seul, en jouant sur l’instrument de son père Warren Carrier. On dit que cet accordéon fût jadis la propriété de Nathan Abshire. Mais c’est comme guitariste chanteur que Roy joue, dès l’age de 14 ans avec sa première formation The Nightrockers.

Fortement inspiré par John Delafosse et Boozoo Chavis, la principale influence de Roy n’est autre que son célèbre cousin Clifton Chenier. Bon sang ne saurait mentir ! Victime d’un grave accident agricole, Roy perd une phalange de son index droit. Il doit développer une nouvelle technique. Il compense son absence de doigt par une utilisation différente des croisements de rangées et de gamme, ceci donnant paradoxalement un son nouveau à son accordéon diatonique. Pendant les années 70, il collabore avec Lee Lavergne, qui s’occupe d’un petit studio d’enregistrement à Church Point. En 1981, Roy ouvre son propre Club à Lawtell, le Offshore Lounge. Il y joue chaque Jeudis et essaie de lancer de jeunes adeptes afin de préserver la tradition. Ce club verra les débuts de Keith Frank. En 1987, il grave sur le petit label Lanor un premier 45 tours qui va lui apporter un petit succès, et surtout lui permettre de se faire connaître. Suite au décès de Lavergne, il enregistre à partir de 1996 à Washington. Certains de ses albums ont une touche artisanale, il s’agit parfois d’enregistrements mi public et mi studio, pouvant rappeler par le son, le formidable album de Willie King « Freedom Creek » dans un registre bien sur totalement différent. Parmi la discographie de Roy, l’album « Twist And Shout » sur le label Right On Rhythm, se détache du lot. Ce dernier restant toutefois très difficile à trouver en France.
Le grand mérite de Carrier est d’avoir réussi à transmettre sa fibre, à certains membres de sa famille. Ses deux fils, Troy et Chubby commencent à se faire un nom ; sans parler des nombreux cousins et neveux qui pratiquent au sein de diverses formations Zydeco. D’après Phil Sauret de Soul Bag, Chubby semblerait même avoir atteint un autre statut en Louisiane. Contrairement à ses collègues locaux, Roy Carrier n’hésite pas à traverser les Etats-Unis de long en large pour participer à des concerts. Comme à la grande époque de Clifton Chenier, le temps des bals et kermesses du Samedi soir (fais do-do) a incontestablement passé la vitesse supérieure. En 1999, Roy a effectué une apparition en pays Batave ; il est passé en août 2004 au festival de Saulieu. Seule ombre au tableau, il semble bien que ce CD édité chez Severn Records ne soit plus diffusé dans l’hexagone, et ce deux mois après sa sortie.

« Living Legend » est constitué de 12 compositions pour une durée de 58 minutes.Il est bien périlleux de relever un titre, plus qu’un autre dans cet album gai et festif à souhait. « Put A Hump In Your Back», la première plage du CD, donne de suite un aperçu de se que va être la suite, rythmes endiablés, joie de vivre, sans oublier les « Z’haricots » évoqués ici, de même que le « Move » (bouger). « I Come From The Country » nous permet d’apprécier le scrub board, proche du washboard, de Phillip Carrieré présent tout au long de l’album, un frotteur dont il va falloir se souvenir. La section rythmique est impeccable, sans être étouffante, à noter le petit solo de basse de « I Got Something For You Baby ». La guitare est tenue par Raymond Randle, qui épaule magnifiquement l’accordéon. Ce guitariste a de la bouteille, il est particulièrement au point sur « You Told Me That You Loved To Me ». Avec ce son de guitare, ces touches subtiles et toujours très sobres je pense de suite à Phillip Walker et Lonesome Sundown lorsque ceux-ci avaient intégré l’orchestre de Clifton Chenier. Longtemps méprisé par certains amateurs de Blues, un tel album devrait ravir les sceptiques. Il s’agit là de Zydeco moderne, sans effluves Funky, Reggae ou Pop.

Le Kingbee

www.rightonrhythm.com et www.severnrecords.com

Sources : Wayne Kahn (livret intérieur)
Remerciements à Phil Sauret pour ses lumières, le partage de ses connaissances et ses impressions sur Monsieur Roy Carrier.

 

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