Noyon Blues Estival 2008 (4e édition)

Noyon est une petite ville tranquille située dans le département de l’Oise, à 1H00 au nord de Paris. Cette ville célèbre pour son patrimoine exceptionnel s’est prise de passion pour le blues organisant depuis 2005 son festival de blues, le “Blues Estival”. Un air de fête flotte alors sur la ville durant le premier week end d’août et ceux qui ne sont pas en vacances en profitent pour se rassembler sur le site accueillant du square Roosevelt, bien sûr, pour écouter la musique et aussi pour profiter des différents stands installés sur la place, permettant de boire et manger, d’acheter CD et DVD, de découvrir une expo photos. Sous l’impulsion de Jean Michel Nanjod (ex boss de l’Art Puces Café), voilà un festival qui grandit chaque année, qui a son identité propre ne cherchant pas à copier les autres festivals.

On y retrouve toutes les composantes qui ont fait le charme et le succès de l’Art Puces Café il y a quelques années, c’est en quelques sortes un Art Puces Café à ciel ouvert. D’ailleurs, la programmation privilégie toujours les anciens piliers de l’Art Puces Café comme Big Dez, Boney Fields, Chelsea, Karim Albert Kook, Mat the Fax et Philippe Devin. Le festival continue sa progression que ce soit au niveau de l’organisation comme de la programmation, avec plus seulement 3 têtes d’affiche mais vraiment 2 groupes de niveau national ou international chaque soir. J’ai juste regretté l’absence d’animation dans la journée, le tremplin des deux années précédentes et le off dans les bars et restaurants ayant disparu. Parmi les nouveautés, j’ai apprécié l’apparition d’un présentateur, le très sympathique Jean Louis Bergerin, ex guitariste des forbans qui a beaucoup apporté dans l’animation des soirées. Et puis, on ne peut que saluer les efforts réalisés en ce qui concerne l’affiche du festival, réalisée par Denis Sire qui fut cette année encore très spectaculaire, à la fois sexy et colorée, flamboyante et psychédélique.

Le festival débutait avec une première soirée très homogène proposant deux formations étoffées et regroupant quelques uns des fleurons de la scène blues parisienne. La première partie fut assurée par Philippe Devin, dont on retiendra qu’il a fait sa première grosse scène en leader au Blues Estival de Noyon 2008. Il a confirmé tout le bien que je pensais de lui. Car, malgré ses 19 ans, je le connais depuis quelques années. C’est déjà un formidable guitariste (écoutez le son de guitare sur sa démo – elle est disponible sur son blog MySpace) qui a fait ses preuves avec Natural Blues, Back to Blues, avec Zora Young ou K-Led Bâ’ Sam et ces derniers mois, il a énormément progressé sur ce qui était son point faible, le chant. Après quelques grosses scènes dans des festivals français majeurs (Cahors, Blues sur Seine, Blues en VO), il a gagné en assurance devenant un leader plus que crédible d’autant qu’il a su réunir autour de lui un groupe qui ne manque pas d’allure ni de talents. A l’image de sa démo, il a proposé un répertoire de standards sublimés par sa guitare tranchante et clinquante et quelques belles passes d’arme avec Yann Cole ou Sylvain Fétis. Ce festival marque sans aucun doute une étape importante dans sa progression, il lui reste encore à gagner en autorité et surtout à composer…

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Philippe Devin (guitare et chant)
Yann Cole (guitare+chant sur les derniers titres)
Sylvain “Sly” Fétis (saxo)
Rachid Guissous (piano)
Mehdi Madia (basse)
Julien Audigier (batterie)

La soirée se poursuivait avec Big Dez, qui une semaine après avoir enflammé Cognac a récidivé à Noyon avec un “show à l’américaine”, 9 sur scène, 7 musiciens et 2 charmantes choristes. Le risque avec autant de monde sur scène, c’est la confusion, mais avec Big Dez pas de problème, la machine est bien rodée, tout est bien calé, bien en place, ça tourne au quart de tour ! Et là, je voudrais souligner le rôle très important joué par deux des piliers du groupe, Rodolphe Dumont (guitare) et Bala Pradal (piano) tous deux remarquables sans oublier Kim Yarbrough qui nous a balancé un solo de basse de folie. Bien sûr, Big Dez nous a joué une grande partie de ses deux derniers CD (“Night after night” et “You can smile”) intercalant aussi quelques reprises rythmées pour un blues teinté de Rhythm & Blues et de Rock & Roll.
Les morceaux s’enchaînaient et je n’ai pas vu le temps passé, le public en redemandait et Big Dez ne s’est pas fait prier pour nous offrir un long rappel.

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Big Dez (guitare et chant)
Rodolphe Dumont (guitare)
Bala Pradal (piano)
Kim Yarbrough (basse)
Ced Ricard (saxophone)
Richard Blanchet (trompette)
Luc Durand (batterie)
Nessia et Kania (chœurs)

La deuxième soirée a débuté avec les Bluetones, le groupe Caennais qui s’était illustré les semaines précédentes à Rossano (Italie) puis à Cognac. Ils présentaient les titres de leur tout nouvel album tout beau tout neuf “More than a feeling”. Et du feeling, ils n’en manquent pas, c’est certain !
Leur musique, ils la qualifient de “rhythm’ & rockin’ blues”, je n’invente rien, c’est ce qui marqué sur le CD. Elle est sans aucun doute inspirée par les musiques des années 50, mais le tour de force est que malgré ces influences, les Bluetones ont réussi créer une musique indiscutablement originale et personnelle, un blues qui rend heureux. Et surtout, on est impressionné par le fait qu’autour d’Agathe Sahraoui, la nouvelle chanteuse du groupe, ils ont renouvelé leur répertoire à 100% et s’appuyant sur les composition du nouveau CD, ils ont fourni un concert rondement mené sans temps faible. Beaucoup de finesse et de swing, une belle maîtrise instrumentale avec toujours beaucoup de fluidité du côté de la guitare de Pascal Fouquet. D’ailleurs, j’aurais bien pris un petit supplément de solos de guitare de Pascal Fouquet …

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Agathe Sahraoui (chant)
Pascal Fouquet (guitare)
Thomas Troussier (harmonica)
Eric Lebeau (basse/contrebasse)
Guillaume Chevillard (batterie)

Cette deuxième soirée fut plus éclectiques que la première puisqu’ après le rhythm & blues plein de swing des bluetones, arrivait Chelsea avec son cocktail pop/rock/blues/folk. Chelsea, c’est une sacré personnalité, un personnage hors normes. A voir son look et sa dégaine, on a l’impression de voir un gars venu d’un autre siècle, une sorte de chevalier du moyen âge avec des dread locks qui aurait pris la machine à remonter (ou à redescendre) le temps qu’il aurait arrêté le samedi 2 août juste pour monter sur la scène du Blues Estival de Noyon. Et que dire de cette rencontre aussi magnifique qu’improbable entre Chelsea et Karim Albert Kook, j’ai beaucoup apprécié la complémentarité entre la guitare acoustique de Chelsea et celle électrique de Karim. Tout comme les Bluetones plus tôt dans la soirée, Chelsea nous présentait son tout nouvel album (Once upon a time … in the heart) dont il a joué quelques titres complétant avec quelques uns de ses classiques comme “Runaway train”, des adaptations comme un “Sweet Home Alabama” devenu “Sweet Home Louisiana” ou des reprises des Stones. Dans ce répertoire pop/rock, c’est Karim Albert Kook par sa guitare et son bottleneck qui a amené le côté bluesy. Et puis, le concert comporta une séquence “world musique” avec l’apparition sur scène de la charmante chanteuse Iness, Karim Albert Kook chantant aussi le titre éponyme de son dernier CD “Barbes city limit blues”. Une vague d’enthousiasme, d’énergie positive et de vie avait envahi la scène, on a vécu un grand moment de complicité et de partage. Cette soirée a connu un gros succès populaire, la foule étant évaluée à 600 personnes par les organisateurs.

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Chelsea (guitare et chant)
Karim Albert Kook (guitare et chant)
Fabien Saussaye (piano)
Julien Audigier (batterie)
Thierry Jasmin Banaré (basse)
invitée : Iness (chant)

La soirée de dimanche démarrait avec Mat the Fax, un trio familier des habitués des puces de Clignancourt qui joue un répertoire de standards, essentiellement du blues assez classique joué avec une énergie rock, du “blues taillé dans le rock” comme disent les TPAG. Avec un leader chanteur/bassiste (ce qui n’est pas si courant) et un guitariste au jeu sans fioritures, ils ont joué notamment plusieurs reprises de Robert Johnson dans des versions assez péchues, mais aussi un peu de country (Dwight Yoakam notamment) et de Rock & Roll. A la batterie, on retrouvait l’inévitable Julien Audigier !

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Mathieu Joffray (basse et chant)
Bruno ? (guitare)
Julien Audigier (batterie)

La soirée se poursuivait avec la “star” du festival, Boney Fields qui se présentait sur scène très élégant, pantalon blanc, veste sombre et chapeau melon blanc sur ses dread locks. Si les amateurs de blues parisiens ont l’habitude de le voir lors de divers jams, notamment au café Loom (les fameuses jamboree du samedi soir), où il joue des standards, à Noyon, accompagné de son groupe Bone Project, il nous a joué ses compositions personnelles. Alors, même s’il est originaire de Chicago où il a accompagné quelques légendes du blues comme James Cotton, il ne joue pas du Chicago blues mais un blues/funk très puissant dominé par l’excellente section de cuivre. Ce concert fut explosif, Boney a allumé la mèche et ce fut un véritable feux d’artifice. Il a fait le spectacle, proposant notamment un petit jeu avec son guitariste où il lui ordonnait de jouer toujours plus vite jusqu’à la limite. Comme ce fut déjà le cas deux jours auparavant avec Big Dez, il nous a servi ce que j’appelle un “show à l’américaine”, réglé au millimètre. Difficile de rester indifférent tellement ça groovait, tellement ça sonnait. Précisons que le son était vraiment excellent, la balance était parfaite. Seul Bémol, je n’ai pas aimé les sonorités synthétiques du clavier et l’abus d’effets au niveau de la guitare. Mais, ne boudons pas notre plaisir, ce fut une très belle prestation de Boney Fields & Bone Project.

Si le temps a été menaçant durant une grande partie du concert, ça a tenu jusqu’au bout ou presque… Ca s’est terminé lors du rappel par un déluge assez soudain mêlant pluie battante et vent violent qui a gâché le final, l’étanchéité de la bâche qui couvrait la scène était loin d’être parfaite, le groupe fut contraint de s’arrêter brutalement, le matériel a été bâché dans l’urgence, tout le monde s’est alors un peu sauvé pour tenter de trouver un abris. C’est vraiment dommage, à quelques minutes près, c’était bon. Cette édition méritait une autre fin.

Certes, celle ci fut mémorable, heureusement, il n’y a pas eu de dégâts au niveau du matériel et au final, on retiendra que cette dernière soirée fut un succès avec un public presque aussi nombreux que la veille.

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Boney Fields (trompette et chant)
Nadège Dumas (saxophone)
Pierre Chabrelle (trombonne)
Hervé Samb (guitare)
Mike Armoogum (basse)
Jerry Leonide (keyboards)
Kiko Mattioli (batterie)

Jocelyn Richez

 

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