“My name is James… James Harman !”

James Harman à Tremblay

Samedi 30 novembre mais la fièvre a ce soir un air de caillante grave avec ce brouillard humide sur Paname et sa banlieue. Heureusement Ladies & Gentlemens James Harman allait nous réchauffer tout ça sur la scène de l’Odéon à Tremblay. En loucedé grand merci à toute la salle de controle de nous programmer de telles pointures.

Donc pour votre serviteur la bille commença à rouler du coté de Chatelet afin de choper le RER B jusqu’à la gare du Vert Galant. Ca me faisait un petit détour mais je n’avais pas envie de m’appuyer cette saloperie de gare du nord et son ambiance d’abbatoir.
Tout faux le Paco!
Car à Chatelet je me prends en pleine gueule les boites à sardines de la ligne B. B comme beauferie…B comme de la baise…B comme Blues..quoi!
Sur le quai une sorte de Freaks à la Tod Browning obèse en bermuda de surfer, sweat shirt “I love Paris” et les jambes torchonnées dans un saucissonage crasseux de bandes velpeau remonte celui ci tel un scaphandrier dont on aurait réduit l’oxygène. C’est peu être un peu ça dailleurs quand l’indifférence et l’égoïsme des autres écrasent un peu plus chaque jour le tuyau d’alimentation. Enfin!
Si je balance ça c’est parce que pour moi un concert commence bien avant d’être entré dans la salle. Un peu comme une montée d’escalier derrière une Lady la première fois. Entre comme le chante John Hiatt “All these little things called Love” et “All these little shits called Life”. Un peu une sorte de bonneteau de l’existence ou une autre définition du Blues. En tout cas la mienne!
Parce que le Harman est un de ceux au top de mes HARP-MAN…comme Steve Guyger, Charlie Musselwhite et Lester Butler. En première ligne de mon juke-box mental. “TWO SIDE TO EVERY STORY” qu’il ne jouera pas ce soir m’accompagne souvent dans mes dérives nocturnes à la Beckett.
Donc je descends au Vert Galant. Parking et terre-plein déserts,passage souterrain à la Orange Mécanique, vision fantomatique du canal de l’Ourcq de l’autre coté digne de Jack l’éventreur…BRRRR je me fais tout petit et ce aussi bien au niveau de l’ambiance que de ma braguette quand je vais pisser.
Enfin je déboule devant l’Espace et je me prends une nostalgie de l’époque ou le festival d’Ustrecht nous faisait braver les limites de la fatigue entre le voyage en car et les concerts non stop jusqu’à boucler le week-end le dimanche en retrouvants certains musicos aux Puces. Ainsi le trompétiste des “Texas Horns” se demandant ce qu’on avait bien put foutre dans son verre en revoyant le même gugusse que la veille et à qui je balançais en lui tendant une bière “C’est bien ta marque préférée?”.
Bon j’avais aussi retrouvé Danny des Mudcats dans les mêmes circonstances au retout de Cognac mais vu l’heure, le décalage (décollage?) alcoolisé et le manque de sommeil rien ne pouvait l’étonner.
Ici,la bas,plus loin,ailleurs…si Daniel Darc disait qu’il habitait là ou il roulait son blouson sous sa tête pour dormir lui peut dire qu’il vit là ou il branche sa guitare.
Un truc de hobo…de Bluesmen!
Bien qu’ayant plus d’une heure d’avance au compteur, je n’avais pas réservé ma place, certains poirautaient déja devant. Dans le hall une expo sur le rock progressif permettait de passer et de remonter le temps. Vieilles pochettes de 33 tours sous sacs plastiques punaisés sur des panneaux à coté de vieux articles de Best, de billets de concerts et d’affiches ronéos… le mec avait du descendre redécouvrir toutes les merdes qu’il avait entassé dans sa cave.
J’imagine le tableau à la Margerin.
“Ho Chéri regarde j’ai retrouvé un dessin de clown et les poësies du petit”.
“Fais voir…mais merde c’est mon album de Ange…l’édition original de Par les fils de Mandrin”.
“Et son déguisement de Baloo mais il a sacrément perdu ses poils”.
“Putain mon vieux manteau Afghan…avec les pôtes on voulait se faire un trip jusqu’à Pondichéry”.
“Et alors?”.
“On a pas dépassé la porte d’Orléans”.
Rien de méchant pour celui qui organisé l’expo…qui aime bien chatouille bien mais il y avait quand même un coté à deux balles alors que cette période mérite mieux. Déjà niveau lacunes ne pas voir Magma,Van Der Graft Générator et Can aux murs me file le coup de grace. Et quid de Richard Pinhas…Emmanuel Bozz?
Mais bon on est pas là pour ça.
Sur le tarmac et après un restau chinois je me tuyautais sur la première partie.
T-BO & THE B-BOPPERS.
Rien qu’au blaze on savait qu’on allait pas donner dans le lutin et la fée cosmique. Ce qui se vérifia quand ils déboulèrent sur scène aussi classe qu’une T-Birds se garant sur un parking de motel.
Thibaud Ripault..”The leader of the pack” comme dans la chanson sublime des Shangri La’s dégageait un max dans son costard et encore plus à la gratte. Un jeu sec et fluide tout en nerfs et saignant comme du T-bones. A real cat qui me fit penser à un Nick Curran d’avant le crabe et les tatoos. La voix jamais forcée n’essayant pas de faire plus noir et éraillée qu’elle n’est assure grave,chaude et chromée comme un pare-choc même si j’attends ce que ça donnera avec quelques éraflures.
Abdel “B-Bop” comme d’hab’ envoie le bois à la manière d’un Benny Briscoe entre les cordes de sa contrebasse tandis que Francis “Speedy” Gonzales aux drums ne le lache pas d’une semelle ce qui permet aux cuivres de se caler et de fournir une assise moëlleuse à Thibaud pour les titres plus lents ou de foutre le feu au derche à ceux plus swinguants. De même pour “Red” Benoit Ribière au piano dont les interventions soufflent sur les braises des boogies.
Plus sérieusement…quelques réserves quand même. Dabord faudrait un peu lacher les lions…les gars!
La cuivraille ça doit péter show devant…à froisser le costard, moulinets de sax,pas de danse et snap-fingers. A la Ashbury Jukes comme lors du concert du Boss et de Southside Johnny avec en plus le E-Street Band au complet en 78 je crois qui traine sur You Tube. Pour faire bander le public faut pas se la jouer raide…non?
Mais sinon rien à dire même si cela fait un peu rallye de voitures de collections mais bon c’est à chaque fois un peu le même problème.
C’est là que le James Harman après les titres d’intros…le Show…les mecs…le Show.. déboule.
GOSH!
Chemise hawaïenne,crinières gominées et barbichette nouée façon cordon de sifflard…Derrière le groupe est chaud bouillant, piaffe gravetels des purs sangs dans les barrières.
Ce qui suit est du pur bonheur.
La voix est intacte,ample et cuivrée. Le jeu d’harmo incandescent et tourbé. Julien Bruneteau au piano éclabousse de feeling de ses interventions chaque morceau sous les yeux hébétés et les compliments répétés du maitre himself. De l’autre coté de la scène Anthony ne s’en laisse pas compter. Les solos s’enchainent saignants comme des carcasses sur une chaine d’abbatoirs. Pas le temps de souffler pour le public et d’arrèter de le faire pour le Maëstro. Thibaud Chopin à la contrebasse et Fabrice aux drums ne lachent rien…une vraie salle des machines. De la rythmique pur jus haute tension tandis que le patron tire de sa petite valoche couleur crême ses harmos comme autants de chargeurs un tueur de la mafia dans un congrés de repentis ouvert au public.
Je sais je me fais encore mon cinoche et c’est pas ce qui allais suivre qui allais arranger les choses.
A la mi-temps pendant que James Harman rechargeait les batteries Thibaud nous balança quelques giclées de Blues de derrière les cageots…du fond de la ruelle. Quand il se repointa, il eut cette moue satisfaite qui semblait dire.
” Okay les gars, j’ai pas eu tort de vous laisser les clés”.
A Thibaud qui avait laissé trainer son harmo sur le pupitre il remarqua.
” Hey ne laisse pas trainer ça! Putain tu te rends compte qu’il y a 30 ans cette merde vallait 2 dollars et que maintenant ça en vaut 55…It’s ridiculous!”.
Et là quelque part il y avait comme une sorte de mélancolie ironique.
A quoi pouvait il penser?
A qui?
A tout ce chemin parcouru qui lui assurait l’assiette et un verre dans n’importe quelle ville ou il y a plus d’un fan de Blues au comptoir.
La fin du concert aligna les tournées et que du hors d’age…Slow Blues à chialer…Boogie enfiêvrés à faire exploser le thermomètre d’une chambre froide et tout ça sans jamais en rajouter…pas le genre de la maison ou plutôt du Juke Joint même si une des rares fois ou il tapa dans les aigus la guirlande qu’il décrocha collait toujours au cul de la chanson.
La sobrièté ( Ouais bon je sais en ce qui le concerne c’est peu être pas le mot qu’il faut) est toujours la virtuosité des plus grands.
A la sortie en plus entre autographes de CD’s et photos aux portables (Entre paranthèses pour certains arrètez de prendre cette air débile de faux durs à la cool pouce en l’air) James Harman se révèlait…comment dire?
Réel!
A quelqu’un qui lui demandait si un jour des titres qu’il avait enregistrés à une époque sortiraient un jour, il répondit.
” Pourquoi Mec…si je les ai pas sortis c’est que je voulais pas qu’ils sortent”.
A un autre qui lui faisait dédicacer un de ces CD’S.
“Ho non pas ce tas de boue!”.
Toujours ce coté Hard-Boiled que l’on retrouve dans sa musique,sa façon de bouger,son humour et son regard.
Ce genre de Cool à l’ancienne forgé à la dure aux culs des amplis et face à la meute.
Le dernier mot je le laisse à Boney Fields lors de la jam à L”Abracadabar qui me balança après que je lui ai dit que j’étais allé le voir.
” JAMES HARMAN? HO YEAH! GREAT MAN! GREAT SPIRIT! THE REAL THING!”

 

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