Mc Kinley Morganfield

De son vrai nom Mc Kinley Morganfield, Muddy naît le 4 avril 1915 à Rolling Fork dans le Mississippi… Sa mère décède alors qu’il n’a que trois ans.Il est donc élevé par ses grands parents près de Clarcksdale, au cœur du Delta. Le jeune Mc Kinley Morganfield devient Muddy Waters par suite de son habitude à patauger dans la boue des étangs voisins.
A 17 ans, il apprend la guitare et selon la légende rencontre le bluesman Son House, qui déclenche en lui sa vocation musicale.

L’influence de Son House est alors très forte dans la région du Delta… Il attire autour de lui de façon permanente une cohorte de jeunes musiciens qui rêvent de suivre ses traces. Muddy est l’un de ceux-ci tout comme Robert Johnson d’ailleurs…
Même si il s’inspire du style de Son House, Muddy Waters est aussi un fervent admirateur des groupes de musiciens professionnels très éclectiques comme les Mississippi Sheiks…
l’ethnomusicologue Alan Lomax, à la recherche d’un autre Robert Johnson, est orienté sur les conseils de John Hammond Sr. vers le jeune Muddy Waters que l’on présente dans la région, comme « le meilleure nouveau Bluesman du Delta ». En 1941 et 1942, Lomax enregistre plusieurs fois Muddy pour bibliothèque du congrès, soit en soliste ou soit au sein d’un petit orchestre… il l’interviewe aussi. Tous ces témoignages oraux et musicaux sont regroupés sur « The Plantation Recordings »

Motivé par cette première expérience, Muddy Waters gagne Chicago en 1943 où il est pris sous l’aile protectrice de Big Bill Broonzy.
C’est grâce à ce dernier qu’il enregistre trois titre pour Columbia en 1946. Malheureusement le producteur de l’époque ne discerne pas le moindre talent chez lui… Résultats: ces morceaux ne seront publiés que 25 ans plus tard… Financièrement exsangue, Muddy est alors obligé de commencer un job de chauffeur de camion le jour tout en assurant les concerts dans les clubs du South Side la nuit.

En 1946, le blues de Chicago est en pleine mutation à cause de l’arrivée massive de migrants noirs venus du Mississippi et de l’Arkansas. Une activité musicale intense bourgeonne dans les nouveaux clubs du South Side ou sur le marché aux puces de Maxwell Street dont Muddy est bientôt un habitué.
Muddy joue quelques mois dans l’orchestre de John Lee Sonny Boy Williamson (le créateur de « Good Morning Little Schoolgirl ») qui est un des tout premiers Bluesman à pratiquer le blues électrique orchestral.
Muddy se lie également avec d’autres musiciens fraîchement débarqué à Chicago… d’abord l’excellent guitariste Jimmy Rogers et puis surtout avec Little Walter LE grand harmoniciste de l’histoire du blues.

A présent bien entouré, Muddy écume les clubs du South Side et se retrouve bientôt engagé 6 soirs sur sept.
C’est alors qu’il croise sur son chemin les frères Chess…

C’est vers 1928 que Phil et Leonard Chess, deux jeunes juifs polonais débarquent à Chicago pour rejoindre leur père. D’abord ils s’impliquent dans le négoce d’Alcool, puis dès 1938, investissent dans le rachat de plusieurs bars & night-club…
Le plus célèbre d’entre eux, « The Macambo Lounge » est situé en plein dans le South-Side de Chicago. La plupart des bluesmen du Mississippi, de l’Alabama ou de L’Arkansas viennent s’y produire.
Vers 1947, le succès des concerts est tel que Phil & Leonard Chess rachètent les parts d’ « Aristocrat Records » afin d’enregistrer et produire les artistes de Blues qui passent dans leur club…

Les frères Chess saisissent très vite le potentiel commercial de Muddy Waters dont la figure digne et sauvage, l’élégance naturelle attirent le public de travailleurs noirs.
Muddy enregistre pour les frères Chess à partir de 1948, sa guitare suramplifiée, le bottleneck vibrant, tranchant mais moelleux, la voix expressive et chaude, accompagné du seul contrebassiste Big Crawford.

Le succès commerciale est quasi immédiat : « I Can’t Be Satisfeid », « Rolling & Tumbling », « Walking Blues » sont des pièces issus du répertoire du Delta mais revivifié par le talent, la puissance et l’électricité de Muddy Waters.
L’un de ces morceaux, « Rollin Stone », une version personnel du vieux thème « Catfish Blues », donnera même son nom au groupe le plus célèbre de l’histoire du rock.

Au début des années 50, Muddy Waters s’installe fermement comme l’un des bluesmen favoris du public noir dans le South Side de Chicago.
Son répertoire d’abord bâti sur des thèmes traditionnels du Delta laisse la place maintenant à de nouvelles compositions personnelles.

En 1951, Muddy enregistre désormais avec un orchestre complet qui comprend Little Walter le maître incontesté de l’harmonica , l’excellent Jimmy Rogers à la guitare et Elgin Evans à la batterie…

En Janvier 54, le pianiste Otis Spann et le batteur Fred Below intègrent l’orchestre… l’écriture et la production sont confié à Willie Dixon… le résultat est mémorable : « Hoochie Koochie Man », « I Just Want To Make Love To You », « I’m Ready »… sont de grands succès pour Muddy avant de devenir autant de classiques du Blues.

La version originale de « Mannish Boy » son plus grand succès est gravé en mai 55 dans les studios Chess.
Pour ce single légendaire et certains autres, on ne sait plus exactement qui est à l’harmonica… est-ce que c’est le maître Little Walter ou son disciple Junior Wells… Impossible de faire la différence !

Néanmoins en 1955, Little Walter quitte définitivement Muddy pour tenter l’aventure en solo.
Son disciple le plus pertinent, Junior Wells est indisponible pour le remplacer, Muddy engage alors James Cotton un autre virtuose de l’harmonica… et rassurez vous on ne perd pas aux change…

En 1958, Muddy Waters quitte pour la première fois l’Amérique pour se produire en Angleterre. Le public européen, habitué au folk et au blues acoustique, ne lui réserve pas un accueil très enthouiaste.
Le Chicago blues électrique de Muddy déroute alors l’auditoire.
Aux Etats-Unis la situation n’est guère meilleure, Muddy doit faire face à une indifférence de plus en plus grande du public noir pour le blues.
L’expérience européenne l’aide à rebondir, il se produit dans les grands festivals de jazz ou de folk comme Newport, devant des auditoires presque exclusivement composés de blancs…

Début 63, il retourne en Europe pour participer à la tournée de l’Américan Folk Blues Festival…
En septembre 63 Chess publie un troisième disque acoustique « Folk Singer » enregistré en compagnie de Buddy Guy et Willie Dixon.

Parallèlement Muddy grave toujours des 45 tours à consonance électrique pour son public noir qui s’amenuise d’année en année. Et pourtant ces 45 tours sont en général d’un très haut niveau artistique surtout « The Same Thing », « You Can’t Lose What you ain’t never had », deux merveilleux singles enregistrés en avril 64 avec Otis Spann au piano, James Madison à la guitare, Willie Dixon à la basse et sp leary à la batterie. ils sont disponibles sur le 33 tours The Real Folk Blues Sessions

Aux milieu des années 60, l’explosion du Blues électrique en Angleterre apportent au frères Chess de substantielles royalties qu’il ne reversent guère à leurs artistes.
Cela dit, le succès des Rolling Stones en Amérique ouvre définitivement à Muddy Waters les portes du public Rock.

En 1967, Chess Records propose le concept album « Brass & Blues » ou l’on retrouve Muddy Waters avec son groupe habituel plus une section de cuivres complète qui malheureusement noie un peu le tout…

En 1968 Chess Records fait encore plus fort et adjoints pas moins de trois guitaristes au groupe de Muddy, l’objectif est de sonner comme les groupes de rock psychédélique très en vogue à l’époque…
L’album « Electric Mud » présente donc une énième fois ses classiques remaniés mais cette foi-ci à la sauce psychédélique… Ce 33 tours est un cauchemar pour les puristes tout comme le suivant d’ailleurs, l’affreux « After The Rain »…

Après ces 2 expériences malheureuses, il revient au top avec l’album « Father & Son », Chess Records organise ici une rencontre au sommet entre le père du blues noir et ses fils blancs…
Pour l’accompagner dans ce projet, on fait appel à son fidèle pianiste Otis Spann, ainsi qu’au guitariste Mike Bloomfield (son fils spirituel), l’harmoniciste Paul Butterfield, le bassiste de Stax Donald Duck Dunn et le batteur Buddy Miles sont aussi de la partie.

Fin 60 début 70, Muddy revient encore de nombreuses fois en Europe, découvre l’Australie et le Japon, toujours entouré d’un orchestre de jeunes musiciens avec lesquels il grave encore plusieurs forts bons albums : « Muddy Waters Live at Mr Kelly’s » (71) « Cant’ Get No Grinding » (72), un de ces meilleurs : « Unk In Funk ».

En 1978, Muddy Waters quitte Chess pour Blue Sky.
C’est le guitariste Johnny Winter qui se charge de la production de ses quatre derniers disques.
A l’exception d’une plus grande rigidité du rythme, sa musique demeure presque inchangée, « Hard Again », « I’m Ready », un de ses meilleurs albums : « King Bee ».

En 1981, Muddy Waters retourne enfin dans le Mississippi, en vedette triomphante du Delta Blues Festival. Il joue la même année dans une grande salle de Chicago, accompagné des Rolling Stones, salué par toute la presse comme un des grands artistes américains du siècle.

Muddy Waters décède d’une crise cardiaque dans son sommeil à Chicago le samedi 30 avril 1983, laissant une œuvre copieuse entièrement rééditée en cd.
MCA, les actuels propriétaires de Chess, publient encore régulièrement d’excellentes compilations « Anthology 1947-72 » ou « One More Mile 1948-74»

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