Louie And The Lovers, rock n’ guacamole

Louie And The Lovers – The Complete Recordings
Habituellement ancré sur des registres comme le Hillbilly, le Blues et le Rockabilly, le vénérable label Bear Family édite occasionnellement quelques belles pépites Pop Rock ; c’est le cas avec ces 27 titres de Louie and The Lovers.
Encore une fois, le label propose un livret intérieur fort complet (28 pages) avec une quinzaine de photographies rares, une recording session (discographie) complète et surtout de précieux renseignements sur une formation oubliée depuis bien longtemps.
Basé à Salinas en Californie (à l’est de Monterey), Louie Ortega n’a que quatorze lorsqu’il monte son premier band The Omens. Les inspirations de départ nous ramènent vers Hank Williams, Webb Pierce, Pedro Infante et les crooners mexicains qui sévissaient à l’orée des sixties. Ces musiciens en herbe, tous d’origine hispanique, écoutaient aussi le Grand Ole Opry aux connotations très country. Peu à peu, ils vont découvrir le rhythm and blues à travers Ray Charles et les autres vedettes noires qui passent à la radio, prendre de l’âge, de l’expérience et surtout découvrir Creedence Clearwater Revival. Entre 69 et 71 le groupe de Fogerty est à son apogée et figure parmi les trois groupes les plus populaires aux States comme en Europe. Le CCR, s’il a marqué une époque et de nombreux amateurs de musique avec un rock puissant et sauvage, une rythmique d’acier et une ligne mélodique aussi claire qu’évidente, est devenu une source d’inspiration pour certains musiciens. Il faut avouer qu’on pourrait trouver pire en terme d’influences. Les Omens qui n’étaient jusqu’alors qu’un groupe d’ado comme il en poussait sous chaque pierre vont se transformer rapidement en Louie & The Lovers.

En 1970, Louie Ortega (vocal et guitare) et ses Lovers à savoir Frank Paredes (basse et guitares), Steve Vargas (basse et claviers) Albert Parra aux drums enregistrent chez Epic l’album collector « Rise », produit par l’icône texane Doug Sahm. Ce dernier n’est pas pour rien dans la réussite de cet album. Sahm demeure un musicien réputé, un songwriter reconnu et s’avère surtout être un musicologue averti ainsi qu’un excellent producteur comme en témoigne ses participations diverses (aussi bien tex-mex, rock que blues notamment au sein du Sir Douglas Quintet).
Au début des seventies, Doug Sahm remarqué depuis longtemps par Jerry Wexler et la firme Atlantic emmènera dans ses bagages ses jeunes protégés pour quelques remarquables sessions. C’est en Floride sous la houlette de Sahm, Wexler et de Tom Dowd que ces sessions (titres 16 à 27) seront enregistrées avec l’apport du guitariste John Rendon. On retrouve sur ces 13 faces quelques légendes des studios Atlantic comme, outre Sahm (guitare), Flaco Jimenez à l’accordéon, Dr John aux claviers, Joe Lala aux timbales, David « Fathead » Newman au sax et Charlie Owens à la steel guitar.
Le départ de Jerry Wexler d’Atlantic pour la Warner ne permettra pas à Louis and The Lovers d’aller conquérir les premières places des charts de l’époque. Mais en fait, ces musiciens qui se connaissaient tous depuis l’enfance se considéraient plus comme des frères que comme un groupe de rock.

Parmi les 27 faces compilées ici, 80% du répertoire provient de la plume de Louie Ortega. Parmi les relectures, signalons deux titres de Doug Sahm, le « Rock Me Baby » de BB King sur un tempo très novateur, « If the Night » un inusité de Chris Darrow et de Kaleidoscope, « Caribbean » hit de Mitchell Torok repris plus tard par Jimmy Kirkland et Hank Snow, « Down Around Salinas » une compo de Jackie DeShannon jamais enregistrée hormis par les Lovers, « El Paso » standard de Marty Robbins immortalisé par Grateful Dead et deux titres issus du folklore comme « La Paloma » et surtout l’excellent « Ya No Llores » valse mexicaine de Cornelio Reyna et seul morceau chanté en espagnol.

Louie and The Lovers n’auront enregistré qu’un seul album suivi de trois singles. Le label Acadia avait réédité « Rise » en 2003 y ajoutant deux titres « Michoacan » et « Gulf Mexico » qui doivent provenir de Rocky & The Border Kings. Les quatre copains continueront à jouer ensemble quelque temps, à animer les dance floors de Californie, puis prendront des chemins séparés. Steve Vargas deviendra électricien, Albert Parra rejoindra l’armée tandis que Frank Paredes et Louie Ortega garderont leur vieille complicité au sein de divers petits bands locaux mais aussi du Doug Sahm Quintet, du Salsa Brava et des Texas Tornadoes. Louie a mis en boîte sous son nom deux albums « In My Heart » et « You and I ».
Un mélange de ballades et de rock puissant, une combinaison de Creedence Clearwater avec des effluves à la Doug Sahm et quelques zestes d’Illinois Speed Press, de Byrds et de tex-mex à la Los Lobos ou Joe « King » Carrasco. Mention à « Rise » qui sonne légèrement psyché, « I Know You Know », « Royal Oakie », « Four-Time Loser » et au dévastateur et sublime «Sittin’ By Your River ». Du Rock Tex-Mex un brin psyché, du guacamole plein les doigts et une cerveza fresca servie à la cantina.

http://www.bear-family.de

Le Kingbee

 

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