Lightnin’ Slim : roi du Swamp

Lightnin’ Slim • I’m A Rolling Stone – The Singles As – Bs 1954- 1962 • Jasmine
La Louisiane est pratiquement le seul état des États-Unis qui possède autant de différents courants musicaux : le Blues, le Rhythm & Blues New Orléans avec des gens comme Professor Longhair, Fats Domino, Guitar Slim, Earl King, Smiley Lewis, Huey Lewis, Dave Bartholomew, Aaron Neville, Allen Toussaint, Chris Kenner, Chuck Garbo, Larry Williams, Lloyd Price, Little Richard, The Meters, pour ne citer que les principaux, prouvant l’énorme richesse de la scène de la Crescent City.

La musique cajun jouée essentiellement par des blancs comprend notamment Nathan Abshire, Dennis McGee, Eddie Lejeune, Iry Lejeune, Lawrence Walker, Aldus Roger, Rufus Thibodeaux, Leo Soileau, Balfa Brothers, et des artistes contemporains comme Marc Savoy, The Pine Leaf Boys, Lost Bayou Ramblers, Kevin Naquin ou Ray Abshire. Quelques artistes noirs se sont aussi illustrés dans ce registre : Alphonse « Bois Sec » Ardoin, Amedee Ardoin ou Cedric Watson.

Un quatrième courant reste représentatif de cette région, le Zydeco avec son roi incontesté Clifton Chenier, Boozoo Chavis, son dauphin, suivis de leurs apôtres John Delafosse, Rockin’ Dopsie, Nathan Williams and Zydeco Cha Cha, Buckwheat Zydeco, Beau Jocque, Lynn August, Fernest Arceneaux ou Rockin’ Sidney.

La catégorie Blues est marquée par ce qu’on a appelé le Swamp Blues, aussi nommé blues des marais. Le Swamp a pris naissance après guerre et reste marqué par un rythme paresseux et lancinant, aboutissant sur un blues à ras de terre, primitif et poignant, au son un peu crasseux. Comme le Zydeco, le Swamp Blues a aussi eu son Roi, à savoir le grand Lightnin’ Slim, musicien n’a jamais dérogé à son style, auteur d’une musique diabolique et envoutante qui vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher. Pour schématiser, le répertoire de Lightnin’ Slim est un mélange de Jimmy Reed et de Lightnin’ Hopkins, c’est la raison pour laquelle on a surnommé cet artiste le Lightnin’ Hopkins du Swamp Blues.

Ce Roi a eut des compagnons de route prestigieux : Lonesome Sundown, dont le jeu de guitare est de la pure magie, Slim Harpo, Silas Hogan (ces deux artistes ont eu des approches un peu pop à mon goût). Le Swamp est aussi réputé pour ses harmonicistes : Schoolboy Cleves, Lazy Lester, Whispering Smith mais aussi par des chanteuses comme Katie Webster ou Carol Fran. A cette longue liste on rajoutera les noms de Jimmy Anderson, Arthur Gunter, Leroy Washington, Tabby Thomas, Clarence Edwards, Lil Buck Sinegal, Henry Gray. La formidable richesse musicale de cette région n’a pas connu le rang qu’il méritait, souvent à cause d’un manque de diffusion, même si le label anglais Flyright a publié de nombreuses publications ainsi que le label Golband.

Le label anglais Jasmine publie un double CD consacré à Lightnin’ Slim regroupant les singles avec les faces A et B des labels Feature, le single fait pour Ace Records du regretté producteur Johnny Vincent basé à Jackson Mississippi, et bien sur les faces Excello, ce qui donne 44 titres parus entre 1954 et 1962.

Comment ne pas craquer à l’écoute de « Lightnin Slim Boogie », un boogie au rythme ravageur, couplé à « Bad Feeling » qui nous renvoie vers du Lightnin’ Hopkins version Swamp Blues.

Comme souvent, l’accompagnement s’avère minimaliste, on n’y retrouve que Schoolboy Cleves à l’harmonica et Lloyd Reynaud aux drums; ces deux titres étaient parus sur le single Ace505 (disponibles sur le LP « Bayou Drive » paru sur Chess PLP 6035, un pressage japonais dans lequel figurent deux autres titres de jamais parus en single, « Station Blues » et « School Jump » toujours inédit à ce jour en cd. Cette compilation proposait également des titres de Clifton Chenier, Boogie Jake et Henry Talbert et mérite d’être recherchée. Le LP « The Kings Sing The Blues » (Ace1008), compilation consacrée aux enregistrements réalisés par Johnny Vincent, incluait le titre « Bad Feeling Blues » et des morceaux de Frankie Lee Sims, Lightnin’ Hopkins, Schoolboy Cleves, Bo Bo Thomas, Elmore James, Arthur Crudup et Sonny Boy Williams. On retrouve aussi quatre titres sur le méga rare LP « Down South Blues » (African Folk Society 3428). Ce single Ace est aussi disponible en cd sur la compilation « Tuff Enuff Blues Masters 3 » (Westside 570). Deux alternates de ces deux titres figurent sur le double cd « Shuckin Stuff » (Westside240) avec d’autres raretés plus représentatives du New Orléans Sound.

Mais c’est pour le label Excello que Lightnin’Slim va graver l’essentiel de sa discographie avec près de 80 titres dont de nombreux véritables bijoux. Le superbe single Feature 3006 (Feature étant un label dirigé par JD Miller, également patron d’Excello) avec à la clé « Rock Me Mama », un Rockin’ Blues dégageant une ambiance larmoyante, couplé au troublant et intense « Bad Luck » laisse inaugurer de la suite du répertoire. « Bugger Bugger Boy », le parfait prototype de Swamp Blues, sera couplé à l’angoissant mais prenant « Ethel Mae » (Feature3012). Dans ces titres Feature, le guitariste était alors accompagné de Wild Bill Phillips à l’harmonica et Ray « Diggy Do » Meaters à la batterie.

C’est en 1954, que Lightnin’ Slim effectue sa première session d’enregistrement pour Excello.

En 1956, le guitariste grave « Goin’ Home », titre d’une rare beauté, couplé à « Wonderin’ And Goin’ » au tempo infernal. Otis Hicks alias Lightnin’ Slim y est accompagné de l’harmoniciste Schoolboy Cleve et du batteur Clarence « Jockey » Etienne. Le natif de St Louis va enchainer avec « Bad Luck And Trouble » et « Have Your Way », deux pièces contenant tous les ingrédients du Swamp Blues et qui verront le jour sur le single Excello2096. Sur « I’m Grown », titre au rythme carrément diabolique, Carol Fran lui donne la réplique tandis que « Mean Ole Lonesome Train » avec un beat incroyable sent bon les marécages de Louisiane avec cette moiteur qui s’en dégage donnant un Boogie Train absolument renversant avec pour résultat le sublime single Excello 2106. « Love Me Mama » peut être considéré comme un titre phare de la carrière du guitariste chanteur avec un Lazy Lester à l’harmonica brillant ; le titre couplé à une autre monstruosité du Swamp Blues « I’m A Rolling Stone » sera publié sur le single Excello 2116, sans conteste l’un des plus grand single de l’histoire du Swamp Blues, un microsillon qui frôle la démence. En 1957, Lightnin’ Slim avait gravé « Hoodoo Blues » et « It’s Mighty Crazy » (Excello2131), un single qui avait déjà fière allure. A partir de 1959, il enchaine single sur single, tous aussi fabuleux les uns que les autres. « I’m Leavin You », gravé en 1959, nous renvoie vers la case Lightnin’ Hopkins façon Swamp Blues, encore un régal pour les oreilles ! La même année, il nous offre un moment de récréation avec « Lightnin’s Troubles » au rythme aussi enlevé que jouissif avec un Lazy Lester impérial. Quelques mois plus tard, il est l’auteur d’un single (Excello2169) qui va encore marquer l’histoire du Swamp Blues avec le fameux « Rooster Blues », au tempo époustouflant, couplé à « G. I. Slim ». Autre grand titre du guitariste « Nothing But The Devil » qui plonge l’auditeur en pleine apocalypse, la parfaite combinaison Lightnin’ Slim et Lightnin’ Hopkins. Cette compilation Jasmine offre d’autres grands moments: « I Just Don’t Know », « Somebody Knockin », au tempo infernal, ou le bluesy « Wintertime Blues » dans lequel sa voix porte magistralement. J’arrête là mes commentaires, les 44 morceaux de cette remarquable compilation écrèment le meilleur des productions de Swamp Blues avec un artiste hors norme dégageant une authenticité rarissime. Lightnin’ Slim est, selon moi, le Dieu du Swamp Blues.

Entre 1954 et 1966, le guitariste aura gravé près de 80 faces dont beaucoup deviendront de véritables chefs-d’œuvre de la musique louisianaise.

Seul regret, Lightnin’ Slim n’a pas connu de succès au niveau national. Sa carrière va se terminer bizarrement, victime d’un accident avec un camion de JD Miller, le guitariste n’osant se présenter devant son patron, il part en exil pendant quatre ans vers Detroit. C’est là qu’on le retrouve en 1970. Il viendra en Europe à Montreux et en Angleterre, avec un ancien compagnon de route, l’harmoniciste Whispering Smith. Il profitera de cette période pour enregistrer ses deux derniers albums. Ces disques n’atteignent pas le niveau des enregistrements d’avant fin 60 mais procurent néanmoins de bons moments .En 1974, victime d’un cancer Lightnin Slim nous quitte mais restera l’une des grandes légendes du Blues.

Ce double cd, parfait pour apprécier tous les mystères de la musique de Lightnin’ Slim, comprend tous les singles sortis entre 1954 et 1962 dans l’ordre chronologique est vivement recommandé. Un artiste colossal qui nous laisse une œuvre grandiose.

www.jasmine-records.co.uk

Henri Mayoux

 

Discographie sélective:

LP:

  • The Feature Sides 1954 Legendary Jay Miller Series vol. 7 (Flyright 583).
  • The Early The Legendary Jay Miller Sessions vol. 5 (Flyright 524)
  • We Gonna Rock Tonight (Flyright 612)
  • Trip To Chicago The Legendary Jay Miller Sessions vol. 12 (Flyright 533)
  • Rooster Blues (Excello 8000)
  • Bell Ringer (Excello 8004)

CD :

  • Rooster / Bell Ringer (Ace 517)
  • Lightnin Slim / Whispering Smith High 1 Low Down / Over Easy (Ace 578)
  • It’s Mighty Crazy (Ace 587)
  • Wintertime Blues The Later Excello Sessions (Ace 674)
  • Nothin’ But The Devil (Ace 616)
  • King Of The Swamp Blues 1954 – 1961 (Flyright 47)
  • Rollin’ Stone (Flyright 08)
  • Rooster Blues  (P Vine 2326)
  • I’m Evil Rare Unissued Excello Masters volume one  (Avi Excello 3002)
  • High & Low Down (Alive Records)

 

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