Leyla McCalla, Capitalist Blues : la vie réelle d’une femme américaine

Les Disques

Aujourd’hui, il apparaît de plus en plus que le mandat du quarante cinquième comme disent certains sans vouloir le nommer ne s’interrompra pas de sitôt et que nous continuerons comme le dit si bien
Eric Bibb dans une chanson (What’s he gonna say today) sortie sur Internet uniquement le 4 juillet dernier à se demander ce qu’il va encore dire aujourd’hui.

Malheureusement, des 2 côtés de l’Atlantique, quelles que soient nos opinions initiales, nous constatons les dysfonctionnement d’une administration qui n’est plus au service des gens mais d’une coterie qui peut plonger les membres de la population dans la misère.
Nous attendons jour après jour les dernières tirades, départs ou exploits d’un cynique qui préfère construire (ne pas oublier que c’est sa première activité) un mur pour s’enfermer derrière que d’ouvrir des passerelles, des ponts pour venir en aide aux populations les plus démunies.

 

Et il nous faut bien constater que nombre d’habitants aux USA même, sont pris en otage par les propos et comportements du 45e. C’est ce que Leyla McCalla dans son dernier album met en lumière. A 33 ans, après deux albums acoustiques qui nous firent découvrir le poète haitien Langston Hughes, aujourd’hui installée à la Nouvelle Orléans, elle semble secouer la langueur de ses origines. Après sa participation au groupe Carolina Chocolate Drops de Rhiannon Giddens et Dom Flemons (qui lui aussi poursuit sa contribution à remettre en lumière la musique populaire du piedmont avec la sortie de Black Cowboys), Leyla McCalla développe de son côté un mélange de plus en plus affirmé entre musique populaire américaine et haïtienne, avec des musiciens du crû plutôt influencé par le zydeco (Andre Michot, Corey Ledet,…) des jazzmen louisianais (Carl LeBlanc) et des musiciens haïtiens sur des backing vocals (Lakou Mizik) avec plusieurs titres en créole qui devient ici une langue sur une musique de résistance (Mize Pa Dous – La misère n’est pas douce , Lavi Vye Neg) mais aussi en anglais où les visions de résistance se renforcent (The Capitalist Blues, Money is King) où la vie réelle percute la musicienne (Aleppo sur les bombes en Syrie lâchée au nom du peuple américain pour soit disant la paix et qui se termine par des références pour le moins hendrixiennes très explicites). La jeune mère de famille elle aussi est touchée (Me and My Baby, Heavy as Lead où elle évoque la lutte de sa fille contre le saturnisme dont elle était atteinte et parce qu’il n’y a pas de système de prévention des maladies aux USA).

Leyla McCalla et son violoncelle, lors de son concert le 18 novembre 2018 au Musée du Quai Branly à Paris – © Miss Béa

De plus en plus en prise sur la réalité quotidienne autour d’elle, avec une douceur toujours intacte, Leyla mcCalla laissant son violoncelle mais jouant toujours du banjo, voire de la guitare (électrique), nous administre une grande leçon de résistance mélant sa culture haïtienne et sa rencontre avec la musique créole et zydeco de la Nouvelle Orléans, mélant non seulement les langues mais aussi les influences pour aboutir à une musique hybride mais toujours aussi splendide. De quoi nous ravir et nous faire espérer que le 45e ne soit qu’une parenthèse pour tout amateur de culture et de musique populaire américaine. Nous pourrons en vérifier la vitalité lors de prochains spectacles prévus avant l’été lors de plusieurs concerts en France.

Serge Sabatié, Photos © Miss Béa

 

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