Les nuits de l’Alligator 2019, sans saurien mais avec de vrais bouts de ce qu’on aime

Chroniques de concert

Rendre compte des Nuits De l’Alligator est un véritable défi car tous les ans, ce festival atypique nous propose de nombreuses découvertes et dans des registres très différents. Longtemps estampillé pour accueillir les bâtards, les trash et autres raw, rough and rock, affublés de l’étiquette blues. Au point que certains le disaient même un festival de blues sans blues.

Tout cela et bien plus encore est probablement vrai mais c’est régulièrement que nous avons eu nos découvertes et quelques brillants phénomènes qui éclairent nos souvenirs. Et bien entendu avec des pépites qui ont fait notre bonheur. Et cela alors même que au fil des années, les Nuits sont devenues de plus en plus itinérantes en province et ont ainsi permis à des artistes d’établir un premier périmètre de supporters.

C’est donc en toute connaissance de cause que nous avions décidé de participer au quatre soirées à la Maroquinerie, maison mère qui accueille le saurien depuis maintenant quatorze ans car parisiens veinards, nous avons eu droit à une soirée supplémentaire avec la soirée néo orléanaise Sweet Crude et Tank & the Bangas.

Nous n’allons pas nous étendre sur l’ensemble des soirées qui ont eu un caractère itinérant. Chacun dans son coin a pu apprécier des artistes souvent débutants mais avec une véritable présence scénique incontestable (pour certains cela relève même de la performance plus que du show musical). Si nous devions retenir quelques grands moments (parfaitement subjectifs) nous citerons ici les prestations suivantes :

Muddy Gurdy (trop court set) où la vielle de Gilles Chabenat remplace un dobro ou une slide et façonne un son dans lequel le percussionniste Marc Glomeau habitué des confrontations jazz vient se couler et où Tia Gouttebel à la guitare et aux vocaux n’a plus qu’à poser sa voix et sa guitare pour donner une nouvelle coloration à des titres revisités de Jessie Mae Hemphill, Fred Mc Dowell, R.L. Burnside…

Ann O’Aro, complètement à rebours du public présent, mérite d’être vue en d’autres lieux plus intimistes. Sa thérapie scénique devrait être mieux comprise qu’au milieu d’un public venu plus pour danser que pour écouter des textes intimistes sur des musiques un peu minimalistes.

JP Biméni, excellent soul man supporté par un band (the Black Belts) efficace de Madrilènes, piliers du label Tuxone, qui nous ont fait frémir et sont promis à un bel avenir. Sur des compos personnelles, JP Biméni nous a ressuscité l’esprit de Wilson Pickett ou d’Otis Redding,… Sans hésiter une belle découverte des organisateurs 

Yak groupe britannique, avec déjà un public acquis, venu pour pogoter, slamer et même pratiquer le stage diving laisse une impression mitigée. Bruyant, jouant sur leur physique, avec des réminiscences musicales. Cependant l’ensemble laisse un gout d’inachevé, le spectacle étant autant dans la salle que sur scène.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Cédric Burnside pour une première tournée en France où avec son compère Brian Jay (guitare électrique batterie) d’abord à la guitare acoustique, puis à la guitare électrique en lead et enfin à la batterie alternent leur instrument pour terminer dans un véritable maêlstrom d’un blues hypnotique dont les racines sont incontestablement celles du Hill County. Certainement pour la première fois peut-être, Cédric Burnside est vraiment libéré de la lourde charge d’être le petit-fils de R.L. Burnside : on comprend pourquoi il était nominé aux Grammy Awards dans la catégorie meilleur album blues traditionnel pour Benton County Relic.

N’oublions pas de citer le trio Handsome Jack qui sans rien révolutionner laisse un bon souvenir pour les anciens des années soixante dix : fringues, tignes, rouflaquettes, musique rock, jusqu’aux lettrages psyché (allez voir sur leur site) de leur album. Tout est là pour la plongée spacio-temporelle et le bain de jouvence. ils y réussirent tout au moins durant leur  prestation, Que demander de plus à un groupe qui cultive son côté vintage ?

Les deux groupes néo-orléanais dans des registres très différents nous ont montré combien leur ville est prolifique. 

Sweet Crude pour la première fois en France est un hybride ou se mêlent des influences de rock indie où les 6 membres sont en osmose et où le violon de Jack Craft et la voix d’Alexis Marceaux se marient dans un français de Louisiane difficile à décrypter mais fort agréable.

Tank and the Bangas, précédés par plusieurs millions de vues de leur prestation sur le réseau public américain NPR n’en sont pas à leur premier passage en France mais à chaque fois on ne sait où les classer tant ils sont inclassables : post soul, pop, funk, rock mêlés à de gros relents de jazz, de rap hip hop voire de spoken words, avec l’exubérance de la leader Tank, ils finissent par nous faire apprécier leur gumbo qui n’a rien d’un brouet. Décidément les nouvelles générations sont prêtes à bousculer sévèrement leurs aînés.

La Jam avec Tang et Sweet Crude – photo © Miss Béa

Toujours pas vu l’ombre d’un alligator dans les rues de Paris mais la Maroquinerie doit travailler leur cuir pour les prochaines nuits. Alors rendez-vous l’année prochaine.

Pour plus de sons, n’hésitez pas faites le détour par la chaine Youtube de Rapido1.

 

Serge Sabatié – Photos © Miss Béa

 

les 5 derniers articles de Serge Sabatié

0 Commentaires

Laisser une réponse

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi
DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?