Les Bo Weavil, chercheurs de trésor…

Auto proclamés héritiers et naturels fils spirituels d’un blues authentique retrouvé, les Bo Weavil, duo désormais célèbre, offre en ce mois de mars (2006) une nouvelles livraison avec leur troisième album « Mo’ Diggin »….
Intrigué par la pochette sombre et par la rareté d’une telle qualité d’enregistrements dans le Chittlin’ circuit parisien, il était temps pour Docteur Blues de mener l’enquête et de partir sur les traces de ces chercheurs de trésor…

Le Doc : Salut Matthieu, j’aurai tendance à te comparer à l’Indiana Johns du blues français… Qu’en dis-tu ?…
Matthieu : Oui, c’est mon coté Tomb Raider…; c’est vrai que nous avons puisé notre style et notre son des bluesman qui l’ont créé. Ca demande de la recherche, de la documentation, de la passion et du temps ; comme le ferais probablement un archéologue. Surtout lorsqu’ on est blanc et français, on ne connais naturellement pas de façon immédiate la culture afro-américaine.

La pochette de ce nouveau CD suscite interrogation, outre le clin d’œil au côté obscur du Blues des années trente, on vous devine fossoyeurs de sépulture ?
A vrai dire, la photo a été prise lors du mixage de l’album. Il faisait nuit aux alentours de 5 heure du mat, nous sommes sorti juste devant la porte du studio et , comme les instruments été resté à l’intérieur, nous avons pris ce qu’on avait sous la main comme accessoire, c’est à dire une pelle et une pioche. L’idée d’utiliser
ce concept de fossoyeur nous est venu après coup. Ca cadrait parfaitement avec notre musique, sombre, terrestre, et empruntée de Vaudou…

Tu prônes donc à chaque concert ce retour aux sources d’un blues conservé, momifié…
A vrai dire, lorsqu’on s’intéresse au blues, il est préférable d’écouter ce qui a été fait. S’offre à vous alors deux choix, jouer du blues ou jouer autre chose; car il n’y a pas douze mille manière de jouer du blues, soit s’en est, soit s’en est pas. Il peux y avoir dans d’autre styles de musique un côté bluesy, c’est vrai pour des artistes comme Bashung ou Arno, cependant ils ne se disent pas bluesmen; de la même manière, un bluesman peux ammener d’autre courant musical dans sa musique, mais du coup ce sera plus du blues, mais peut-être un morceau pour trancher avec le reste de son
répertoire. Quand j’entend Michel Jonasz chanter “on est des joueurs de blues…”, j’avoue que ça me laisse perplexe, et je trouve ça assez irrespectueux pour ce qui ont voués leur vies à cette musique.
N’en déplaise aux anti-puriste, la seule évolution dans la blues que je connaisse viens de la différence des sons, des instruments qui ont évolués et des technique de prise de son. Le blues en lui-même reste inchangé car sa formule est immortelle et immuable. D’après moi, seule la personnalité du ou des musiciens donne des variations à cette musique.

Pourquoi ce goût prononcé pour ce genre de blues en particulier, tu as subi un traumatisme, tes premiers émois Blues, tu en as un souvenir particulier ?
Je ne sais pas si j’ai été traumatisé, cependant il est vrai que j’ai toujours eu une attirance pour cette musique, avant même que j’en connaisse le nom.
Bien sur j’ai écouté du rock’n roll, avec une préférence pour Chuck Berry notamment, c’est qu’un peu plus tard que j’ai compris que c’était en fait un bluesman. Si j’ai vécu un traumatisme, c’était en écoutant John Lee Hooker avec son Boogie Chillun, j’en est chialé et me suis dit “comment peut on jouer quelque choses d’aussi magique…”, c’est alors que je me suis penché sur la question.

Où d’autres se cassent invariablement les dents, Bo Weavil passe la barre sans problème et on a grand plaisir à se repasser votre album sans la moindre dose d’ennuie ou de déjà vu, (et pourtant !) Tu as une recette pour être aussi convainquant… (Moi je voterai pour ta voix qui colle parfaitement au style…)
Ce qui est important, c’est d’y croire; il n’y a qu’en étant convaincu que l’on peut être convainquant… Merci en tout cas du compliment.

e trouve ce nouvel album plus acoustique que les précédents un peu moins boogie c’est dans cette voie que vous voulez poursuivre votre tournée des cimetières ?
On voulais trancher par rapport à ce que l’on avait déjà fait et s’ouvrir à un autre public amateur de sons plus “propres”. Pour ce faire on a utilisé la super qualité du matériel sur lequel on a enregistré; ce qui impliquait un niveau faible dans le studio afin d’avoir un maximum de la chaleur des pré-amps. J’aime utiliser la saturation mais aussi l’accoustique, tout est bon selon l’envie… et l’ambiance du lieu dans lequel tu joues. Je ne sais pas encore ce que nous jouerons lors de prochaines séances. Mais le boogie reste essentiel pour nous et nous continuerons à en jouer sans aucun doute.

le titre « Lazy-Bones Blues » dont tu es l’auteur est représentatif de ce blues au climat à la fois soft et deep !…
Je suis assez satisfait du rendu de ce morceau, le Wurlitzer y est pour beaucoup. J’avais comme référence le morceau des Doors “Riders in the Storm” qui est pour moi le chef d’oeuvre de ce groupe que je n’affectionne pas vraiment par ailleurs. Le climat “pluvieux mais bien au chaud au coin de la cheminée et surtout pas envie de bouger…” colle bien aux paroles que j’avais écrites.

Comment s’opère le choix des titres est-ce un travail collaboratif ou cultives-tu plus particulièrement le jardin de ta discothèque ?
En fait nous avons jouer dans le studio une vingtaine de morceaux en une ou deux prise chacun, et puis on a gardé ceux que l’on préférais, voilà tout. L’idée originale était de jouer des reprises de standards éculés à notre sauce, de faire un “tribute to the blues”, un hommage aux meilleurs morceaux de blues, le seul problème, c’est qu’il aurait fallu faire un album d’au moins 50 titres, ce qui n’était bien entendu pas envisageable. A cela est venu se greffer quelques compos, et voilà…

Eric Burdon signalait il y a peu dans un magazine que les Clubs aux Etats-Unis disparaissaient les uns après les autres et que les seuls lieux pour continuer à jouer et gagner sa croûte étaient les casinos, des endroits qu’il détestait… ça te parle… Penses-tu qu’en France la pièce est jouée ?
C’est la triste réalité, de nombreux chouettes endroits ont récemment fermés suite à des problèmes de voisinage, ou de sécurité ou autre… Les casinos sont eux obligés d’embaucher régulièrement des artistes, cela fait parti de leur cahier des charges. C’est utile car les musiciens sont bien obligé de gagner leur vies, mais il n’y a rien de
plus détestable, c’est vrai… Je l’affirme car nous même l’avons fait, et plus d’une fois… Les gens ont la tronche rivée à leur machine à sous… C’est glauque. Mais bon, il reste tout de même encore pas mal d’endroit sympa où jouer malgré tout. Mais on est obligé de se déplacer de plus en plus loin pour les trouver. Là où c’est le plus difficile, c’est dans les grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille etc… Par contre sur les bords de mer et en montagne, dans les endroits touristique, on trouve encore quelques endroits; et quelques casinos aussi…

Où pourra-t-on venir vous écouter et vous voir sur scène dans les prochaines semaines ? Votre disque sera-t-il distribué ?
L’album sera distribué à la Fnac et autres disquaires spécialisé à partir du 6 mars 2006. Les tournée vont plus concrètement se dérouler à partir de la mi-juin et tout l’été dans les festivals en France, et à l’étranger à partir de l’automne 2006. Quelques concerts auront lieu d’ici là, notamment sur Paris, voir le site www.bo-weavil.com pour plus de détails.

Pour finir, quels souvenirs conserves-tu en particulier de ta vie Blues, ta vie de musicien ?
Mes souvenirs je me les crée chaque jour, car la vie de musicien c’est tous les jours, il n’y a pas de repos contrairement à ce que dise certaines mauvaises langues. Mes meilleurs souvenirs ce sont les festivals, Cognac notamment mais pleins d’autres aussi. Même dans de petits endroits et même lorsqu’il y a peu de public, il peut se passer des choses de mémorable. Heureusement, en toutes circonstance il y a quasiment toujours au moins un rayon de soleil, quelqu’un qui vient te dire qu’il a apprécié sa soirée et la musique que l’on a joué. Il y a eu tellement de concert depuis mes débuts que je ne peut pas me les rappeler tous, mais mes meilleurs souvenirs sont certainement ceux qu’ont les gens qui sont venu nous écouter.

Tu as le mot de la fin, quelque chose à ajouter ?
Amour, respect, tolérance, pour que ces valeurs veuillent dire encore
quelque chose demain, aller voter en 2007… merci.

Merci Matthieu et meilleurs voeux pour la suite !

Plus d’infos sur Bo Weavil : www.bo-weavil.com

 

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