Le Regard de Willie

19 heures, la grille s’ouvre enfin. Déjà beaucoup de monde est là et la file de spectateurs prête à entrer dans le parc est conséquente. Nous sommes le jeudi 28 juillet, première soirée du 12es Cognac Blues Passions. Le monde est venu pour voir la vedette de ce festival, Joe Cocker.
Moi et quelques autres, sommes là pour voir un homme d’une soixantaine d’années, inconnu du grand public, Willie King, qui se produira sur la petite scène située non loin de l’arène qui attend la star de la soirée.

Je trépigne, la fouille systématique des spectateurs par les vigiles recherchant appareils photos ou caméras et accessoirement des bombes (plan vigipirate) n’en finit pas. Je passe enfin, après que le service d’ordre ait scrupuleusement fouillé … ma tarte aux fraises.
J’avais croisé déjà Willie la veille au Blues des Anges, l’homme m’était apparu simple et gentil. Il me fait ce soir la même impression, discutant avec ceux qui viennent à sa rencontre. Il est accompagné par The Liberators, la formation jouant avec lui sur ses albums.
Le concert commence enfin ; les rares personnes peu motivées pour s’entasser, (1 heure 30 avant les Mannish Boys et 4 heures avant Joe Cocker), devant la scène principale, s’approchent.
Peu connaissent cet homme à l’allure simple, une casquette rouge à son nom vissée sur sa tête, vestige, sans doute, d’une tournée passée, et à la barbe légèrement grisonnante.
Au fil des notes, les gens s’approchent plus près… encore plus près et la foule s’accroît. Il faut dire que la musique de Willie King commence à faire bouger les têtes, les corps et peu à peu le public se laisse emporter.
Une communion étrange s’établit, un échange qui n’a pas besoin de grandes phrases ou de longs discours, sa musique seule suffit.
Willie aime les gens, cela se voit, se sent ; il fait le tour de la scène, lentement en se promenant, pour être sûr d’être bel et bien avec tout le monde.
Il vous regarde dans les yeux , un sourire malicieux vous invite à l’accompagner, les vibrations de sa musique vous emmènent loin… Il se dandine lentement lorsqu’il croise le regard d’un enfant pour le faire rire.
Il se retrouvera bientôt à genoux au milieu de son public.
Un mélange de joie et d’émotion parcourt la foule, la musique de Willie King n’est pas triste et certains dont Adolphus Bell en profite même pour en “transpirer une” avec une petite.
Le regard humble de Willie vous raconte la vie, la vraie vie, celle qui a été la sienne, en Alabama, où être noir n’est un gage ni de facilité ni de richesse et peut-être aussi son étonnement pour son premier voyage en Europe de jouer devant un public blanc et subjugué.
Sa guitariste, Debbie Bond, nous confirmera son bonheur d’être là, son envie de rester ou de revenir bientôt.
Je me dis que 3 fois encore je pourrais le voir et partager sa joie, son regard et entendre son message de liberté et d’espoir.

A cent mètres de là dans 2 heures, Joe Cocker entrera en scène devant 6000 personnes, il a la gloire, la richesse, la célébrité pourtant de curieux bruits circuleront au lendemain de son spectacle.

Willie, lui, n’a pas la gloire, pas la célébrité et sans doute pas la richesse, mais tout cela il s’en fout… Willie veut simplement que de là-haut son grand-père soit fier de lui.
Alors là oui, il sera pleinement heureux.

Yes, Willie, you are the Blues.

Le TOUG’S aux 12es Cognac Blues Passions

Grand merci à Eric pour avoir eu l’excellente idée de me faire écouter il y a quelques années « Freedom Creek ».

 

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