Le Buis Blues Festival 2019 : La Buisitude

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Plusieurs membres techniciens, bénévoles et membres de l’association organisatrice (l’Ecole Buissonnière) du BBF qui, pendant 4 jours, du 21 au 24 août, ont tenu le coup face à la chaleur, ont composé le texte ci dessous mis en musique pour l’occasion. A la lecture, celui-ci vous dira tout de l’état d’esprit du chœur et des cœurs des motivé.e.s autour de ce festival. Tout est vrai, authentifié, amplifié et déformé à souhait avec les clins d’œil, la bonne humeur, la taquinerie et l’ambiance de ce petit festival qui a tout pour jouer dans la cour des grands mais ne veut pas perdre sa dimension humaine.

La Buisitude / C’est quand on débarque dans l’Limousin en plein mois d’août / C’est quand matin, midi et soir on boit des coups / C’est quand au four vieux on se sent un peu chez nous / Oh Oui chez nous !
La Buisitude / C’est s’mettre à dix autour d’la table pour préparer / Un rougail saucisses pour au moins toute une armée / Hey toi reste là y’a les oignons à éplucher / Ça fait pleurer !

Refrain : La Buisitude, c’est moi, c’est toi, c’est nous c’est quoi / C’est un peu d’ Limousin dans le cœur de chacun / La Buisitude, c’est hummm, c’est Wouuuh / C’est nous, pas eux, c’est s’retrouver chaque été et recommencer !

La Buisitude, c’est quand même être là aussi un peu pour bosser / Sur c’festival qui nous a fait nous rencontrer / qu’on soit sondier, lighteux ou vendeur de gobelets / Tous au taquet !
La Buisitude c’est quand Lolo, Sabine débarquent an Limousine / Nous annoncer qu’mercredi soir y’a plus piscine / Si ça marche bien l’année prochaine, c’est toute la semaine / Rappelle Florine !

Refrain

La Buisitude, c’est quand ton médecin quitte son bistrot buxéen / Voilà Raoul qu’arrive sa sacoche à la main / Pour garantir que Kaz pourra chanter demain / Et ça l’fait bien !
La Buisitude, c’est qu’ tu boives du Ricard, du rhum ou du rosé / T’auras toujours d’la bonne humeur à partager / A condition que tu n’oublies  pas de trinquer / Et ça fait Tchin !

Refrain

La Buisitude, c’est une équipe technique maintenant bien installée / Flo, Fred, Tug, Steph, Athis et Ju pour assurer / Sous l’œil du technical director bien nommé / Jean-Mi Brachet !
La Buisitude, c’est quand Green Bullet vient en loge nous annoncer / Des temps d’changement d’plateau de plus en plus serrés / Et qu’ les Amerlocks ne viendront pas balancer / Trop pitanchés !

Refrain

Alors après cela, vous êtes en droit de vous demander ce que nous allons détailler, délayer par la suite ! Que dire de plus ? Il faut bien parler un peu de la musique que nous avons entendu, des musicien(ne)s vu(e)s et écouté(e)s.

Pour nous aller au BBF, c’est allier la musique, la gastronomie, tourisme et histoire de la région. Aller au BBF c’est marier tout cela sur 4 soirées dans quatre localités différentes dont la plus importante cette année était Nantiat (1600 habitants) et son église, alors que la deuxième étape avait lieu à Chamboret (800 âmes) et à Thouron (un peu plus de 500 personnes) dans le parc du château pour la troisième soirée, la dernière étape se déroulant traditionnellement au Buis (moins de 200 habitants).

Quatre localités différentes sur quatre soirée imposent une logistique, des équipes motivées qui ne comptent pas leur temps à monter et démonter scène et barnums divers et variés au fil des pérégrinations dans la région. Saluons ici les comités des fêtes, les bénévoles du festival et tous ceux et toutes celles qui rendent cela possible. Nous attribuerons une mention spéciale cette année à toute l’équipe du garage Dauby qui n’est pas seulement là pour apposer son logo sur la liste des partenaires mais qui a su répondre à nos problèmes mécaniques dans les délais impartis. Merci à eux !

Kaz Hawkins et Freddy Miller

Il ne s’agit pas d’un petit défi que d’organiser un festival où plusieurs des groupes invités viennent pour la première fois en France, sans grande tête d’affiche. Véritable lieu de découvertes musicales pour ceux et celles qui le veulent, le BBF se distingue par une approche différente, y compris sur scène où par exemple 7 des 9 des groupes présents étaient composés de femmes (dont beaucoup de chanteuses, front women). Le BBF se distingue aussi par son accueil où bien souvent des artistes déjà venus reviennent au Buis (cette année ce fut Kaz Hawkins qui, présente pendant tout le festival, anima une partie de la soirée à La Grange d’où beaucoup oublièrent de revenir devant la scène principale (n’est-ce pas Rémi ?) Mais là encore, ce n’est pas le seul aspect positif car la moyenne d’âge du public est bien plus jeune qu’un festival de blues traditionnel. Beaucoup de jeunes, très enthousiastes qui apprécient les prestations fournies venaient de la région, stabilisant un public local de fidèles.

Donc, le mercredi, avec notre véhicule de location nous avons pu poursuivre nos pérégrinations régionales, à commencer le soir même par l’église de Nantiat où se produisait CrossFire. Emmené par Stephen Giry qui “joue de la guitare et chante et Allison Mareek qui chante et joue de la guitare”, tous les deux accompagnés par Pierre-Marie Bommier au fiddle et par Thomas d’Arbigny à la contrebasse, le quatuor a su tirer partie de la réceptivité du public. Rappelant les 50 ans de Woodstock, Stephen et Allison réveillèrent les souvenirs et reprirent au milieu de leur composition des chansons de Bob Dylan, Joan Baez ou CSNY. En acoustique ou a capella sur deux morceaux, ils nous enchantèrent, ravirent les 250 personnes entassées dans l’église et la trentaine-quarantaine qui restèrent à l’extérieur à tendre l’oreille. De la pure americana comme il est de bon ton, de nos jours, de qualifier ce type de musique mais d’une qualité comme peu de groupes français en produisent !

Le lendemain à Chamboret, ce village accueillait le festival pour la première fois, tout alla comme sur des roulettes. Au programme Dalva, jeune groupe franço belge mené par Camille et Marolito. Ayant déjà à son actif un EP 7 titres “Blues, Noise & Poetry” sorti en 2015, le duo s’est renforcé de quatre musiciens bretons et s’est installé dans le Morbihan. Sur scène sans que rien ne dépasse, ils nous délivrèrent leur premier album officiel “Rail”, superbe album que nous ne saurions trop vous conseiller d’écouter et de réécouter tellement celui-ci est d’une densité rare, mêlant des influences urbaines saupoudrées de musique malienne et touarègue. La voix de Camille placée sur les arrangements de Marolito fait penser à du PJ Harvey chevauchant des musiques du désert où nous trouverions par moment des influences sombres de Jon Spencer. Une grande découverte qui en entraine une autre celle du poète Bob Kaufman qui est pour nous une totale découverte. Mêlant attaches musicales et déracinement poétique et social, la musique de Dalva a pu dérouter les festivaliers présents mais a su en capter quelques uns qui sont rentrés dans leur univers dérangeant. Une belle révélation.

Les Suédois de Lisa Lystam & the Family Band, eux, ont capté le public avec une grande facilité. Lisa Lystam, ancienne choriste de Thorbjorn Risager  mène le band qui a surtout présenté son nouvel album très sobrement intitulé III . Deux guitares, basse, batterie et Lisa à la voix et à l’harmonica sur quelques morceaux, le Family Band, cheveux longs au vent pour les grateux et le bassiste, chapeaux vissés sur la tête, avaient tout d’échappés de la période rock sudiste oscillant vers Lynyrd Skynyrd avec subtilité (Crying Through The Day, Can I Get A Little,…). Croisements du jeu des guitares, solo de basse et de batterie, tout y est passé. Et si des titres comme Get Out Of Bed ont su gagné le public avec son refrain facile, leur reprise de Baby please don’t go entamé par un boogie digne de La Grange a enflammé le public qui en a redemandé. Venant pour la première fois en France, ils ont prouvé que les bands scandinaves sont parmi les meilleurs de ce côté-ci de l’Atlantique. Gageons que ce ne sera pas leur dernière prestation française.

Retour à Nantiat dans l’après midi du vendredi pour le spectacle pour jeune public qui obtint un bon succés. Assuré par le groupe Talaho où l’on retrouve Teddy Costa et Stéphane Barincourt, anciens de Teddy Costa & The Thompsons ou même de OCB (pas l’acronyme d’ une marque de papier à cigarette mais les initiales d’Only Cigar Box), le conte musical “La  légende de l’homme à la guitare” a plu aux jeunes spectateurs. Ceux-ci malgré l’extinction de voix de Teddy ont apprécié les déplacements dans la salle et les déambulations des musiciens parmi eux. Occasion pour les plus âgés après la prestation d’évoquer quelques anciens concerts.

Thouron le soir même nous accueillait avec là encore deux front women dont nous attendions beaucoup. Place donc à Arma Rox & The Truckstops, groupe mené par l’australienne Arna Rox. Comme à l’habitude avec les originaires du pays des kangourous, nous nous attendions à de l’imprévisible et nous ne fûmes pas déçus. Les australiens ne sont pas comme nous à couper les cheveux en quatre et qualifier ceci de rock, de blues, de jazz…. Dans leur jargon, il y a la musique commerciale et la musique dite roots mêlant rockabilly, blues, country, surf music et même reggae sous cette appellation. Cela a conduit à une grande confusion auprès des milieux blues qui n’ont pas compris l’approche différente de ces jeunes groupes comme Xavier Rudd, John Butler Trio, Ash Grunwald,…souvent marginaux et activistes des causes écolos et humanitaires. Comme ces illustres ainés, Arna Rox & The Truckstops, au delà de leur composition ont su redynamiser des covers très éclectiques allant de Creedence ou Rolling Stone en passant par Kris Kristoferson ou James Brown sans oublier The Clash ou Eddie Cochran. L’éclectisme aussi dans toute sa splendeur servi par un bon band international et par la voix éraillée d’Arna Rox, pouvant être comparée à celle d’un Tom Waits première période, au pied de son lampadaire.

Suivit Elles Bailey, récente venue sur la scène bleue britannique qui a su très vite s’imposer après deux EP avec un album allègrement blues soul et rock “Wildfire” (dont nous ne saurions trop conseiller d’acquérir la version Deluxe comprenant 3 bonus acoustiques et 4 titres unplugged) en un mélange où chaque amateur de ces genres a retrouvé un peu de ce qu’il cherchait. Avec sa voix légèrement éraillée due à une pneumonie féroce à l’âge de trois ans qui l’a contraint à supporter une intubation pendant plus de deux semaine et qui lui a laissé cette voix légèrement voilée qui évoque les grandes fumeuses, Elles Bailey a commencé à nous présenter plusieurs titres de son nouvel album “Road I Call Home”. Ainsi nous eûmes droit à Wild Will West, Deeper, What’s the Matter with you, Little Piece of eaven, Medecine Man, Help Somebody, Road I Call Home entrecoupés d’hommages à Levon Helm When I Go Away, à Kris Kristoferson et John Prine Angel from Montgomery accompagnés de quelques titres de son premier album Wildfire, Same Place, Perfect Storm ainsi que lors du rappel la chanson au sujet de Janis Joplin Girl Who Owned The Blues. Le millier de spectateurs subjugués lui fit un triomphe !

Dernière étape obligatoire au Buis, le samedi et dès 15 heures pour une prestation acoustique à La Grange avec Talaho (avec Teddy qui avait un peu récupéré sa voix à coup de pastilles) et leur spectacle de reprises blues pour adultes. Rentrée en douceur par la pointe des oreilles et des conduits auditifs pour nous préparer à la déferlante sonore de la soirée.

Celle-ci débuta avec Julian Burdock, ancien guitariste des 24 pesos déjà passé par Le Buis il y a plusieurs années et Danny Del Toro, harmoniciste espagnol. le duo eut la difficile tâche de jouer devant un parterre se remplissant progressivement au fur et à mesure de l’arrivée des festivaliers. Après un passage sur les caissons de basse devant le scène pour un jeu d’harmonica sur un train d’enfer, ils arrivèrent à capter le public maintenant présent qui commençait à apprécier mais le temps imparti était écoulé.

Leur succédèrent Devil Jo & The Backdoormen, groupe stéphanois. Depuis plus de dix ans, de E.P. en E.P. (voir sur Bandcamp) avec plusieurs changements au sein du groupe emmené par Sara K. alias Devil Jo et Lorenzo aux guitares et à l’harmonica, les Backdoormen délivrent un rock bourré de rhythm & blues. Avec ces références, ils ont prodigué au public une prestation tout feu, tout flamme mélangeant les références citées avec un rock garage bien péchu. Deux guitares, basse, batterie, quelques apports de théremine en intro ou sur certains morceaux, avec la présence de la chaude voix de Devil Jo, le tout galvanisa le public présent. Là encore présentation d’album et reprise de morceaux plus anciens (Hit your jelly roll, Shake your booogie down à la fin hendrixienne, Too late to beg…) se succédèrent à un rythme toujours maintenu.

Madame Robert vint derrière. Bon là, plus question d’avoir une front woman, la présence féminine (Léa Worms) se retrouve aux claviers. Mais le groupe avec au chant Reuno, ancien de Lofofora, accompagné par l’ancienne section rythmique de Parabellum, nous emporte trente ans en arrière sans aucune nostalgie (Mieux avant) mais avec un second degré assumé et une distance de bon aloi. Ces anciens des milieux alterno des années 90 se trouvaient presque surpris d’être invités sur un festival de blues. Alliant rhythm & blue speedé (Comme De Niro, Nabab,… ) Madame Robert présenté comme du Nino Ferrer sous stéroïde, emballa le public ; les plus jeunes se vitalisant à une musique qui incite au pogo. Le groupe nous balance même un vrai blues mid tempo (Schultzy blues) en hommage à Schultz, ancien chanteur des Parabellum. Suivent d’autres titres qui envoient (Derrière la porte, Captain) et repart à l’assaut d’un public de plus en plus acquis à la cause. Une reprise du titre éponyme du groupe en hommage à Nino Ferrer oblige, il  propose de redanser le twist, et fonce sur des rails sans souci (Captain, La reine de la jungle)

Et pour finir parce qu’il fallait bien finir et redescendre un peu tant l’adrénaline nous avait fait speeder, nous eûmes droit à Catfish, groupe anglais à différencier du duo français qui officie sous le même nom. Très vite, les plus anciens reprirent le vaisseau spacio temporel et se retrouvèrent 30/40 ans en arrière du temps où nous parlions de hard rock pour qualifier des groupes que nous aimions. Teintée de références à des groupes comme Wishbone Ash ou Scorpions ou pour faire plus blues Gary Moore ou pour les guitares pleureuses à la Roy Buchanan, leur musique s’apparente il est vrai à ces groupes que nous écoutions. Le guitariste du groupe Matthew Long, complètement dans cette attitude rétro, s’applique à reprendre tous ces aspects sur un titre démesuré de près de 20 minutes Make It Rain avec passage dans le public et solo de guitare. Le public encore nombreux à plus d’une heure du matin leur firent une ovation.

En conclusion, il est vrai que l’appellation blues semble dépassée pour des puristes de tel ou tel style. Nous avons entendu une forme contemporaine musicale hors des circuits mainstream, portée par des musiciens avec leur propre vécu et leur sensibilité. Dans ces conditions, effectivement le blues est là en tant qu’état d’esprit et nous n’avons rien à faire de savoir si c’est du “blues” ou pas, c’est une musique qui parle au coeur des participants. Qu’ils viennent, comme ce fut le cas pour cette édition de Belgique, de Suède, d’Angleterre, d’Espagne, d’Australie, voire même de France n’est pas déterminant ; ils ont tous l’envie, la rage, la joie à partager, des tombereaux de bonne humeur, de bonheur à déverser pour le public présent. Que des organisateurs au Buis comme ailleurs (nous ne citerons personne pour n’en oublier aucun) s’évertuent à vouloir programmer beaucoup de groupes de musique électrique contemporaine, ils rejoignent par ce lien avec les musiciens ce qu’est à l’origine l’esprit du blues : des propriétaires de lieux, des organisateurs qui invitent des musiciens à rencontrer un public et à donner à celui-ci ce pourquoi il est venu : amour, partage, solidarité, espoir en un monde meilleur. Ensuite ce n’est qu’une affaire de sensibilité, de feeling et d’émotion partagés.

Et pour le Buis Blues Festival le contrat est rempli et plus que rempli. Allez, vivement août 2020 !

Et pour confirmer nos dires, vous pouvez aller sur la playlist officielle du BBF vous décrasser les esgourdes sur La Chaine Youtube du BBF 2019

Serge Sabatié – Photos © Miss Béa

 

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