La voix de Nicole Willis

Nicole Willis And the Soul Investigators – “Keep Reachin’ Up” – Timmion Records
J’ai eu la chance de voir Nicole Willis l’an passé, lors de son passage dans la Capitale. J’avoue que j’y avais été un peu au flan, les disques de cette new-yorkaise m’avaient jusqu’alors laissé légèrement sceptique. La prestation scénique de la dame ne m’avait pas déplu, mais ne m’avait pas non plus transporté comme on dit communément. En fait j’avais plus « tilté » sur les accompagnateurs et surtout il me semble qu’un autre concert celui de Sharon Jones & the Dap Kings m’avait plus impressioné, mais l’époque et le contexte étaient différents.Le visuel quelconque de la pochette avait suscité en moi une réflexion un brin moqueuse. Cependant la désuétude du portrait de Nicole Willis avait réussi à éveiller ma curiosité. Le souvenir du concert n’était pas évaporé ; j’avoue que le petit logo du label m’avait interpellé ainsi que cette pochette vintage d’une affreuse couleur marron et pourquoi le cacher, la coupe de cheveux de Nicole rappelant insidieusement… Mireille Mathieu. Voilà comment d’un seul coup d’un seul un disque affreux se retrouve dans votre platine. C’est parfois très simple d’accrocher le Gogo, cela rappelle un peu le système des fameux Bons Points de notre enfance. Je me méfie beaucoup des disques qui touchent dès la première écoute, ce n’est souvent que poudre aux yeux et accroche rapide. Dans le cas présent, il convient de dire que deux mois d’écoute confirment ma première impression.

Revenons donc à notre disque avec ce premier morceau « Feeling Free » et son intro de 25 secondes toute en pizzicati avec cet emploi de cordes qui monte en puissance rappelant certaines productions de la Motown, dont je ne suis pourtant pas fan. En second c’est « If This Ain’t Love » celui que je siffle tout le temps depuis 2 semaines… … c’est malin, surtout que c’est un morceau qui ne se prête pas du tout au « whistle ». Ce titre est en fait le single qui a contribué à faire connaître le disque dans une grosse partie de l’Europe ; on y retrouve cette rythmique confortable qui assure tout le long du disque permettant l’envol de Nicole tout en offrant de temps à autre un petit solo se glisser, comme la flûte de Jimi Tenor et puis ces brèves pleurs de nouveau né à la fin du titre. Le troisième morceau c’est celui qui donne son nom à l’album, celui dont les percussions peuvent rappeler celles des disques de Donny Hathaway et qui laisse la voix de Nicole, sure, assurée, aiguë vous envahir. Arrive alors cette finesse de « Blues Downtown » avec une batterie suave, une réverbe céleste et une section cuivre qui vous endort comme un derviche, à mi chemin entre Motown et le duo Shirley Bassey/ Propellerheads mais en moins démonstratif et plus lancinant. Au milieu du disque vous retrouverez « My Four Leaf Clover » qui perso me fait penser à Mary Wells et Barbara Lewis, avec l’apport de ces accompagnateurs scandinaves qui ont tout compris au Groove et à la Soul. En fait la seconde moitié du disque est du même tonneau,à savoir : accompagnement de première main, quelques trouvailles à chaque titre comme cet orgue dans « No One’s Gonna Love You », influence de la firme de Detroit qui j’insiste ne tourne pas au plagiat, la voix aérée, souple et ardente de Nicole alliée à la production de Didier Selin, un producteur, DJ, guitariste, pianiste et accessoirement… français. Le dernier titre est un instrumental en petit comité puisque seuls y participent Jukka Sarapää (batterie), Petri Toikkanen à la basse, Antti Määttänen (piano) et Didier Selin au vibraphone et à la guitare. Pour plus de précisions, il y a un morceau caché en onzième titre qui nous délivre pendant 80 secondes le petit pizzicati de « Feeling Free ». Je termine pour donner le noms des Soul Investigators non cités ci-dessus : Sami Kantelinen (basse), Lasse Tolvanen (sax), Antti Lauronen (sax baryton), Erno Haukkala et Jay Kortehisto (trombone), Eero Savela (trompette) et Pekka Kuusisto et ses violons.

Cette native de Brooklyn née en 1963, mariée à un musicien alternatif et finlandais pourra rappeler par certains aspects Jill Scott ou Beverly Knight, mais Nicole se situe un rang au dessus. Elle a, avec l’aide d’accompagnateurs hors pairs, réussi à construire son style et son propre son. Certainement la meilleure nouveauté Soul de l’année 2006 avec le disque de Candi Staton « His Hands ».

Le Kingbee

 

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