Johnny Horton story

Portrait

Johnny Horton • The Golden Rocket • The 1951- 1960 Rockin’ Honky Tonk Recordings
Le label Hoodoo Records publie une compilation écrémant la carrière de Johnny Horton. Les 28 titres proposés égrènent donc une période allant de 1951 à 1960. Le compilateur a pris soin d’incorporer des faces méconnues et des titres devenus des classiques. Loin de rester figé dans un style précis, Johnny Horton a oscillé entre hillbilly, hillbilly rock, rock n roll, rockab, honky tonk, tonk roll, ballade, et rock teenagers. Artiste relativement timide et discret, Horton était un honnête guitariste banjoïste mais un chanteur de premier plan. Au fil de sa carrière, le musicien a pu compter sur l’appui de la crème des musiciens de session de l’époque.

Hoodoo propose ici une grande majorité de titres parus en singles, les autres morceaux proviennent d’albums souvent posthumes. De nombreux titres de l’artiste n’étaient pas encore sortis lorsqu’il fut victime d’un accident de la route. La firme Columbia, surprise par la mort soudaine de son artiste, allait multiplier les sorties d’albums avec des titres inédits… Il faut bien vivre.

Hoodoo a privilégié la période la plus intéressante en intégrant plus de vingt titres Columbia. Le compilateur a glissé deux titres Abbott, deux Mercury et une démo de « Shake, Rattle And Roll » enregistrée à New York par Bob Vittur en octobre 1960. La compilation agrémentée d’un petit livret de 16 pages comprenant diverses photos, des rondelles et pochettes de disques et un petit historique du parcours de l’artiste. Chaque titre est détaillé, il y a juste une petite erreur sur le titre « You, You, You » mis en boite en avril 53 et non en mai. Aucune indication sur les accompagnateurs présents sur ce titre, mais on peut penser au Rowley Trio et Robert Stegall à la steel. Cette compilation vendue à un prix attractif propose un excellent voyage dans le parcours d’un musicien qui s’est décidé à changer de registre à son entrée chez Columbia. On regrettera juste la mise en place des titres, sans aucune chronologie et l’intitulé, « The Golden Rocket » une chanson d’Hank Snow reprise par Johnny étant loin d’être emblématique. Les amateurs de Johnny Horton se pencheront eux sur les originaux et sur les coffrets du label Bear Familly.

Johnny Horton’s Story
La vie de Johnny Horton pourrait un jour inciter un scénariste hollywoodien, à la quête d’une histoire simple, à aligner quelques pages et pourquoi plaquer quelques images. Mais le parcours et la vie du chanteur guitariste et banjoïste sont peut être justement trop ordinaires et limpides pour intéresser un bon conteur d’histoire, à une époque où seuls le sensationnel, l’excentricité, le scoop et la violence, le fric (et j’en passe) semblent avoir de l’attrait.
Les amateurs se contenteront largement des sonorités laissées par Horton.
John LeGale Horton voit le jour à Los Angeles en 1925. L’enfance du jeune John est marquée par les pérégrinations de ses parents. Le couple Horton, frappé comme de nombreux concitoyens, ne va cesser de bouger entre la Californie et le Texas, au gré des petits boulots que décrochent John « Lolly » et Ella Horton. Le jeune John apprend la guitare par le biais de sa mère qui se produit parfois sur scène, lorsque les travaux des champs ou la cueillette de fruits le lui permettent. A onze ans, le gamin est déjà un guitariste émérite. La vie de la famille Horton va se stabiliser au début des forties. John a de bons résultats à l’école, il deviendra l’un des meilleurs basketteurs universitaires texans, et décroche naturellement ses diplômes universitaires. Bref, on pourrait croire que le jeune Horton a tout pour lui … en fait John Horton a surtout la bougeotte et une forte envie de découverte. Durant un temps, le jeune guitariste poursuit des études pour devenir séminariste, puis se décide à suivre son frère aîné, Frank, à Seattle pour devenir géologiste. Vous l’aurez rapidement compris, le gamin devenu jeune homme termine rarement ce qu’il commence. A la fin des années 40, John vogue en Floride, en Californie et part tenter sa chance en Alaska où il se lance dans l’industrie florissante de la pêche et du poisson. Durant son temps libre, il compose et écrit des textes pour passer le temps (les nuits sont longues en Alaska).

Ce qui au départ n’était qu’un amusement, voir une plaisanterie ou un passe temps devient de plus en plus sérieux.

De retour en Californie, sa sœur Marie lui suggère de proposer ses services à la KGRI, une petite radio basée à Henderson. Encouragé par un premier prix décroché lors d’un show radio, John décide de continuer l’aventure. Jim Reeves, rencontré lors d’une interview, l’incite à poursuivre ses efforts. Mais la musique pour John est un peu comme le séminaire, la géologie, le basket ou la pêche il ne faut pas que cela dure trop longtemps. Le guitariste va cependant revenir à la musique suite à sa rencontre avec Fabor Robison, propriétaire d’une station radio. Robison persuadé du talent de son poulain le présente à Cliffie Stone. Ancien chef d’orchestre et chanteur, Stone est aussi un producteur écouté et surtout un dénicheur de talent remarquable (on lui doit Tennessee Ernie Ford, Tex Ritter, Hank Thompson et Molly Bee), mais Stone est aussi l’un des manitous du label Capitol et un artisan actif du hillbilly californien. Sous la houlette de son nouveau mentor, John écrit de nombreux spots et jingles publicitaires pour une radio de Pasadena. De fil en aiguille la radio KXLA-TV lui consacre une demi-heure dans son émission phare du samedi soir. John commence à se faire un nom sous le sobriquet du Singing Fisherman (le Pêcheur Chantant). En 1950, il débute ses premières sessions, sans grand succès. En 1951, le guitariste chanteur se transforme en acteur. Il apparait brièvement dans « Distant Drum » de Raoul Walsh au côté de Gary Cooper, et puis l’année suivante dans « The Story Of Will Rogers » de Michael Curtiz.

Fabor Robison lui permet d’enregistrer deux singles de hillbilly sur le petit label Cormac, mais la minuscule maison de disques n’est pas distribuée et ne peut pas promouvoir ses artistes. Suite à la faillite de Sid Abbott, Robinson rachète le label Abbott et enregistre son poulain. Johnny Horton grave ainsi une douzaine de 78 tours, parfois épaulé par le Bill Thompson’s Westernaires ou le Jud deNaut Trio. Péniblement distribué par le label 4-Star, ces microsillons regroupent d’honnêtes pièces de hillbilly, de petits honky tonk et des westerns songs mais rien de fracassant et le manque de moyens ne permet pas à Horton de percer plus avant. Il ne manque pas grand-chose, juste une petite étincelle et un brin de chance, mais ces petits échecs vont curieusement contribuer à développer la voix et le style de Johnny Horton.
En 1952, Johnny convole avec Donna Cook qu’il avait rencontrée lors d’un passage à l’Université de Waco. A son retour de lune de miel, Johnny fait ses premiers pas à la Louisiana Hayride. Fabor Robison est un personnage têtu, il parvient à persuader Walter Kilpatrick, patron de la firme Mercury, d’embaucher Johnny Horton. En juillet 1952, Johnny enregistre quatre titres, mais seuls deux sont retenus par Kilpatrick pour son premier single Mercury. Le microsillon bien que recevant de bonnes critiques ne se vend pas très bien. En septembre, Johnny qui a toujours été prudent vend ses parts de son entreprise de pêche en Alaska, bien décidé à se concentrer sur sa carrière musicale. Entre l’été 52 et l’été 1953, il participe à plusieurs sessions en compagnie du Trio Rowley, une troupe familiale comprenant le fiddler Jerry Rowley, sa femme Evelyn au piano et sa sœur Vera à la basse et la rythmique. Peu de singles verront le jour. C’est grâce à ses apparitions à la Louisiana Hayride, un véritable tremplin pour de nombreux artistes hillbilly, que la carrière de Johnny va décoller alors que l’artiste était sur le point de reprendre ses activités dans la pêche. Malheureusement, le succès que connait l’artiste l’oblige souvent à être plus souvent sur les routes que chez lui. Son mariage commence à battre de l’aile, Donna se lasse d’un époux qu’elle ne voit jamais et demande le divorce en 1952. C’est un coup dur pour le guitariste, sa carrière s’enlise, la fratrie Rowley est usée par des tournées harassantes et improductives, sa relation avec Fabor Robison se détériore, le producteur ayant jeté son dévolu sur Jim Reeves. Mais des jours plus radieux vont s’annoncer : Johnny épouse durant l’été 53 Billie Jean, la veuve fortunée d’Hank Williams. Le guitariste coule des jours heureux avec sa nouvelle épouse et ne joue plus que le week-end, la faillite de son premier mariage lui a servi de leçon. En septembre 55, Johnny participe à sa dernière session Mercury. La firme n’a en fait jamais cru en lui et son plus grand succès pour le label a tout juste dépassé les 40000 exemplaires vendus.

Le gros catalyseur de la carrière d’Horton va en fait être Billie Jean. Femme de caractère, très appréciée dans le milieu hillbilly, cette battante encourage son époux à durcir son répertoire.

Elle suggère à Johnny de s’attacher les services de Tillman Franks. Installé à Shreveport (Louisiane), Franks a participé durant la Seconde Guerre Mondiale à des enregistrements pour Voice of America, label remontant le moral des troupes. Agé de cinq ans de plus que Johnny, Franks a été bassiste pour les Bailes Brothers, Claude King et Webb Pierce, il a une solide expérience de manager (Johnny & Jack, les Carlisle Brothers et Webb Pierce). La rencontre entre les deux musiciens tombe à pic : Tillman vient de subir une grosse déconvenue avec le duo Jimmy & Johnny et vient de perdre son job d’agent artistique à la Louisiana Hayride. Tillman est un personnage important dans le monde de la country, il est écouté et surtout revanchard.

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Contrairement à de nombreux artistes de l’époque, Johnny Horton est quelqu’un de simple et de timide, il ne boit pas, ne fume pas, présente bien, n’aime pas les esclandres, a reçu une excellente éducation. En clair c’est un gentil, le parfait prototype du gendre idéal. Franks, conscient du potentiel de son nouvel équipier dont il admire le vocal, va faire jouer ses relations. Il a tissé un réseau d’amis solides. Webb Pierce qui admire le style de Johnny les met en contact avec Jim Denny, patron de Cedarwood, de Troy Martin de la Golden West Melodies et de Don Law. Natif d’Angleterre, Law s’est établi en Amérique au milieu des années 20. Après avoir fait ses gammes chez Brunswick, il a appris le métier auprès d’Art Satherley et Ernie Oertle, a enregistré le bluesman Robert Johnson. Law a de l’oreille, un don pour la production et est surtout le Boss du secteur Country de la Columbia. Ce personnage influent dans l’industrie du disque a bien évidemment remarqué Johnny Horton et décide de l’embaucher.

Tillman Franks, Johnny Horton, Tommy Tomlinson

Tillman Franks, Johnny Horton, Tommy Tomlinson

Le 11 janvier 1956, Johnny pénètre Bradley Film Recording Studio de Nashville avec quatre morceaux dans ses poches. Tillman Franks a persuadé Bill Black de venir tenir la contrebasse alors que Law fait venir les guitaristes Grady Martin et Harold Bradley. Lors de cette session, Johnny met en boîte « Honky Tonk Man », une compo coécrite par Johnny et Howard Crockett couplée à  « I’m Ready If You’re Willing » et « I’m A One Woman Man » et « « I Don’t Like I Did ». D’un coup de baguette magique, le gentil chanteur de ballade et de hillbilly s’est transformé en tonk roller de première force. Les deux face A montent à la 7e et 9e place de charts country. Afin de concrétiser ce fulgurant et surprenant succès, Johnny va devoir se prêter à d’importantes opérations de promotion, encouragé par sa femme. Les émissions radio, télé et les concerts vont s’enchainer à un rythme infernal, Johnny Horton peut voguer vers le succès. Tillman Franks et Don Law sont bien conscients qu’il ne faut pas laisser la mayonnaise retomber. Sur les conseils de Tillman, Johnny décide de se produire sur scène en trio avec Tillman à la contrebasse et un nouveau guitariste. Les deux complices choisissent Tommy Tomlinson qui vient tout juste d’être démobilisé de Corée. Redoutable guitariste, Tommy a déjà tourné avec Paul Howard et Werly Fairburn.

Les concerts promo vont s’enchainer et le public peut reconnait désormais la voix du chanteur et est capable de mettre un nom sur son visage.

Johnny dispose d’autres atouts : il est plus âgé que la plupart des jeunes musiciens qui ont été propulsés en pleine ère Rockab et Rock n Roll, il est plus posé, plus sage et ses tenues impeccables tranchent avec les habits des rockers et des countrymen. Johnny évolue souvent en costumes classiques (blancs, gris ou noirs), ses nœuds papillons ou ses bolos font merveille sur ses chemises blanches. En deux coup de cuillères à pot, Horton a réussi une parfaite alchimie entre hillbilly traditionnel, un tonk rural et un tempo rock qui vient durcir la sauce.

A partir de 1957, Johnny qui est devenu une valeur sure va enchainer les singles avec succès. Il dispose maintenant lors de ses sessions d’accompagnateurs hors pair : les guitaristes Grady Martin, Harold Bradley, Tommy Tomlinson, Hank Garland, Ray Edenton, « Memphis » Reggie Young et Billy Bird, le batteur Buddy Harman Jr., Floyd « Lightnin » Chance et Joseph Zinkan (contrebasse) ou le pianiste Floyd Cramer. Au fil des mois, Johnny va également pouvoir s’appuyer sur l’aide de solides songwriters comme Jimmie Drifwood ou Merle Kilgore. Johnny ne reste pas figé dans un style prédéfini, il peut incorporer à ses chansons du hillbilly traditionnel modernisé, du folk et du rock n roll. Formidable raconteur d’histoires, il n’hésite pas à glisser dans ses textes des événements historiques, à en enjoliver d’autres (dans sa chanson « Sink The Bismark » il racontait comment le cuirassé allemand sera pris en chasse par la flotte américaine, alors qu’en fait le Bismark sera sabordé par son propre équipage), des récits de légendes ou de personnages célèbres. En à peine quatre ans, il peut toucher de nombreux publics : la maitresse de maison, le rocker rebelle, les teenagers, les amateurs d’hillbilly et même les jeunes enfants.

A la fin des fifties, Johnny Horton figure parmi les plus gros vendeurs du territoire américain. Certains de ses titres « Johnny Reb », « The Battle Of New Orleans », « All Grown Up » font un malheur et rentrent même dans les classements européens. Si seuls trois titres montent sur la plus haute marche des charts US, sept autres s’intercalent dans le Top Ten contribuant à faire de l’ancien basketteur une véritable aubaine pour la Columbia.

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Fin 1959, son contrat avec Columbia est revu à la hausse, Johnny peut s’acheter une coquette maison à Shreve Island (à une portée de fusil de Shreveport), un endroit tranquille où il peut aller titiller le goujon. En 1960, Goddard Lieberson, Président de la Columbia, lui commande une chanson pour inaugurer une exposition culturelle dans le Bronx, Horton compose alors « Johnny Freedom ». Le guitariste interprétera sa chanson en juin 1960 lors d’un passage à l’émission American Bandstand de Dick Clark. Le morceau rentrera dans le Hot Top 100 où il figurera pendant quatre semaines. Mais c’est durant l’été 1960 qu’Horton va véritablement cartonné. Au cours de deux sessions, il enregistre cinq prises de « North To Alaska » avec Grady Martin, Jack Shook, Harold Bradley et Tommy Tomlinson aux guitares, Joseph Zinkan à la contrebasse, Buddy Harman aux baguettes et deux troupes de choristes The Plainsmen et The Jordanaires. Henry Hataway tourne un film avec John Wayne, Stewart Granger, Capucine et le chanteur Fabian.

La rumeur prétend que John Wayne suggéra au réalisateur de placer dans la BO des titres de Johnny Horton.

Hataway est emballé et le film, un mélange de western, de comédie et d’aventures, prend le titre de l’une des chanson « North To Alaska » (« Le Grand Sam »). En fait, Johnny a composé « North To Alaska » spécialement pour le film. Trois autres titres joué par Johnny sont intégrés à la BO de ce film, devenu un classique : « Comanche », « The Electrified Donkey » un rockab plein d’humour, et « Johnny Freedom ». « North To Alaska » atteindra la première place des charts country, la 4e des classements Pop et se placera aussi en Europe. Le titre sera repris par une myriade d’interprètes (Frankie Laine, Jerry Lee Lewis, Dwight Yoakam, NRBQ, jusqu’aux bluesmen Ted Hawkins et Big Joe Duskin).

BO du film "Le Grand Sam"

BO du film “Le Grand Sam”

Malheureusement, Johnny ne va pas profité longtemps de ce succès. Le 4 novembre, Johnny décide de se produire en trio avec Tommy Tomlinson et Tillman Franks à Austin, au Skyline Club. Cette escapade organisée par Johnny est destinée à renflouer le compte en banque de Tillman, celui-ci venant de se faire opérer d’une hernie discale. Le concert se déroule devant un public enflammé et à la fin du concert, Johnny décide de rentrer chez lui. Les trois hommes chargent leurs instruments dans le coffre de la toute nouvelle Cadillac de Johnny. Le guitariste prend le volant, mais les trois musiciens n’arriveront jamais à Shreveport, situé à 350 kilomètres d’Austin. Aux abords de Milano, la Cadillac de Johnny Horton est touchée de plein fouet par un jeune chauffard complètement ivre. Johnny ne peut éviter la collision. Tillman, assoupi à coté du conducteur se sort indemne de l’accident avec quelques coupures à la tête et au corps, Tommy victime de multiples fractures aux jambes devra se faire amputer de la jambe gauche neuf mois plus tard. Johnny décède pendant son transfert à l’hôpital à 35 ans. Billie Jean est veuve pour la seconde fois.

Après des mois de calvaire, Tommy Tomlinson reprendra le chemin des studios et de la scène, mais sa prothèse l’handicape considérablement, et le guitariste sera obligé de ralentir ses prestations sur scène. Il jouera néanmoins pour Wanda Jackson, Claude King, Jimmy C Newman, David Houston, Terry Bradshaw et le rocker Gene Wyatt et composera quelques titres pour Dolly Parton. Jamais véritablement remis de l’accident et de la perte de son ami, Tommy décède en avril 1982 d’une crise cardiaque à 52 ans. Tillman Franks continuera à jouer un rôle important dans la country et le rock en Louisiane, mais le joyeux et efficace manager ne se sera jamais vraiment remis de la perte de Johnny, qu’il considérait comme un second fils. Il décède en 2006 à l’âge de 86 ans à Shreveport.

Le Kingbee

 

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1 Commentaire
  1. paco 5 ans Il y a

    Superbe article du King Bee…comme d’habitude. Bravo! Paco.

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