Johnny Adams : un drôle d’oiseau !

Johnny Adams – R & B Album – Rounder 11661-2183-2
Surnommé “Tan Canary” (le canari bronzé) en raison de son timbre de voix, Johnny Adams est natif de la Nouvelle-Orléans, où il voit le jour en 1932. Adams n’a connu la réussite que tardivement, en partie à cause d’un manque d’agressivité commerciale et aussi parce que la Crescent City ne disposait pas à l’époque de maisons de disques assez fortes pour imposer les vedettes locales au rayon national, voire mondial.

Johnny Adams a commencé par chanter du Gospel. C’est une voisine, Dorothy Labostrie (la créatrice du célèbre Tutti Frutti) qui le lance véritablement en le présentant au directeur du label Ric. Des titres comme « I Won’t Cry » et « A Losing Battle » (une compo de Dr. John) lui permettent de pénétrer les charts noirs de l’époque. Motown semblera même intéressé par les talents vocaux d’Adams, mais des problèmes de droits entre Ric et la firme de Detroit feront capoter l’affaire. Notre canari va végéter quelques années, jusqu’à ce que Shelby Singleton l’embauche pour sa firme SSS International. A la fin des années 60, il enregistre l’album « Heart Of Soul » et obtient 4 Hits nationaux ; curieusement, c’est un titre Country « Reconsider Me » qui lui permet de rentrer dans le Top 30 Pop en 1969. Au début des années 70, Adams signe chez Atlantic, mais le moment est mal choisi, le label d’Ertegum changeant la politique de son catalogue pour bifurquer vers la Pop. A la fin des années 70, Adams collabore avec Senator Jones et son label Hep avec une certaine réussite. On est en plein Boom Disco à cette période, et Johnny tente le pari d’une relecture d’un vieux titre Country de Conway Twitty, qui lui permet de rentrer dans les hit-parades. Il faudra attendre 1983 pour que Scott Billington du label Rounder l’embauche, relançant inexorablement la carrière de son poulain vers les sommets. Devenue une vedette internationale, Johnny Adams ne va cesser de tourner dans le monde entier. Son timbre de voix, sa pratique du mouth-trombone (imitation vocale de l’instrument), conjugués à un subtil mélange de Soul, Blues, Country, Middle Jazz et R & B louisianais auront tardivement lancé ce grand chanteur musicien. Johnny nous a quitté en 1998, après un long combat contre le cancer.

Avec « R & B Album » le label Rounder nous propose une compilation de 12 titres (11 plages ont été piochées parmi la douzaine d’albums enregistrés par Adams pour la firme bostonienne) ayant pour toile de fond le R & B. Enfin c’est du moins ce que le titre de l’album pourrait nous faire croire, car les plages proposées ici, comme le répertoire d’Adams d’ailleurs, voguent nettement au-dessus de pseudo étiquettes. Le disque commence par le seul inédit de l’album « I Need A Lot Of Loving », une délicate composition de Mrs Penn et Oldham, jadis reprise par les Ovations, Pickett et McClain, puis enchaîne sur « From The Heart » (compo de Doc Pomus) qui donnait son titre au premier album Rounder de Johnny en 1984. « You Don’t Miss Your Water » est un vieux titre de William Bell. Nombreux sont ceux qui se sont essayés à une relecture de ce merveilleux titre datant de 1961 : Redding, The Byrds, Lavern Baker et même Jerry Lee Lewis, mais il convient de dire que Johnny Adams nous en offre une superbe version. « I Feel Like Breaking Up Somebody’s Home » permet de faire la part belle à la section cuivre, titre rythmé qui fera pâlir les versions d’Albert King et de Rory Block ; seule la version d’Ann Peebles est capable de soutenir la comparaison avec celle proposée ici. « She’s Everything To Me » est une ballade de Doc Pomus, dans laquelle on peut entendre Dr John au piano et Duke Robillard. « Neither One Of Us » est un titre de Jim Weatherly (un ancien joueur de football américain), un brin édulcoré repris jadis par Gladys Knight et Bob Luman, à noter que cette plage a subi un remixage de Scott Billington. « The Jealous Kind » nous offre une agréable relecture d’un standard du louisianais Bobby Charles ; cette chanson, reprise entre autre par Etta James, Ray Charles et Joe Cocker nous permet d’entendre une superbe section cuivre et surtout l’excellent guitariste Walter « Wolfman » Washington (présent sur 8 plages). « If I Ever Had A Good Thing » est une composition de Tony Joe White, cette ballade a certainement été écrite spécialement par Tony pour Johnny. « Won’t Pass Me By » avant dernier titre vous permettra d’apprécier Lonnie Smith à l’orgue Hammond. « Still In Love » est la 3e compo de Doc Pomus, jadis reprise par Solomon Burke et Big Joe Turner ; elle permet d’apprécier les arrangements, les touches subtiles de Dr John et la voix d’Adams. Un disque qui donne un aperçu du talent de Johnny Adams, mais on aurait aimer avoir quelques titres de plus, car 52 minutes 38 peuvent paraître bien courtes pour ce genre de compilation, il me semble aussi que la présence d’un ou deux titres plus nerveux aurait été judicieuse.

Le Kingbee

 

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1 Commentaire
  1. Jipes 15 ans Il y a

    L’une des plus belles voix de New Orleans qui en comprend pourtant de magnifiques. Mes albums préférés de lui sont “Walkin on a tightrope” qui ne comprend pas moins que toute la crême des musiciens Louisianais (James Singleton, Johnny Vidacovich) et la présence décoiffante de deux guitaristes fabuleusx a savoir Walter Wolfman Washington et Duke Robillard. Les titres sont tous meilleurs les uns que les autres et le groove est présent ? chaque seconde.

    A noter qu’il a réalisé deux album reprise/hommage l’un consacré aux chansons de Percy Mayfield (celui cité plus haut)et l’autre uniquement tiré des chansons de Doc Pomus (légendaire parolier de E.Presley entre autre) Pour ce disque outre Duke Robillard de nouveau présent il y a l’excllente prestation de Dr John un grand ami de Doc Pomus.

    En bref un artiste méconnu mais pourtant essentiel

    Bravo pour ta chronique KingBee !

    Jipes

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