Interview de Faris

Après le concert de Leo Bud Welch et de Faris, qui assurait la première partie, le 8 juillet 2015 à la Maroquinerie à Paris, Claude Dannic a posé quelques questions au jeune Italo-algérien pour Docteur Blues.
A quel âge avez-vous commencé la musique ?
Depuis très jeune, je viens d’une famille très musicale.
Quel est votre instrument préféré ?
Je n’aime pas trop devoir choisir, mais je pense que le chant est le meilleur instrument pour l’être humain.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour traduire les chansons de l’anglais vers la langue des touaregs ?
En fait je ne les ai pas forcément traduites, mais plutôt j’ai réinterprété les significations, les pierres de l’Amérique deviennent les roches du désert chez nous et les thématiques d’isolement ou d’exil deviennent celles de chez nous aussi, j’ai parlé de mes problèmes personnels, de mes désirs, de mes espoirs. C’était rapide, il n’a pas fallu un grand travail, c’est seulement sur Soul of a Man que j’ai traduit, car ce blues est l’une des plus grandes chansons pour moi dans ce genre, ca te fait vraiment réfléchir sur ce qu’on a dans l’âme.

Dans le dossier de presse, il est dit que l’un de vos héros est Robert Johnson, pourquoi n’y a-t-il pas de morceau de lui sur le disque ?
Dans la version vinyle, vous avez ma version de “Stones in my passway“, c’est une chanson que j’adore depuis très jeune, elle me touche beaucoup. En fait j’ai enregistré 12 titres pour cet album, ca dépend dans quel format vous l’achetez mais vous allez trouver les 12 chansons. Oui mes bluesmen préférés sont Skip James et Robert Johnson et c’est des gens avec qui je rêvais de jouer quand j’étais gamin !

Comment avez-vous choisi les différents blues qui constituent votre album ?
J’ai choisi sans choisir, instinctivement.

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Leo Bud Welch ?
Ca c’est passé très rapidement et instinctivement, j’ai été surpris de trouver un africain, car je m’attendais a un américain par contre à la fin j’ai joué comme je joue d’habitude avec les gens du Mali, on ne parle pas beaucoup, on ne parle pas de musique. Il y avait cette belle phrase de Frank Zappa: “parler de musique c’est comme danser d’architecture“. C’est comme ça en Afrique, du moins là où l’Afrique est restée authentique.

Avez-vous une chanson préférée ?
Non, je n’aime pas trop classifier les choses ou choisir, je préfère profiter du paquet complet !

Envisagez-vous des compos originales ?
J’ai déjà des compos originales, j’ai commencé à composer mes chansons à 11 ans et j’ai toujours continué, ceci est un projet spécial que j’ai accepté car je le sentais pour moi. Mais j’ai débuté avec mon single Derhan Alkher à Terakaft en 2011. Je joue toujours mes compos et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai eu besoin de faire mon parcours et me détacher un peu des groupes.

Y avait-il une scène blues au Mali ou en Afrique quand vous êtes né ?
Non, pas encore. Et maintenant ? Je ne dirais pas vraiment blues mais plutôt une certaine “occidentalisation” de la musique, en général, que ça soit blues, rock ou reggae.

Comment vous définiriez-vous ?
Je ne veux pas me définir, au contraire.

Faris sera de retour à le 6 octobre à l’Alhambra
en 1re partie d’Eric Bibb & Jean-Jacques Milteau.

Pouvez-vous nous parler de votre découverte d’Hendrix ?
A 14 ans, un ami m’a offert un cd, un best of. C’est là que j’ai pensé que la guitare est un instrument vraiment intéressant. J’ai commencé la guitare avec ses albums et ceux de Robert Johnson. Il reste l’une de mes influences principales, mais je ne souhaite pas le copier ou l’imiter, je deviendrais rapidement ridicule je crois.

Et de votre découverte du Blues ?
Le Blues, je ne me rappelle pas quand parce qu’il était à la maison depuis mon enfance et je le confondais d’ailleurs avec les musiques touaregs que ma maman écoutait.

Quel est votre définition du terme Assouf ?
Assouf c’est à la fois ce qui est indéfini, vide, obscur, extérieurement, et ce qui est le vide, la nostalgie, les sentiments plus difficiles à mettre en paroles à l’intérieur de l’être humain.

Comment avez-vous découvert la guitare Weissenborn ?
Les gens, après mes concerts, que ce soit sur Alger ou Bologna ou Tamanrasset ou Venezia, ou Timbuktu, continuaient à me dire “Tu me rappelles beaucoup Ben Harper“. Je suis un grand fan de Ben Harper depuis bien longtemps, mais comme les gens me disaient ça, j’ai regardé Youtube et je suis tombé sur une interview ou il expliquait bien comment la guitare Weissenborn est vraiment un autre instrument et il en parlait dans le détail. Donc j’ai essayé de renverser une guitare acoustique et changer de réglage, je me suis tout de suite senti à l’aise dedans et j’ai commencé directement à composer. Ca fait juste un an et demi que je joue de la Weiss. C’était 4 mois avant d’enregistrer l’album. Et j’ai eu une grande chance, celle d’être contacté par Ermanno Pasqualato, qui aimait beaucoup ce que je faisais, on s’est rencontré et il a commencé à construire des Weissenborn pour moi. C’est des Weissenborn uniques au monde, faites entre autre avec les mêmes bois des violons Stradivarius.
C’est un grand luthier ! Il recherche beaucoup, il ne se limite pas à faire des bonnes copies, et c’est le meilleur en Italie.

Vous jouez de tous les instruments sur votre disque. Pourquoi ?
Parce que l’idée de l’album c’était de respecter la formule du blues originaire et garder cet esprit simple, pas trop recherché, donc j’ai tout fait et j’ai d’ailleurs enregistré bien plus de parties que nous avons après avoir décidé d’en enlever en phase de mixage pour respecter l’idée de production. Y compris des percussions ? Oui.

Vous reprenez les bluesmen d’avant-guerre. Parmi les modernes, seul Muddy Waters figure sur le CD. Pourquoi ?
Parce que à mon avis c’était le seul à Chicago à ne pas être totalement urbanisé mais il a gardé sa racine de campagne du Mississippi. Est c’est aussi l’un de mes préférés.

Vous sentez-vous plus proche de la culture de votre père ou de celle de votre mère ?
Je me sens universel, les racines sont importantes, mais juste comme point de départ, pas pour s’y asseoir dessus.

Merci beaucoup pour votre temps et pour vos réponses.
Merci à vous !

Propos recueillis par mail par Claude Dannic le 30 juillet 2015
Merci à Yazid Manou

http://www.wrasserecords.com/

 

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1 Commentaire
  1. Auteur
    Claude Dannic 6 ans Il y a

    La photo a été prise par Yazid Manou.
    Le disque de Faris , Mississippi To Sahara, sort le 18 septembre chez Reaktion/ Wrasse Records/Caroline/Universal Music.

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