Got No Place To Go, Byther Smith fait mouche

Byther Smith – Got No Place To Go – Fedora
Vétéran du West Side, Byther Smith ne s’est révélé véritablement auprès du public européen qu’à la fin des années 80. Paradoxalement Byther avait pourtant entamé sa carrière depuis presque deux décennies. Né en 1933 à Monticello, une bourgade du Mississippi située au sud de Jackson et au nord de la Louisiane, Byther fait ses gammes avec son oncle JB Lenoir (certains prétendent qu’ils étaient cousins, ce dernier étant tout juste plus âgé de quatre ans). Le jeune Byther va se produire dans la région du Delta. Si JB reste le créateur de « Eisenhower Blues » et du standard « Mama Talk to Your Daughter », Byther va lui se rapprocher du West Side Sound dès son déménagement à Chicago en 1958.

Admirateur de Magic Sam, Otis Rush et Buddy Guy, Byther Smith va s’améliorer rapidement au contact de Freddie Robinson et d’Hubert Sumlin. Au tout début des seventies, Smith met en boîte une poignée de microsillons sur des labels aussi obscurs que mal distribués (Ena, CJ, La Salle) puis il enchaine durant 5 ans dans l’orchestre de Junior Wells. Il lui faut attendre 1983 pour graver son premier album sous son propre nom avec « Tell me How you Like it » ; bien que le label Grits ne bénéficie pas d’une distribution internationale, l’album se fera remarquer par la presse blues américaine et recueillera des éloges très favorables.
Byther Smith va alors multiplier les tournées en Europe et au Japon. Il se produit dans les plus grands festivals, on le voit en compagnie de Lightnin’ Hopkins, Big Mama Thornton et John Lee Hooker. Sa prestation au festival de Montreux permet de convaincre une fois pour toute qu’il figure désormais parmi le gotha du blues et ce malgré la cinquantaine dépassée. Au niveau discographique, Smith a enregistré pour les labels Mina, JSP, Bullseye Blues, Delmark, Rounder et Black & Tan et on peut dire sans grands risques que ses albums sont tous excellents.

Got no Place to Go
Le label Fedora était quasiment devenu silencieux, il faut dire que de nombreux musiciens ayant enregistré pour le label avaient pris pour fâcheuse et triste habitude de quitter le royaume des vivants ces temps derniers. L’arrivée du 13e album de Monsieur Byther Smith, sur ce présent label, mérite donc d’être saluée avec grand intérêt. Certains confrères de la presse US avaient enterrer Byther, il y a de cela un an ou deux, sous prétexte que celui-ci avait annoncé sa retraite de la scène internationale. Quoi de plus normal pour ce septuagénaire que de refuser de combattre les différents fuseaux horaires de notre planète ! Il n’empêche que ce brillant guitariste chanteur est toujours en activité en Amérique et qu’il écume encore les clubs des environs de Chicago. La firme Delmark ayant publié cette année un CD/DVD « Blues on the Moon », on pourrait dire que Byther Smith n’a donc jamais été autant d’actualité que maintenant. Bon … … revenons à l’album présent : il s’agit d’un enregistrement studio mis en boite dans les studios RPAV de Fresno durant l’été 2007. L’album résulte de la rencontre entre Byther et Chris Millarqui, impressionné par sa performance lors d’un festival, aurait proposé au guitariste d’enregistrer pour son label. Si Byther n’a que très rarement bénéficié de musiciens attitrés, il est ici accompagné par une solide et robuste brochette d’accompagnateurs, se mettant tous au service de leur leader. On retrouve ici outre Millar aux drums, le bassiste Danny Camarena (ex Craig Horton, Jimmy Dawkins), Roger Perry en seconde guitare et aux claviers et Frank Goldwasser à l’harmonica sur un titre et à la guitare sur la totalité des 11 plages.
Après un premier titre qu’on pourrait croire sorti tout droit du répertoire de Magic Slim, place au lancinant « I Had my Fun aka Goin’ Down Slow ». Puis Byther évoque la bourgade où il a passé son enfance avec « Monticello Lonely » et enchaîne avec le funky et déclamatoire « I Know That’s Grace ! ». C’est ensuite un excellent slow blues avec le titre qui donne son nom à l’album et l’apport de Frank à l’harmonica. Le groupe poursuit avec « Byther Boogie » qui pourrait s’insérer dans un vinyle de John Lee Hooker. Puis c’est un hommage à JB Lenoir avec un ancien titre JOB, suivi aussitôt par « 35 Long Years » un des morceaux fétiches de Smith. Retour au West Side avec une reprise de Mel London jadis immortalisée par Magic Sam, Buddy Guy et le Butterfield Band. Tout au long du CD, on pourra apprécier la voix mordante et vibrante de Byther, des intro bien élaborées et délicates, un phrasé de guitare souple et moderne ne rechignant pas à laisser la part belle à une excellente rythmique, des accompagnateurs proches du sommet, et aussi des compositions bien écrites, à la trame dramatique mais ne laissant jamais l’humour de coté. Alors que certains adeptes de la poudre aux yeux s’efforcent souvent d’épater l’auditeur par des cascades de notes aussi nocives que stériles, Byther Smith lui fait souvent mouche avec une ou deux notes. Une production soignée pour un disque chaudement recommandable qui conjugue West Side Sound et effluves du Delta.

http://www.myspace.com/bythersmith

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Le Kingbee

 

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2 Commentaires
  1. Jipes 11 ans Il y a

    Excellent tenant du Chicago Blues que j’ai découvert grâce à Yannick Dorel des Yellow Dogs, pas à dire c’est de l’excellent blues bien roots et energique !

  2. Jérôme Travers 11 ans Il y a

    J’ai la chance de mon côté d’avoir vu le DVD de Byther Smith “Blues on the Moon” live at Natural Rhythm Social Club qui est vraiment très représentatif du style Chicago Blues d’aujourd’hui, en outre je le conseille aux guitaristes débutants qui se frottent au genre ce DVD est une excellente méthode de Blues.

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