Goin’ Down to Louisiana avec Watson et Ledet

Cedric Watson & Corey Ledet – Goin’ Down to Louisiana • Valcour Records
Si le Nouveau Zydeco semble se tailler la part la plus importante du marché à l’heure actuelle et si certains ensembles Cajuns commencent eux aussi à moderniser leur répertoire en y intégrant justement certaines effluves zydequesques et même de Hip Hop, d’autres procèdent de manière inverse. Avec le présent disque il s’agit d’un retour aux sources que nous proposent Watson et Ledet.
Il convient de saluer comme il se doit Valcour Records, une petite entreprise installée à Eunice, très active dans les environs de Lafayette. Le label artisanal essaie de promouvoir certains aspects de la Louisiane sudiste. Ce micro label fondé par Joel Savoy, Lucius Fontenot et Phillip LaFargue ne dispose pour l’instant que de trois albums en magasin, mais ce « Goin’ Down to Louisiana » devrait aisément contribuer à les faire connaître…
Ce disque de douze titres, pour une durée d’environ 41 minutes, s’articule autour d’un duo redoutable avec le fiddler accordéoniste Cedric Watson et Corey Ledet, bien secondés par des sidemen rompus à la scène musicale de Houston au sud de la Louisiane.
Le visuel avant de la pochette est un clin d’œil au répertoire des années 60, une époque durant laquelle le Zydeco Cajun n’était pour une majorité d’européens que la musique d’un seul homme à savoir Clifton Chenier.
Le disque est constitué de douze relectures, dont quatre de Chenier et deux de John Delafosse. N’allez pas croire, chers lecteurs, qu’il s’agit ici de versions archaïques et vieillottes ; si le disque repose sur des airs issus du Folklore et parfois étiquetés du Domaine Public, il convient de préciser que le jeune et brillant Cedric Watson parvient à moderniser chaque plage. Si ce virtuose ayant grandi au Texas a abordé l’art du fiddle en étudiant Canray Fontenot et Bébé Carriere et en apprenant le Créole, son approche de la musique est résolument tournée vers un relatif modernisme. Avec « Lil » Ledet, Watson ne se contente pas de jouer de vieux airs, piochés dans le folklore, mais remet au goût du jour d’anciens titres ayant fait la part belle des DanceFloors d’antan.
Le disque commence avec « Goin’ Down to Louisiana » qui donne son nom à l’album. Il s’agit d’une œuvre de Marc Savoy, jadis interprétée par les Cajuns Rusty Kershaw et Al Terry. Au rayon des reprises, John Delafosse n’est pas ignoré puisqu’on nous offre « Broken Heart » et « Richard Two Step » parfois accrédité sous le titre de « Lake Charles Two-Step »., titre provenant très probablement de la plume de Al « Bois Sec » Ardoin. Ces deux relectures figuraient sur l’album de John Delafosse « Heartaches & Hot Steps ».
Clifton Chenier est tout naturellement repris à quatre occasions avec « Ma Negresse » (en dehors du Grand Maître Chenier, Rockin’ Dopsie en livra une bonne version pour Sonet. Les Hackberry Ramblers Nathan Abshire s’étaient aussi attaqués à ce titre dans des versions Cajun), « Mama Told Papa » fût repris il y a peu par Roy Carrier, Willis Prudhomme, Steve Riley, Zydeco Flames, il s’agit d’un boogie qui n’a rien à envier à certaines pièces de John Lee Hooker. « Hungry Man Blues » est un titre homonyme à une chanson de Big Bill Bronzy et enfin « Black Snake » qui figure aussi dans le dernier album du fils Chenier, CJ, et qui a même fait l’objet d’une reprise par John Sebastian (l’ex Lovin’ Spoonful).
« Colinda » en cinquième position est une valse de Doc Guidry, qui appartient désormais au Folklore. De Queen Ida à Harry Hypolite, la plupart des orchestres locaux ont joué un jour ce morceau. A noter que ce titre figure aussi dans le répertoire de Jimmy C. Newman et de Moon Mullican.
Je garde mon préféré pour la fin avec « Valse de Cherokee », une valse lente comme son nom l’indique. Je signale que ce titre accrédité ici au Domaine Public est cependant une composition conjointe de Shirley Bergeron et de l’excellent et regretté producteur Lee Lavergne.
Pour être complet on précisera le nom des accompagnateurs, car la pochette ne donne aucune précision : Jermaine Prejean à la batterie, Brad Frank aux fûts sur « Blake Snake », Chas Justus à la guitare, Dion Pierre (bassman), Coret Ledet au chant, accordéon et scrubboard et enfin Cedric Watson au fiddle et au chant. Si certains lecteurs ont croisé durant l’été le groupe Pine Leaf Boys, ils auront par la même eu la chance d’entendre le sieur Watson, qui est avec Wilson Savoy le leader naturel de cette excellente formation. Un disque simple, sans effet de manche, qui fait la part belle à certains airs traditionnels et que l’on qualifiera de recommandable.

Le Kingbee

 

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2 Commentaires
  1. paco 14 ans Il y a

    A Cognac, on a pu voir et entendre Cédric Watson avec son groupe les “Pine Leaf Boys”. Ils ont foutu le feu au bayou Charentais. Des vrais de vrais ces cats de Lafayette. Paco.

  2. Jipes 14 ans Il y a

    D’accord avec Paco, les Pine Leaf Boys ont vraiment été l’une des meilleures surprises du Festival et Cédric Watson est très convaincant lorsqu’il joue le Zydéco !

    J’ai fait qq photos elles sont là
    http://flickr.com/photos/13035800@N00/sets/72157601138780818/detail/

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