Florent et les Mathématiques

Florent Siclet est l’excellent harmoniciste du Mathis and the Mathematiks… Je lui avais promis depuis pas mal de temps un net-interview. Voilà qui est fait, en route vers de nouvelles aventures…
Salut Florent, “Mathis and the Mathematiks” prépare son premier album et une maquette circule déjà, c’est l’aboutissement d’un gros travail de composition et de direction artistique, mais on devine de nouvelles orientations ?
Salut bien cher Doc ! Ravi d’être en consultation. Je ne dirai pas encore que le travail fourni en est à la phase d’aboutissement. Le répertoire est sans cesse en mouvement, au grès des inspirations et des envies de chacun…
• Mathis & M seront en concert à Mantes, le samedi 16 Nov. 02 Festival BSS, Cac G. Brassens avec Peter Mathanson (8 Euros)

Effectivement de nouvelles orientations – inspirations musicales- sont amenées aujourd’hui. Comment les définir? Il y a à la fois un apport plus rock, plutôt celui des années 70 dans son aspect assez psychédélique ou “hypnotique” (et ça on peut aussi dire que c’est un des apports du blues pour le rock). Cet apport est à mon sens plus rock dans l’esprit que dans la réalisation musicale. Il y a aussi un apport plus “funky” sur certains morceaux, qui rejoint aussi le côté hypnotique. Mais on ne peut dire la aussi que l’on cherche à mettre du funk ou même à en jouer. C’est encore plus une influence qui joue plus sur l’ambiance que sur la structure des morceaux, qui apparait de temps à autres. Cette influence donne un côté plus festif alors que le côté “rock” donne un côté plus noir au répertoire. On a essayé de trouver un équilibre entre les deux. Du coup, le répertoire s’électrise un peu plus, même si on garde le côté acoustique. En fait une part de notre identité est aussi de mélanger les deux types de son, celui électrique et celui acoustique, dans un même morceau.

Quelles en sont les raisons selon toi ?
Ces nouvelles orientations sont arrivées pour plusieurs raisons. D’abord la formule acoustique de MMB nous limitait. Il était difficile de jouer certains morceaux ou formes rythmiques. Or, on a toujours été friand de diversité.
C’est là aussi une part de notre identité, quitte à en perdre une certaine homogénéité. Ensuite c’est essentiellement Mathis qui voulait rendre le répertoire plus explosif et rock. Ca lui convient mieux dans l’énérgie qu’il a envie de donner en jouant et en chantant. Enfin c’est aussi un moyen de rendre notre musique accessible à un public à la fois blues et à la fois intéressé par d’autres musiques. Enfin on l’espère…

Que te reste-t-il de ces trois dernières années d’aventure ?
Pleins de bons trucs! dont notamment deux ou trois choses:
– la première est plus personnelle. L’aventure avec Mathis a été très formatrice car on a fait plein de concerts dans différents endroits, différentes conditions, en rencontrant pleins de gens. Bref c’est un peu convenu évidement que de dire cela, mais pour moi ces 3 années ont vraiment été ça.
– La deuxième chose me concerne autant que les autres: durant ces trois ans on a pas cessé de franchir des étapes, même minimes. On a pris confiance.
– enfin on a mis un petit pied dans le milieu blues français, que l’on ne connaissait pas bien avant.

3Te sens-tu à l’aise dans l’élément “Culture à la française”… Quel regard portes-tu sur la scène blues d’aujourd’hui…
Je crois qu’il est impossible de se défaire de sa culture d’origine. On peut être attiré par d’autres cultures, mais on garde toujours la sienne quelque part au font de soi. Alors jouer du blues en France peut paraître parfois contradictoire voire dérisoire. Je ne peux pas porter un regard très objectif sur la scène blues française. De plus je ne la connais pas assez. Je pense seulement qu’il est vain de s’identifier complètement à la culture noire américaine pour jouer cette musique; on ne pourra jamais ressentir de façon identique ce qu’un bluesman noir a pu ressentir un jour. Ce n’est ni bien ni mauvais. je pense que c’est simplement la réalité. Je ne veux pas dire pour autant que la culture française et le blues sont incompatibles. Toute l’histoire de la musique montre comment les musiques des 4 coins du monde n’ont eu de cesse que de se mélanger. Mais c’est d’un mélange qu’il s’agit, où chaque culture y apporte sa façon de voir les choses, et non d’une juxtaposition formelle. Pour être concret, je ne suis pas convaincu par le chant en français sur du blues lorque la composition des textes se veut dans l’esprit noir américain. Il y a pour moi risque d’incompatiblité. Chaque langue a ses propres codes de référence à des valeurs propres à sa culture. Mais par contre cela ne me gêne pas du tout d’utiliser une musique blues ou d’inspiration blues pour servir un texte en français, si ce texte essaye d’exprimer une émotion ou un sentiment sincère.

La région Nîmoise est-elle un bon terroir pour la musique ?
Si tu veux faire du flamenco , oui bien sûr!… Mais pour le blues c’est une autre histoire. Ici, la plupart des gens ont une approche très méditerranéenne de la musique: d’abord chaleureuse et festive. Donc le blues part souvent avec une image négative. C’est pourquoi on a été naturellement poussé à jouer des trucs très différents et variés, beaucoup basés sur l’énergie “explosive”. Et ça passe plutôt bien.
Malheureusement Nîmes manque de salles de concerts avec une vraie programmation. Il faut aller à Montpellier pour cela, où toutes les musiques ont une place.
Mais il y a quand même des groupes et des lieux à Nîmes. Et même on peut dire que le blues semble bien marcher dans un lieu qui s’appelle le Pelican. Le patron ne programme du blues que les dimanches (et parfois le jeudi), parce que cela attire moins de monde pensait-il. Mais bien souvent il y a plus de monde les dimanches que les jeudis ! Tous les espoirs sont permis…
Ceci dit, en ce qui nous concerne, on sent bien quand même qu’on est un peu loin des régions plus propices. Ce qui explique aussi que parmi les groupes que l’on a entre Nîmes et Montpellier, peu sortent en dehors de la région. C’est dommage.

Côté harmonica tu as un style bien personnel, peux-tu nous filer un de tes trucs ou un de tes plans préférés ?
je vais dire une grosse banalité, mais j’essaye avant tout de penser musique et non harmonica. Bien souvent j’écoute l’instrument qui “donne le ton”, c’est à dire l’essence de base du morceau, et j’essaye de coller au plus près avec lui. Un coup c’est la guitare, un coup la basse, la batterie. J’invente rien en disant cela, mais c’est vrai qu’oublier de faire de la musique avec les autres est si vite arrivé… C’est pourquoi j’aime bien me placer souvent dans un rôle rythmique, même très simple. Cela oblige à être en harmonie avec les autres musiciens, à faire corps avec le morceau afin de pouvoir en suivre les nuances et l’énergie.
Un de mes plans préférés est aussi de faire une nappe dont le but est d’augmenter la tension qui s’installe dans un morceau, un peu comme un orgue pourrait se placer.

Comment travailles-tu l’équilibre entre la structuration et l’improvisation dans tes solos ?
l’improvisation, c’est le point de départ pour trouver l’énergie qui vient naturellement avec ce que j’entends. Puis la structuration vient ensuite pour plusieurs choses: gommer les passages délicats où je risque d’être trop brouillon (souvent quand la grille m’est moins habituelle); placer un plan dont je me rends compte qu’il sonne vraiment bien à tel endroit ; établir des points de repères fiables entre lesquels je peux improviser.
Avant, j’avais plus tendance à composer presque entièrement les solos notes par notes. Maintenent, de plus en plus la structuration me sert pour déterminer la façon dont je vais improviser selon les parties de la grille (le choix de l’octave, du rythme, du côté complètement dedans ou un peu out des notes…). Mais tout ceci dépend aussi des morceaux. Il y a pas mal de morceaux encore où il y a pas ou peu d’impro, parce qu’on a trouvé un équilibre et que du coup cela permet de porter son attention ailleurs. J’essaye en tout cas de privilégier l’impro le plus souvent possible, même si c’est une impro cadrée par des points de repères structurés.

Quelles sont tes influences, et “sincèrement” quels artistes écoutes-tu ?
Mes influences sont très diverses voire hétéroclite ! J’ai écouté un peu de tout comme tout le monde, du bon et du moins bon. Aujourd’hui il y a plusieurs choses que j’aime bien et qui je pense m’influence. Dans le blues, il y a T-Bone Walker et le west coast en général. J’aime quand le blues devient un peu jazzy. J’aime aussi Sonny Terry pour son sens du spectacle. J’écoute de toute façon toutes sortes de blues. Côté souffleurs de lamelles actuels, j’aime Rod Piazza, Kim Wilson, et aussi l’inénarrable Andy J Forest. Les français comme Milteau et Vincent Bucher.
J’écoute aussi beaucoup de jazz, à la fois par curiosité musicale et par goût. J’aime kenny Burrel (là c’est quand le jazz devient bluesy), Louis Jordan, Miles Davis. J’adore Joe Zawinul que j’ai vu en concert dernièrement. J’y retrouve des côtés proches du blues dans la tourne qui s’intalle, aux ambiances hypnotiques, et à partir de laquelle se crée des échanges entre les musiciens. J’aime beaucoup quand il y a de la spontanéité et du dialogue dans la musique. Mais pour le faire soi-même, c’est une autre paire de manches…
J’aime la nouvelle chanson française. San Severino par exemple: ah quel bel exemple de mélange de texte en français et de swing manouche. Magistral ! Il y a aussi Thomas Fersen. J’aime Brigitte Fontaine, Higelin, Couture.

Mis à part “Mathis and the Mathematiks” tu as de nouveaux projets, vers quoi penses-tu te diriger musicalement ?
Sincèrement, les projets musicaux vont pour un temps prendre une importance “plus relative”, pour céder la place à un autre: je vais être papa en avril! (pour la première fois). C’est donc l’occasion de lever un peu le pied côté concert et de prendre plus de temps pour travailler l’harmo de façon différente de ce que j’ai eu l’habitude de faire avec Mathis. J’ai envie d’approfondir l’improvisation, en restant proche du blues mais sans y être complètement dedans. C’est là où je suis le plus à l’aise. Je suis surtout attiré par l’expérience d’impro collective, mais pas pour faire du free jazz, ce que je serai incapable de faire. Pour l’heure je travaille cela dans les boeufs et les rencontres un peu informelles. Et j’espère que cela aboutira à une formation de zicos sur cette longueur d’onde.

Que t’inspire ces paroles de Tom Waits : “Je crois que la musique et les mathèmetiques sont les deux seules activités pour lesquelles il existe de véritables génies”
…et la peinture, le théâtre, la danse, l’écriture, l’astronomie, la philosophie, etc…? Bon, pour finir d’être taquin, je dirai que je préfère Tom waits quand il chante ses chansons…

Tu as le mot de la fin :
L’un des premiers sites que j’ai du consulter fût certainement le tien Doc. Et ah la la je me rappelle que s’y trouvait une infirmière… à en tomber malade! Va-t-elle bien?

bonne route et merci…< Merci à toi et à tous ceux qui, passionnés de blues et de musique, font un sacré boulot sur le net et dans les fanzines !

 

les 5 derniers articles de Jérôme Travers

0 Commentaires

Laisser une réponse

DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?