Festival de Crissier 2019, Xe édition

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Bonjour Docteur,
Nous venons vous voir aujourd’hui car nous sommes tous malades, enrhumés, gorges prises, avec ou sans fièvre. Nous avons choppé les crèves (ou peu s’en faut)  pendant le festival de Crissier. Reconnaissez, docteur, que le climat de ces derniers temps est particulièrement instable : un jour chaud , un jour frais avec des écarts de température importants. Passer la frontière suisse n’a pas changé ce modèle.

Il faut vous dire que cette dixième édition s’annonçait très intéressante avec quelques grands noms déjà passés au Blues Rules et qui revenaient pour nous enchanter (Kent Burnside, Cedric Burnside, Kenny Brown,..) et des nouveaux venus de France (Delgrès) de Belgique (The Goon Mat & Lord Benardo) ou même des USA (Todd Albright, Johnnie B & Queen Iretta Sanders Blues Band Revue, venant pour une première européenne).

 

Tout avait bien commençé le 24 mai après midi. Chacun était venu avec son moyen de locomotion préféré. Nous, c’était en train que nous avions fait le trajet. Le beau temps était là ! Les montagnes encore enneigées au loin, les prés verts, manquaient juste les vaches. Le festival toujours près du château de Crissier ouvrait ses portes quasi à l’heure (nous sommes en Suisse) Tout le monde était heureux de retrouver des connaissances, d’échanger sur les découvertes respectives de l’année….Il faut bien dire que c’est beaucoup la philosophie de ce festival : partage & proximité.

Chœur Auguste – © MissBéa

Déjà Thomas et Vincent nous invitaient à nous approcher de la scène pour que le public soit plus nombreux que le Chœur Auguste, formation de 16 choristes, une lead vocal, guitare, basse, batterie. Annoncée pour une nuit avec Johnny Cash, la chorale a piochée dans les 5 derniers disques de Johnny Cash, produits par Rick Rubin. De fait la chorale s’est ouverte à des morceaux interprétés au départ par Dolly Parton, ou Simon & Garfunkel, voire U2 que J. Cash avait repris sur la fin de sa vie. Une bonne entrée en matière sans œillère pour une musique ouverte sur le blues, la country et l’americana.

Todd Albright – © Miss Béa

Leur succède seul sur scène, Todd Albright, pour son premier concert en Europe. Effet de contraste, ce guitariste s’impose simplement avec sa douze cordes baryton  dont il joue durant tout le concert sans ergots ou médiator. De Blind Willie McTell à Skip James, en passant par Leadbelly, il réinterprète ces traditionnels, en y apportant une note personnelle.Pas étonnant qu’il ait été signé par Third Man Records (le label de Jack White). Un second album qui n’est pas encore finalisé, est annoncé. Gageons que ce premier passage en Europe sera suivi d’autres et que nous aurons l’occasion de réentendre la musicalité de ce mélange entre blues, folk classique et picking qui a charmé les critiques présents.

Kent Burnside – © Miss Béa

Déjà se pointent sur scène Kent Burnside, petit fils de R.L. Burnside, cousin de Cedric, accompagné pour l’occasion par le Kenny Brown’s Band. D’entrée, nous devons reconnaître que Kent et Kenny nous démontrent toute la maîtrise de leur héritage commun de la musique du Hill County “ Poor Black Mattie“. Mais cela ne saurait se réduire à un quelconque tribute. Emporté par la voix de Kent (qui par moment rappelle celle d’un Howlin’ Wolf) sur des rythmiques très lourdes, le public présent se met à balancer la tête, le corps, et bientôt chaloupe. Retour gagnant pour Kent déjà venu à Crissier !

Johnnie B & Queen Iretta Sanders – © Miss Béa

Suivent Johnnie B & Queen Iretta Sanders Blues Revue. Inconnus, eux aussi, de ce côté ci de l’Atlantique, Ils nous ont délivré un spectacle haut en couleur. Venant du Mississippi où ils sont installés depuis trois ans, après avoir passé de très nombreuses années dans le West Side de Chicago, ils ont exécuté un set oscillant entre chitlin’ circuit et hommage chicagoan  à travers plusieurs standards de Willie Dixon “I’m a woman (Mannish Boy)” , “Wang Dang Doodle”.

Marceau Portron et Kim Anh © Miss Béa

Vinrent Marceau “Long Legs” Portron et Kim Anh, petits chouchous des organisateurs qui, pour leur troisième participation leur ont offert la grande scène pour un set équilibré entre quelques morceaux (excellents) à la cigar box, quasi acoustiques, joués par Marceau qui appelle rapidement Kim Anh à le rejoindre pour une fin de set nettement plus débridé (sans jeu de mots) où l’explosivité punk rock de la vietnamienne n’a rien à envier au jeu électrique, rappelant parfois Jimmy Page, de Marceau sur certains titres. Et l’éclectisme dont ils font preuve est renversant de sincérité et d’authenticité quand ils partent tous les deux sur un titre de pur rock vietnamien.

Degrès © Miss Béa

Que dire de Delgrès que nous avons déjà évoqué avec deux articles en ce début d’année dans nos colonnes. Comme le vin ou le rhum, les Delgrès se bonifient au fil des mois. Leur spectacle se déroule sans anicroche et pendant près d’une heure et quart, ils convainquent ceux et celles présents que c’est bien un phénomène qui ne va pas s’éteindre rapidement. Leur vitalité, rodée par des dizaines et des dizaines de concerts depuis le début de l’année, reste intacte et prend le public aux tripes avec leurs titres entre identité caribéenne, musique louisianaise et rythmique empruntée au tambour gros ka. Des enfants d’Akiyo Ka et de “stop à la profitation” sur fond de transe. Un grand moment de ce festival où nous eûmes droit à un 2ème “Mo Jodi” encore plus déchaîné que celui qui avait ouvert le concert! 

The Goon Mat et Lord Benardo © Miss Béa

Et pour finir la soirée The Goon Mat et Lord Benardo ont relevé le défi de passer à la suite de Delgrès. Mais ces anciens ont de la bouteille. Il nous l’avait montré l’année passée lors des Nuits de l’Alligator. Ces membres de l’écurie locale Voodoo Rhythm Records ont eux aussi le rythme, le blues, le rock et le tout mélangé pour enivrer le public resté qui en aurait bien demandé jusqu’au bout de la nuit si cela avait été possible. Barrière ouverte, le concert s’est quasiment fini sur scène dont une partie du public a pris possession pour pogoter gentiment. Il a bien fallu s’arrêter mais il était déjà près de 2 heures et demi du matin !

Alors voilà docteur la première journée fut chaude tant par l’ambiance que par le climat local. Le lendemain ce fut une autre histoire. Il faisait lourd, nuageux et l’on sentait que la journée ne se passerait pas sans pluie. Le temps moins chaud mais orageux régna ainsi une partie de la journée avec quelques gouttes par ci par là. Pas de quoi nous décourager. Nous revoilà partis pour la deuxième journée avec ponchos et autres vêtements de pluie en prévision.

La garden jam animée par Floyd Beaumont & The Arkadelphians se déroula à l’abri de la grande tente et non comme la veille, sous le petit podium installé dans le jardin. Ces habitués du festival s’étaient tirés à merveille la veille des intersets qui leur avaient été confiés. Renforcés par Marceau Portron à la guitare électrique et Camlamity Mo au banjo, insensibles à la pluie extérieure ils réussirent à remplir au maximum la tente de la restauration !

David Minster, gagnant du tremplin organisé par le Blues Rules Festival en partenariat avec la FNAC de Lausanne attaqua les hostilités sur la grande scène entre deux averses. A ce stade les habitants de la région pouvaient attendre que cela cesse pour décider de leur participation. Quelques uns avaient fait l’effort de venir. Tout le monde s’agglutinait a nouveau sous la tente de la restauration attendant la venue de David Evans. Celui-ci égal à lui-même nous dit que c’était sa première venue en Suisse et déroula son set acoustique, rejoint pour un dernier morceau par les Arkadelphians et Camlamity Mo qui remballèrent ensuite pour se remettre à l’abri sous la tente. Sous celle-ci l’ambiance était moite, surchauffée et personne ne quittait sa place pour se retrouver sous une pluie infernale… à l’extérieur. C’était réellement Crississippi !

Djely Mamou Kouyaté originaire du Burkina Faso eut beau nous dire que dans certains pays africains, la pluie était vécue comme une bénédiction, il eut beau jouer des différents instruments dont il a la maîtrise, à part la cinquantaine d’individus (les vrais, les purs ou les insouciants inconscients?) trempés jusqu’aux os qui restèrent devant la scène à danser ou à glisser dans l’herbe détrempée, son blues mandingue ne ramena pas le beau temps.

Como Mamas

 

Les Como Mamas, en duo aujourd’hui, Della Daniels & Esther Mae Willburn impeccablement accompagnées d’un batteur métronomique et d’un guitariste bien roots mais efficace font fuir les nuages…se lancent dans un ” call & response ” des plus prenant ” Jesus — He calling me “. …. On est loin d’un gospel de robes de soie et de grosses bagouses, mais plutôt du côté d’un gospel rural et entêtant…ça tombe bien vu l’état de nos pompes…Le site du festival est boueux et trempé, mais tous les rescapés sont ravis, on hoche de la tête, proches de la transe ou prêts d’effectuer un baptême religieux improbable à coup de liqueur de gingembre.

” Yes he Did ” finit d’emballer les derniers réticents… Les grands mères de Como nous ont rendu le sourire et l’espoir d’une fin de soirée réjouissante. Allelujah !!  

Kenny Brown

Kenny Brown arrive sur scène en trio forgé au North Mississippi Hill Blues…George Shelton à la basse, John Bond à la batterie, Kenny balance d’emblée sa slide sur du pur répertoire RL Burnside “Miss Maybelle” & “Walking Blues“. Rien de plus normal pour un festival dont les figures tutélaires sont RL Burnside & Junior Kimbrough. Cedric Burnside les rejoindra au chant pour un “Going Down South” décontracté reconstituant avec Kenny Brown la section rhythmique de Big Daddy  “RL Burnside”.

Cedric Burnside

Cedric Burnside, auréolé de sa tout à fait justifiée nomination aux Grammy Awards remplit son contrat , démarre seul à la guitare acoustique, dans une sorte de blues lancinant, tendu et personnel…bientôt rejoint par Brian J à la guitare slide pour un ” Hard to stay cool ” captivant…en fin de set Cedric Burnside passera derrière les fûts démontrant un fois de plus quel batteur puissant et inspiré il est, en reprenant entre autre un morceau de Junior Kimbrough ” All Night Long ” , puis Kenny Brown les rejoindra sur ” One cold & lonely night ” .

Don Leone

Don Leone, belle surprise que ce  groupe sarde gagnant du tremplin italien 2018 pour représenter en 2018 l’Italie tant à Memphis (IBC) qu’à Hell en Norvège (EBC) monte sur scène au bout de la nuit. Matteo Leone, tel un one man band, batterie, guitare et voix est accompagné de Donato Cherchi, voix et harmonica. Il est quasi 2h du matin quand le duo déroule son blues rugueux, roots et moderne à la fois. Donato est partout, il chante a capella en bord de fosse, virevolte autour de son guitariste, franchit les barrières pour aller au contact du noyau dur des festivaliers, embrasse la grosse caisse pour rajouter des percussions. Une bonne claque bien pêchue pour nous sécher les cheveux avant de quitter le site sur ces notes bien rock et imprégnées de culture blues.

Voilà docteur les conditions qui nous amènent aujourd’hui auprès de vous. Toussant, mouchant, expectorant, nous sommes rentrés de cette édition du Blues Rules trempés, les bas de pantalons maculés par la boue, Les souliers crottés. Maintenant il vous faut nous trouver un remède pour nous permettre de repartir d’attaque pour la saison des festivals. Alors quelle sera la base de votre ordonnance?

Comment ? il faudrait éviter ce genre de soirée. Vous avez certainement raison mais nous ne vous aurions pas ramené ces photos et ces vidéos !

Cet article a été écrit à plusieurs mains et plusieurs objectifs.

 L’équipe des RSFdu Blues Rules : Miss Béa, Jean Christophe Arav, Franck Arblade, Serge Sabatié

Les vidéos  de Rapido 1 sont à voir sur la chaine Youtube de Blues Rules Crissier Festival 

 

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