Deux Hommes dans la Nuit

Il y a presque un an, ils créaient la surprise lors du tremplin Blues sur Seine. Le jury, sous le charme de ce duo atypique, leur décernait le prix acoustique et le prix Festiblues. Stringers in the Night, c’est ainsi qu’ils se nomment, ont réussi le tour de force, en à peine six mois, de sortir un album de treize compositions originales en français, oui Môsieur ! Après s’être également produit au Canada et lors du dernier Bougy blues festival, il était temps de faire le point avec eux… Retour d’expérience !

SITN est un duo blues franciliens réuni autour de deux guitares. Une vingtaine d’années de musique sépare Gérard Chaumarel et Arnaud Van de Voorde, néanmoins les deux guitaristes se partagent subtilement les rôles…

Gérard Chaumarel dit « Gégé » vérifie l’adage qu’une carrière de bluesman c’est du long cours (heureusement pour nous NDR), oui braves gens, ne croyez pas que tout arrive comme ça. Les jeunes singes rêvant de gloire peuvent aller se rhabiller. Il faut savoir mûrir, prendre le temps de comprendre la vie pour mieux transmettre cet art brut universel qu’est le blues.

Arnaud dit « Nono » ( « Nonoguitar sur LCDB ) est un repris de justesse, échappant à la new wave triste ou au Hard vengeur, il a la révélation en écoutant The Healer à la radio accompagné par Santana ! Mais quelle est cette musique étrange ?

Docteur blues : Alors messieurs, c’était comment le Canada ?
Gégé : « Vraiment dépaysant ! Ils parlent Français mais c’est la seule similitude, pour le reste c’est parfaitement ‘ricain : conditions de travail hyper pro, nourriture nord-américaine, voitures de flics, découpage des rues, etc … Partout un accueil chaleureux et une serviabilité à toute épreuve. Là-bas quand on chante en Anglais au moins ils comprennent et le public se marrait quand j’interprétais « CleanHead Blues » ! [ Gérard est un peu lisse du casque NDR ] Et puis j’aime bien voir les spectateurs arriver avec leur pliant pour s’installer confortablement devant la scène bien avant le départ du concert pour avoir les meilleures places ! Bref, positif ! »
Nono : « C’était déjà un rêve de môme pour moi d’aller au Québec, alors t’imagine bien qu’en plus aller y jouer ! Mais je suis tout à fait d’accord avec Gérard, bien qu’ils parlent Français ils sont avant tout Nord-Américains. »

La chimie de votre blues fonctionne grâce à un subtil dosage : texte et humour ; technique et dépouillement, c’est pour vous l’essence du blues ?
Gégé : « Merci pour le subtil dosage ! L’essence du Blues ? Je crois pouvoir dire que c’est l’émotion avant tout, sous toutes ses formes, que ce soit en humour, dérision tristesse, nostalgie, etc … »
Nono : « Pour ma part je considère le Blues comme une sorte d’école du sens de la simplicité ou plutôt de l’essentiel. J’entends par-là que c’est une musique où des silences veulent souvent dire plus qu’une avalanche de notes inutiles. Avons-nous cherché à doser quelque chose ? Tu sais Gérard fait ses musiques et moi j’essaye de lui faire un texte qu’il ait envie de chanter … »

C’est une technique de travail ? Dans quelles conditions avez-vous enregistré cet album ?
Nono : « Oui, on peut dire ça comme ça. Une fois que le texte est ajusté au morceau, on revient ensemble sur la finition, on confronte nos idées et au bout du compte on se fait bien plaisir à bosser comme ça. »
Gégé : « L’enregistrement s’est fait en 3 jours. Tout a été quasiment fait « live », sauf la voix, les chorus d’harmo et un ou deux chorus de guitare. Et tout ça dans une ambiance certes studieuse mais vraiment sympathique grâce à l’implication de chacun. Tous les musiciens additionnels sont des amis avec qui nous avions à cœur de partager cette expérience et ils nous l’ont bien rendu. »

On sent poindre une misogynie certaine dans plusieurs de vos textes notamment dans « Qu’est-ce qu’elle me pompe l’air » expérience personnelle malheureuse ?
Gégé : « Oulah ! Là, je laisse l’auteur s’expliquer … »
Nono : « Comme tu y vas Doc’ ! Je dirai plus une certaine misogynie qu’une misogynie certaine si je puis me permettre ! Non, le leitmotiv de cette chanson est bien plus de jouer sur cette corde du machisme et de ses stéréotypes pour faire marrer les gens, tout simplement. La fille décrite dans ce texte est un conglomérat de plusieurs clichés relevés autour de moi. Lequel d’entre nous n’a pas fait à moitié la gueule traîné par sa copine dans les magasins ? Sans parler du sempiternel couplet sur les repas du Dimanche chez belle-maman. Si on a pas vécu ça au moins une fois on a tous des potes qui nous ont fait marrer avec ça ! Qui plus est le Blues Noir-Américain classique compte nombre de textes à connotations misogynes. Ceci dit j’avoue que c’est le texte qui fait le moins marrer ma copine ! »

Vos lyrics et c’est vous qui le dites, sont dans un français léger et sans prétention… C’est une clé indispensable pour composer dans notre langue, faut-il exclure les sujets sérieux ?
Gégé : « « Vieille rengaine », « C’matin », « C’qu’on a en nous », « Indifférence Blues » so,nt des sujets sérieux : se lever pour aller se faire suer au boulot pour un salaire misérable, le flot des mauvaises nouvelles que nous font ingurgiter les médias, l’avenir de notre société, … Bon, j’arrête là sinon je vais verser une larme ! »
Nono : « Oui, je suis tout à fait d’accord avec Gérard : je ne crois pas que nous ayons exclu des sujets sérieux, en tout cas dits comme tels. J’essaye seulement de tourner mes textes de manière à ce que ces sujets graves soient moins pesants mais cela ne veut certainement pas dire qu’ils ne nous touchent pas, bien au contraire ! Le Blues américain traditionnel fait de même, je pense. Il traite ces sujets au travers d’une narration du quotidien (celui-ci étant souvent glauque et miséreux), mais rarement d’une manière explicite ou dénonciatrice (mis à part un immense J.B. Lenoir). Un français léger et sans prétention est-il une clé indispensable pour composer dans notre langue ? Je ne sais pas, mais si nous n’empruntons pas la langue du Blues, nous essayons de garder l’esprit de ses thèmes. »

Pourquoi avez-vous repris Hideaway ? C’est un choix décalé par rapport à la track list de l’album, non ?
Nono : « Et pourquoi pas ? En fait c’est tout simple. Notre duo s’est d’abord constitué autour d’un répertoire de reprises et au début nous avons tout simplement pensé en inclure certaines dans l’album. Or il nous est vite apparu que de mélanger compos en français et reprises en anglais nous semblait inopportun ou maladroit. Du coup tant qu’à faire une reprise j’ai pensé à un instrumental, comme ça nous gardions l’homogénéité de la langue et Gérard m’a laissé carte blanche. J’ai pensé à Hideaway, me disant qu’une version acoustique avec accord d’open ça pouvait être original. Je l’ai bossé dans mon coin, montré à Gérard qui m’a dit banco et voilà. Au final, je crois qu’on obtient une reprise propre à nous et qui n’a pas la prétention de faire date dans l’histoire du Blues mais dont on est assez fier tout de même. »
Gégé : « Pas mieux ! »

Pour Gégé, sans te faire passer pour un vieux chnock, quel regard portes-tu sur l’évolution de la musique et de la culture en général, Nono peux répondre aussi…
Gégé : « Là-dessus, j’ai un regard tout plein de tolérance et d’optimisme. J’ai déjà assisté à bien des retournements de tendances en trois décennies !!! Surtout je crois que l’essentiel ne meurt jamais et qu’il ne faut surtout pas focaliser sur des épiphénomènes ! »
Nono : « Pas mieux pour ce qu’il s’agit de l’essentiel ! C’est vrai qu’il y a toujours eu de la variété de basse volée … Je ne crois pas que Richard Anthony ou Mike Brant faisait des choses plus élevées en leur temps pourtant musicalement béni des 60-70’s que les mômes issus de la Star Ac’ aujourd’hui. Cependant je suis quand même beaucoup moins optimiste que mon comparse sur ce sujet. »

Vous avez le mot de la fin, une anecdote, une histoire drôle, un souvenir impérissable…
Gégé : « Un grand souvenir ? Oh bien au Québec, Mike Lécuyer s’essayant au Trash-Blues pour couvrir le brouhaha du Pub St-Hubert où nous jouions ensemble… Et la tête du personnel de ce même pub quand le public nous en demandait encore une dernière à 4 heure du mat’… surtout le regard assassin de la patronne ! »
Nono : « La tête de Gérard quand je lui ai montré le texte de « Salut, j’m’appelle Gégé », réalisant qu’il allait devoir chanter ça ! Il a horreur qu’on l’appelle Gégé !!! »

Merci les Stringers…
Merci à toi Doc’ et à bientôt !
le site des Stringers in the night

 

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