Des Jukes d’Alabama à vos platines…

Willie King “Jukin’ at Bettie’s” (FCM2004)
En 2000, surgissant tel un diable de sa boîte, Monsieur Willie King était apparu dans les bacs des disquaires avec un album phénoménal « Freedom Creek » sur le label Rooster. Je ne remercierai jamais assez Jean Pierre Arniac, de m’avoir permis de découvrir cette perle. Willie King tient une place à part dans mon cœur, sans compter qu’il marque également le début de ma collaboration avec Docteur Blues. Je considère « Freedom Creek » comme l’une des œuvres les plus authentiques, peut être la plus aboutie, mon coup de cœur si vous préférez, parmi les CD sortis au cours de ces vingt dernières années.

Rythmes électriques, syncopés, lourds, basés sur un seul accord, tempo dansant, hypnotique et obsédant, avec l’apport d’un deuxième chanteur au timbre menaçant, puissant et parfois déclamatoire, textes forts, assez critiques envers la civilisation américaine, exclusion, problèmes environnementaux, droits civiques, pouvoir des Holding Cie. Voici grosso modo ce qui caractérise l’œuvre de ce King, sans oublier quelques phrases teintées de poésie.

Portrait : Willie Earl King est né le 18 mars 1943 à Noxubee County (Mississippi). A l’âge de sept ans, il suit sa mère et ses grands parents, métayers, qui partent travailler dans une plantation en Alabama. La vie est si dure à cette époque, que Willie est obligé d’aller travailler dans les champs de coton ; il réussit toutefois à aller à l’école jusqu’en seconde (Tenth Grade).
Durant les week-ends, sa grand-mère organise quelques fêtes, transformant la cabane familiale en juke-point. Willie va alors aborder la guitare grâce à un habitué : Brook Duck, et ce dès l’âge de huit ans. Lorsque Willie atteint ses douze ans, la propriété sur laquelle ses grands-parents et sa mère travaillent péniblement est vendue à un californien. C’est grâce à ce propriétaire que Willie va pouvoir s’acheter sa première Gibson acoustique. Par la suite, il va côtoyer Birmingham George Conner et Jesse Daniel qui vont lui apprendre les rudiments du Blues. A seize ans, Willie débute dans des jukes-points en reprenant, entre autre, une chanson de Jimmy Reed et d’Howlin’ Wolf.
Willie va aussi parfaire sa connaissance du blues en écoutant une radio du Tennessee WLAC. Puis, King monte plusieurs petites formations, toujours en compagnie de Willie James Williams, qui s’occupe des baguettes. Willie rejoint son ami George Conner à Chicago, où il va travailler pendant un an dans une maison d’édition. Il profite de ce séjour pour aller voir, à maintes reprises, Howlin’ Wolf qu’il arrive à parfaitement imiter.
A la fin des années soixante, Willie rejoint le mouvement des droits civiques, ce qui lui permet de voyager, ainsi que de jouer dans diverses manifestations. L’injustice sociale et raciale frappe particulièrement notre guitariste. Durant les années soixante dix, Willie se retire du mouvement des droits civiques et monte une nouvelle association à Freedom Creek.
En 1987, Jim O’Neal, du label Rooster, le remarque au Black Roots Festival, où Willie a l’habitude de jouer depuis près de vingt cinq ans, mais il faut attendre 1999 pour que King grave « Freedom Creek ». Auparavant, deux autoproduits avaient vu le jour « Walkin’ The Walk » avec la collaboration de Conner, ami de longue date. Le deuxième CD « I’m The Blues » (RMA2000) est réalisé à la demande des accompagnateurs attitrés de Willie ; les fonds récoltés par la vente de cette splendide autoproduction sont destinés à la Rural Members Association. En 2003, Rooster enregistrait « Living in a new world » (RBLU2647),confirmation du talent de Willie king. Cet album est réalisé avec le concours de deux excellents vétérans, les guitaristes Aaron “Hardhead” Hodge et le batteur Willie James Williams. Cet album évoque par les textes, le quotidien des noirs, avec une touche poétique. Il s’agit ici d’une œuvre à l’état brut, sans esbroufe, bien dans la lignée de certains blues du nord du Mississippi, mais plus soft cependant avec l’apparition de Kevin Hayes au saxophone et d’Henry Smith aux pianos et à l’orgue.
Il faut noter que Willie King fait une brève apparition (2 fois trente secondes) dans le film « Feel Like Going Home » (Du Mali au Mississippi) en compagnie de Corey Harris et d’Otha Turner.

« Jukin’ at Bettie’s »
Un album dans la continuité et la régularité ! Avec ce cinquième opus, on retrouve tout ce qui caractérise Willie King, qualité des textes, rythme électrique lourd, musique puissante souvent sur un seul accord, paroles d’une grande sagesse, parfois humanistes, tempo hypnotique, Blues ras de terre, voix gutturale, ferme avec l’apport d’un chanteur en second, Willie Lee Halbert excellent sur « Don’t blame it on me ». On retrouve en fait les accompagnateurs habituels de Willie, d’où la grande cohésion du disque. Les grandes nouveautés sont la présence d’une touche féminine, avec la collaboration de Debbie Bond à la guitare rythmique et également aux chœurs, parfaite sur « It takes a good woman », sans oublier le nouveau clavier Rick Asherson qui arrive à adoucir la sauce et qui se montre au meilleur de sa forme à l’harmonica sur les splendides « Troubles to the wind » et « Jukin ‘at Bettie’s », car en fait c’est la grande trouvaille de l’album cet harmonica entêtant et subtil, puisque jusqu’à présent ce petit instrument était inutilisé dans les disques de Willie King…
Pour conclure une œuvre incontournable (même si l’expression est horripilante) avec un grand chanteur guitariste, même s’il n’a rien d’un virtuose, la simplicité et l’authenticité sont éclatantes et les accompagnateurs sont rompus à la science du groove, sans oublier une pochette encore simple et véritable estampe d’un bouge de l’Alabama.

Le Kingbee

Note : A l’heure où j’écrivais ces lignes, Monsieur Willie King était présent au Festival Blues Passion de Cognac pour trois dates. On ne peut que souhaiter qu’un tourneur, ayant un peu « d’oreille » ait la bonne idée de s’interesser à ce bluesman authentique et talentueux.

Sources : Jim O’ Neal – Scott M Bock – Alain Récaborde- J. Sinclair et “Why the good lord sent us the Blues” (W. King)
On peut trouver aussi des informations sur www.alabamablues.com

 

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