Deep Soul Dynamite #1

Le label Titanic Records vient de racler les grands fonds pour faire émerger 48 singles de Deep Soul issus essentiellement des sixties. Chaque volume de cette série propose 24 artistes souvent peu connus, voir inconnus souvent oubliés depuis des lustres.

 

Deep Soul Dynamite volume 1 :
Le premier volet de cette compilation propose 24 brulots issus de gros labels : Chess, Decca, Okeh (filiale de la Columbia orientée principalement vers la musique noire), Imperial, MGM et Atco. Mais pour varier la tonalité et la production de l’ensemble, le compilateur a également farfouillé dans les fonds de tiroirs de labels peu connus comme Chris, One-Way, Wild Deuce, AGP, Dee Dee, Carol ou Audio Arts pour ne citer que les principaux. Belle occasion pour découvrir quelques seconds couteaux de la Deep Soul, certains d’entre eux n’ayant parfois gravé qu’une ou deux pièces. Par soucis de clarté, nous avons suivi l’ordre chronologique des plages.

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Natif de Georgie, James Duddley a enregistré sous plusieurs noms (Jimmy Dee et James Dee). Il débute sa discographie pour les labels Hear Me et Shurfine, mais il lui faut attendre 1967 pour se faire un nom en enregistrant « What A Man Will Do » pour la firme Chess, dans un style proche du « When A Man Loves A Woman » de Percy Sledge. Duddley gravera par la suite trois singles pour Enrica et Sound Rite sans le moindre succès.
Luvenia Lewis a débuté sa carrière comme choriste pour Johnny Otis et le label Duke. Elle s’est ensuite essayée à une carrière solo, enregistrant à Houston plusieurs sessions sous la houlette de Roy Ames et de Huey Meaux, mais c’est 1969 qu’elle connait son plus grand succès avec « Tender Loving Pain » mis en boite par Jet Stream. Ce titre où l’émotion et la vulnérabilité de la chanteuse se font clairement ressentir est une merveille de la Deep Soul, dans un registre évoquant Barbara Lynn. Cotillon, filiale du label Atlantic, reprendra ce titre sous licence permettant à la chanteuse d’avoir une meilleure distribution. Mariée au guitariste Cal Green, Luvenia semble s’être retirée du circuit au début des seventies.
Le duo Sam & Bill (Sam Gary et Bill Johnson) ne compte que 6 singles à son actif. Natifs du New Jersey, les deux compères connaitront leur meilleur succès en 1967 avec « I Feel Like Cryin’ ». Le manque de réussite dans les charts contraindra Sam Gary à dissoudre le duo. Il deviendra le guitariste des Soul Brothers.
Joe Odom, encore un natif de Georgie, fera l’essentiel de sa carrière sous la bannière de Bill Lowery. « It’s In Your Power », gravé en 1969, proposait un bon passage de pedal steel combinée à des cuivres voluptueux. Ancien membre de l’orchestre de Gene Krupa, ce spécialiste de la country soul enregistrera 3 singles pour Capitol. Odom a également joué au sein de Mitch Rider & The Detroit Wheels.
Disciple de Sam Cooke, George Freeman débute sa carrière en 1962 sur le label Gardena. Il enchainera chez Boytown, Valiant, Shout, Okeh, Epic et Kool. Si « You Lied, I Cried, Love Died » publié par Okeh en 1969 demeure sa meilleure chanson, le titre ne figurait curieusement qu’en face B de « All Right Now ».
Joe Perkins entame sa discographie en 1957 en gravant deux singles King. Il enchaine sans réussite chez plusieurs labels (Sapton, Musicor, Nugget, Taurus, Plush et Bluff City). En 1970, il met en boite « Thing Of The Past » pour le label Chris sous la production de George Jackson et de Dan Greer, mais le titre ne bénéficie d’aucune promotion et ne rentre pas dans les classements noirs. A ne pas confondre avec un homonyme ayant enregistré pour Sound Stage 7.
Kip Anderson, probablement l’artiste le plus connu de la compilation, a débuté le chant au sein des Spiritualaires of Columbia sous le nom de Charles Derrick. Propriétaire d’une discographie comptant près d’une vingtaine de singles, il est l’auteur de somptueuses faces chez Excello, Checker et Lorna. Le label Ichiban lui consacrera deux albums. « Here I Am, Try Me », un excellent soul blues, a été mis en boite en 1965 par le label Tomorrow. Kip Anderson aura collaboré avec Sam Cooke, Jerry Buttler, Jackie Wilson et The Drifters au cours d’une carrière qui s’est étalée sur presque quatre décennies. Ses plus gros succès demeurent « A Knife and a Fork » (Checker) et « You’ll Lose A Good Thing » gravé en 1967 pour Excello. Kip nous a quitté en 2007.
Les heureux propriétaires de « You’re So Much Woman » publié par le label Blue Rock en 1969 ont dans leurs mains une galette estimée à 200 euros. Originaire de New York, Chino Feaster a enregistré son premier microsillon pour l’obscur label Chex sous le nom de Chino Feather. Si ses singles, au nombre de six, ne connurent pas de succès, la ballade « The Girl I Love » a connu une réussite Revival et figure sur de nombreux sites et sur quelques compilations.
Le duo Jimmy & Eddie ne semble avoir enregistré qu’un unique single, pour le compte du label de Chicago One Way Records d’Offe Reese. Spécialisé dans le gospel, cette petite firme a vu quelques uns de ses titres réédités sur la compilation « Good God ! A Gospel Funk Hymnal » en 2006. « Needle In The Haystack », également repris par The Velvettes, a probablement été enregistré en 1975. Ce duo obscur n’a aucun lien avec Jerry & Eddie, autre duo tout aussi méconnu ayant enregistré pour Gulf Records.
Autre duo, cette fois plus connu, Tyronne & Jerome (Aubry Twins) ont enregistré sous houlette du producteur de la Nouvelle Orleans Stanley Chaisson « I Can’t See Nobody » édité par la MGM. The Aubry Twins se transformeront plus tard en Aubrey Twins, duo gravant une poignée de singles pour Chase et Jamie dans les studios de Cosimo Matassa. Les deux jumeaux seront ensuite embauchés par ABC dans un registre édulcoré lorgnant entre pop et rock.
Le compilateur nous glisse encore une rareté avec Bobby Moore & The Formosts, auteurs de « It Was A Lie » enregistré en 1965 pour Red Bird. On retrouve ce titre sur un volume « Dave’ Godin’s Deep Soul Treasure ».
Originaire du Mississippi, Charles Drain a commencé à chanter dès 8 ans au sein d’un quartet d’enfants. En 1965 il met en boite son premier single pour l’écurie Top Track. « Here I Am » sort dans les bacs en 1967 chez Checker et connaitra un petit succès. Drain se spécialisera à cette époque dans un rôle de choriste pour divers groupes de Chicago, avant de devenir le chanteur principal des Tabs. En 1976, établi à Saint Louis, il enregistre l’album « Dependable » pour la RCA. Le titre « I’m Gonna Stay » lui vaudra d’être reconnu de la scène anglaise. Frère du compositeur arrangeur William Drain, auteur de plusieurs succès pour Maxine Brown et Dionne Warwick, Charles est décédé en 1995.
Disciple de Sam Cooke, Bobby Harris a débuté son parcours en chantant en duo avec son frère sous le nom de Jim & Bob Harrison pour le label Clock, épaulé par l’orchestre de Jimmy Spruil, dans un style rappelant le duo Don & Dewey et annonciateur de Sam & Dave. Bert Berns lui composera plusieurs chansons, mais son plus gros succès demeura « That’s When I’ll Stop Lovin’ You » mis en boite en 1965 par Turntable. Auteur d’une quinzaine de singles pour différents labels (Smash, Atlantic, RCA, Heidi, Everlast, ABC) il a enregistré quelques pièces sous le nom de Brothers Harrison et fait équipe avec Pat Lundy. En 1971, il enregistre au sein du groupe The Fabulous Fiestas un dernier single pour la RCA. Durant les années 90, Bobby Harris fait un come back surprenant enregistrant un album japonais pour Committee Records, dans lequel il insère quelques titres de gospel. P Vine lui aura consacré une compilation (P VINE2927).
A l’instar de nombreux chanteurs de soul de l’époque, Reuben Williams a été biberonné au gospel. Ce représentant de la soul new yorkaise n’aura gravé qu’un seul single pour le compte de Wild Deuce au milieu des sixties, sous la houlette du producteur Jesse Herring.
« Don’t Leave Me » enregistré par The Crume Brothers pour Atco a pendant longtemps été un petit mystère, la famille Crume ayant engendré cinq frères (Arthur, Leroy, Rufus, Dillard et Ray sans oublier deux sœurs), tous chanteurs. Certains membres de la famille ont œuvré au sein de grandes formations : Arthur au sein des Highway QC’s et des Sensational Nightingales, Leroy pour les Soul Stirrers, tandis que Ray a gravé plusieurs disques de gospel chez Peacock. Sur le single Atco, seuls deux d’entre eux participent à la session : Dillard (futur bassiste de Koko Taylor et membre de la tournée AFBF en 1967) et Rufus. Toujours est-il que « Don’t Leave Me » demeure une excellente ballade dans un style proche de Sam Cooke. En 1998, Dillard Crume fonde son dernier groupe Dillard Crume & The Soul Crusaders dans un registre de soul gospel. Il décèdera dix ans plus tard.
Basé sur la Côte Ouest, Charles Perry met en boite deux singles pour Melic Records en 1963. Mais c’est la ballade « Move On Love » gravée deux ans plus tard pour Magnum qui lui vaudra de se faire connaitre. Le single sera repris sous licence par Mutt & Jeff et surtout la MGM. Bien que propriétaire d’une discographie squelettique, Charles Perry est un chanteur particulièrement apprécié des amateurs de Northern Soul.
Sam Hutchins est essentiellement pour avoir enregistré « I’m Tired of Pretending » pour le label de Memphis AGP sous la direction de Chips Moman. Le single sera réédité chez Bell Records.
Si le label Bobbin a connu quelques rares succès avec des singles de Little Milton, Albert King ou Fontella Bass, on ne peut pas dire que « Phoney Lover » enregistré par Clyde Shelby aura défrayé la chronique en 1962. Unique microsillon du chanteur, cette balade bluesy évoque fortement l’univers de Bobby Bland.
Natif de l’Alabama, Johnny Robinson a débuté sa carrière sous le nom de Johnny R, gravant un premier single pour Strike Records en 1966. Deux ans plus tard, il est embauché par Okeh. Trois singles apparaissent dans les bacs entre 1968 et 1969. Le chanteur poursuit son chemin chez Epic. En 1970, il atterrie à Memphis et parvient à enregistrer l’album « Memphis High » sous la direction de Willie Mitchell. Il lui faut attendre trois ans pour graver un single de gospel soul sous le nom de Que Sunryse pour la firme Just Sun Shine Records. Il semble avoir totalement disparu depuis des écrans radar.
Ray Pettis voit le jour en 1930 à Chicago. Après avoir œuvré au sein des Gems, il se lance dans une carrière solo pour l’écurie Drexel enregistrant deux singles dès 1956. Sa route le conduira ensuite chez Boss, Salem et Exodus lui permettant de vivoter de sa musique. Durant les sixties, il enregistre au sein du duo Ric & Ray et grave une demi-douzaine de singles avec les Foster Brothers. A la fin des années 60 il est l’auteur de deux singles pour Dee Dee Records, firme de Bobby Robinson, enregistrant quatre belles ballades bluesy, dont « I Don’t Care » une composition coécrite par Bobby Robinson et Bobby Rush. Ses deux singles seront les derniers du chanteur. Ray « The Rev » Pettis se produira sporadiquement dans la Windy City jusqu’à sa mort en 1991.
Curieusement, ce premier volume de Deep Down Soul semblait avoir fait l’impasse sur toute présence féminine. Le compilateur allait enfin corriger cet oubli incompréhensible avec le formidable « I’ll Cry » de Judy White. Fille du blues et folkman Josh White, Judy White est née en 1947 ; elle apparait comme choriste dès le début des sixties pour le compte de son paternel. Installée à New York, elle fera équipe avec Bangi Makeba, fille de Miriam, et forme le duo Bongi & Judy, gravant une paire de singles. A la séparation du duo, Judy enregistre une demi-douzaine de singles pour les labels Buddah et T Neck. En 1972, Judy White abandonne le chemin des studios, afin de s’occuper de sa petite famille qui s’est enrichie de quatre bambins. Elle ne chantera plus que sur les bancs de sa paroisse, en Georgie. Ce magnifique titre nous permet d’entendre le guitariste Eddie Hinton.
Robert Earl figure parmi les artistes les plus obscurs de la compilation, il ne semble avoir enregistré qu’un unique 45t. en 1966 pour Carol Records.
Ce premier volet s’achève avec « Everything’s All Wrong » l’un des trois titres du new-yorkais Kenneth Fickens. Initialement enregistré pour le label Mitchies Records en 1974, le single sera aussi repris sous licence par Audio Arts. On pourra apprécier le vocal de ce chanteur méconnu associé à une bonne partie de piano. Fin 74, le label Tarx éditera un autre single sous le nom de Kenny Fickens regroupant « You Got It » (titre figurant en face B du single Mitchies) couplé à « Since You Been Gone », titre hautement révélateur, puisque Kenneth Fickens semble avoir depuis totalement disparu de notre planète.

Le Kingbee

 

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