Cross Rocks, un certain sens de la note !

Yann Armellino, guitariste total a décidé en 2004 de rendre hommage à Robert Johnson en sortant un 3e disque « Cross-Rocks » qui laisse entrevoir des passerelles entre des mondes très cloisonnés. Alors, comme chez Docteur Blues, nous aimons ce genre d’initiative, il était temps d’aller faire un tour de l’autre côté du miroir. Si vous êtes prêts pour ce genre d’expérience, lisez la suite… 10 questions côté Guitare ! C’est très intéressant, vous allez voir…
– Pour info, Cross-Rocks est “album du mois” dans le N°177 de Guitarist Mag !

Tu as l’air d’apprécier ton Ibanez, pourquoi cette guitare en particulier ? As-tu d’autres favorites ?
Oui, j’en suis un inconditionnel ! J’ai signé avec Ibanez l’année dernière et j’ai « flashé » sur les modèles SZ, excellentes guitares de type LesPaul (deux hambuckers, pas de vibrato bref, assez roots). La SZ possède un manche bien rond et un accès aux aigues des plus facile. Aujourd’hui, j’ai deux SZ (la toute bois et la noire laquée). En live comme en studio, rien à dire, c’est l’autoroute (le nouveau catalogue Ibanez est téléchargeable à l’adresse suivante : http://www.ibanez.co.jp/world/country/frame_france.html rubrique « archive » puis « catalog ») ! Bien que n’étant pas un collectionneur, je possède quand même quelques guitares (une quinzaine). Je n’ai pas vraiment de favorites (à part mes SZ), je choisi suivant ce que je veux jouer, Stratocaster, Telecaster, Lespaul Standard ou bien Hamer Studio US. Je suis particulièrement attaché à ma Kramer US Pacer’s Custom qui est ma 1ère guitare « haut de gamme » avec floyd rose etc. J’aime également les acoustiques, j’utilise Takamine (NP25C, que j’ai depuis 10 ans, elle sonne vraiment très bien) ou bien Epiphone avec le modèle du 125e anniversaire de la marque.

Parle-nous des musiciens qui t’accompagnent sur cet album et notamment des chanteurs qui sont assez étonnants ?
Tu peux écouter dans l’ordre : Tony Lindsay de Santana sur « Crossroads », Larry Braggs de Tower of Power sur « Stop Breakin down » et Connye Florance qui travaille habituellement pour Elton John sur « From Until Late ». Ces collaborations sont nées grâce aux équipes américaines de mon éditeur Jean Davoust. Elles travaillaient déjà sur un projet hommage à Robert Johnson et après quelques échanges de mails, nous nous sommes mis d’accord pour unir nos efforts sur trois titres. Ce n’est qu’à la fin que j’ai su exactement quelles étaient les intervenants. Je trouvais que ça sonnait… j’ai compris pourquoi ! J’envisageais d’inclure du chant sur Cross-Rocks mais de cette façon… un vrai cadeau !

Ta vision du blues est assez personnelle, comment imagines-tu le XXIe siècle pour cette musique ?
C’est vrai que ma vision du Blues est assez énervée. C’est une musique que j’écoute depuis longtemps. Et puis, dès que tu mets des phrasés Blues dans différents styles (Hard, Rock, Electro, Jazz) cela amène tout de suite une chaleur, c’est un peu magique. Je trouve que ça casse un peu le côté « numérique » de la musique actuelle. C’est un peu comme de passer d’un ampli à transistors à un vieux Marshall vintage à lampes… Avec des artistes comme Steve Johnson, Jonny Lang etc. cette musique a encore de belles années devant elle !

Comment as-tu travaillé l’approche Blues de cet album ?
J’ai d’abord commencé par m’imprégner du répertoire de Robert Johnson. Ensuite, j’ai enregistré « If I had possession over judgement day » et « Walkin’blues » en instrumental.
Ce n’est qu’après que j’ai eu l’opportunité d’inclure les trois titres chantés. Il n’y a pas vraiment eu d’approche particulière, ce n’était pas une commande mais bien une réelle envie d’élargir mon champ d’action. Nombreux sont les guitaristes « Hard Rock » que j’écoute qui jouent Blues. Des gens comme Slash, Richie Kotzen, Richie Sambora etc. C’est finalement une évolution assez logique.

Comment pratiques-tu en général, t’isoles-tu la nuit pour bosser tes riffs, ces moments sont-ils particuliers ou font-ils parti de ta vie quotidienne…
J’ai très souvent une guitare avec moi. Nous avons la chance (les guitaristes) de jouer d’un instrument qui, quand il n’est pas branché, n’embête personne. Je pratique donc quelques heures par jour et ces moments font intégralement partis de mon quotidien. Je ne suis pas un forcené des « gammes à gogo » (c’est quand même bien d’en travailler). La plupart du temps, je travaille des plans persos, je joue mes titres et sur quasiment tout ce que j’écoute.

Comment gères-tu ton temps, tu as beaucoup bouger pour réaliser ce disque, j’ai l’impression ?
Quand tu fais de la musique, tu passes de périodes plutôt calmes à d’autres de suractivité, cela demande une certaine gymnastique. Maintenant, concernant « Cross-Rocks », je n’ai pas beaucoup bougé. Avec mes collègues américains, nous avons travaillé par envoi de fichiers audio. Toutes mes prises, le mixage et le mastering ont été faits en France.

Prends-tu en compte ce qui se passe autour de toi pour composer, comme les événements familiaux, ou au contraire, est-ce que « du jeux » et de la pratique de l’instrument, au fait à quel âge as-tu commencé la gratte ?
J’ai commencé la guitare vers quinze ans. Pour composer, beaucoup de choses peuvent être source d’inspiration. Le plus souvent, j’ai une mélodie ou bien un riff en tête avant de prendre mon instrument. Rares sont les idées que j’ai eu en pratiquant qui sont par la suite devenues des titres. Pour Cross-Rocks, j’ai eu un passage à vide au niveau composition. J’ai donc eu l’idée (avec mon réalisateur Patrice Lemoine, ma deuxième paire d’oreilles) de partir sur des grooves de batterie bien différents les uns des autres ; pour ensuite broder dessus. Un peu comme un « jam » ou le batteur lance un rythme pour mettre tout le monde d’accord… ça a bien fonctionné et l’inspiration est revenue. C’est un procédé assez courant dans le domaine de l’Electro.

Par moment, il doit bien te manquer les mots ? Imagines-tu écrire des textes un jour ?
Pour ma musique non. J’ai pour habitude de composer mes titres instrumentaux comme des chansons donc plutôt qu’un chanteur, j’essaye de faire chanter ma guitare. Sinon, ça m’est déjà arrivé d’écrire quelques textes. Sur un projet Pop et un autre qui était un album thématique sur les enfants destiné aux parents. C’est vraiment très occasionnel et je ne me considère absolument pas comme un auteur…

Parles-nous de tes héros ? Ils peuvent être hors champ musical…
Je n’ai pas vraiment de héros (mon favori de l’écurie Marvel est Superman !) mais plus des gens que j’admire. Pour la musique, je peux te citer KISS (que tes lecteurs ne doivent peut-être pas bien connaître, c’est un peu les quatre fantastiques du Rock) (oh je pense que si ! j’ai moi-même le « Live II », NDR), Jeff Beck qui a été l’un des premiers à faire de l’instrumental Blues, Rock ou Fusion et qui est toujours autant inspiré. Edward Van Halen qui a apporté autant à la guitare Rock que Jimi Hendrix. Il y a un avant et un après « Eruption » (titre figurant dans le 1er album de Van Halen en 1977). Je pense également à Lespaul et Leo Fender qui ont inventés deux modèles de guitare devenus incontournables. Bien sur Robert Johnson qui, de part la richesse de son répertoire est encore présent et reste une référence en 2005, il y en a beaucoup d’autres… Maintenant, hors champ musical, il y a Clint Eastwood qui, avec ses réalisations, me réconcilie vraiment avec le cinéma américain. Georges Lucas, qui n’a pas rêvé en visionnant la 1ère trilogie de Star Wars ? Big respect et beaucoup d’émotion en entendant des personnalités comme Gabin, Lino etc. via des archives INA, Michel Audiard et ses dialogues intemporels sur de nombreux films. Niveau littérature, je suis particulièrement sensible aux « polars » US avec des auteurs comme Herbert Lieberman (Necropolis), Mickael Connelly… la liste est longue.

Comment définirais-tu ta musique ? Ah l’étiquette !!!
Difficile de définir sa propre musique. Si vous êtes sensible au Rock-Hard-Blues avec un soupçon d’Electro, Cross-Rocks devrait peut-être (j’espère) vous parler. J’essaye de doser Feeling, technique et impro… à vous de me dire si j’y arrive…

Quelles sont les musiques qui te branchent en ce moment, qu’aimerais-tu faire partager ?
Quelques très bons disques sont sortis récemment. « Devil’s playground » de Billy Idol qui marque le retour du magique Steve Steven à la guitare, c’est Rock au sens large, douze ans qu’il n’avait pas fait de disque ! « The place you’re in » de Kenny Wayne Shepherd, du Blues Rock musclé à tendance Soul. « Luminaria » de Ian Moore qui est sa parenthèse acoustique. « Surrender Dorothy » d’Alana Davis dans le genre Pop Soul Folk. « The magnificent seventh » de Thunder, du Hard Rock Bluesy gorgé de feeling. “Doyle’s brunch” de O2L qui est un duo guitare (Al Pitrelli) et piano (Jane Mangini), ambiance Smooth Jazz-Electro. J’aimerai écouté le nouvel album de Maceo Parker « School’s in » qui sort en avril. Bref, c’est assez varié.

Te vois-tu en sideman derrière un bluesman, si oui, qui aimerais-tu accompagner… ça t’est peut-être déjà arrivé, non ?
Si l’occasion se présente, pourquoi pas ? Dans ce métier, tout ou presque se fait à partir de rencontres, de connections… donc, tout peut arriver. Je n’ai pas de noms d’artistes qui me viennent… Sorry.

Tu as le mot de la fin…
Merci pour cette interview ! N’hésitez pas à aller visiter mon site www.yannarmellino.com, à bientôt.

 

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