Chain, l’anthologie…

Chain « Toward The Blues » (Infinity 333972)
Toward The Blues » est le second disque de Chain. L’année précédente, au bord de la rupture, Chain veut préserver son héritage avec un enregistrement Live à la discothèque Caeser’s Palace à Sydney. Au moment où cet album est arrivé dans les bacs, Chain n’existait presque plus. Sans tube, sans groupe pour faire la promotion, Live Chain est cependant resté dix semaines dans le Top 20 du Hit Australien. Pourquoi un tel miracle ?

« Parce que Chain appartenait à une nouvelle génération de musiciens australiens. Enfin les Australiens écoutaient les disques des groupes qu’ils voyaient sur scène. Difficile à comprendre, mais ce n’était pas le cas avant. Par contre le côté « Live » à explosé notamment à Melbourne. Le Blues va devenir l’une des bases de ce nouveau mouvement.

Bien que les australiens aient beaucoup aimé les Beatles, autant que le reste du monde, ils ont eu une préférence pour les Rolling Stones, plus forte qu’ailleurs. A ce sujet, Matt Taylor se souvient que son premier achat de disque était « Please Please Me » des Beatles, suivi par un album des Stones, puis d’un Chuck Berry puis d’un quatrième avec Muddy Waters. Le dernier pas était le plus difficile. Le contact avec les précurseurs américains du Blues était dur à trouver, les magasins de musique locaux ne stockaient pas les disques, il n’y avait pas de station radio ni de télés leur étant dédiés, pas plus que de visites au pays. Matt n’avait jamais vu un artiste de Blues Noir avant qu’il se parvienne à être plus connu. Prenant à la volée tout ce qu’il pouvait découvrir, mais à un moindre titre que ses pairs anglais, Taylor et ses confrères Australiens ont comblé leurs manques de connaissances aussi bien qu’ils le pouvaient. Ils ont inventé une version australienne du Blues, utilisant beaucoup d’improvisations ressemblant au Jazz. Par rapport à la Pop Music, tout est dans la technicité.

Phil Manning, Barry « Big Goose » Sullivan, Barry « Little Goose » Harvey jouaient en trio à Brisbane. Pendant ce temps là, Matt Taylor essayait de monter un groupe dans le circuit Blues de Melbourne. Matt avait besoin de la virtuosité de Phil Manning à la guitare ; aussi il l’invitât à rejoindre son groupe qui portait le nom de Genesis. Ensemble, ils ont jeté plein d’idées en vrac et les ont rapidement travaillées pour un premier spectacle, en comptant beaucoup sur l’improvisation pour remplir le temps sur scène. Trois mois plus tard, de passage à Sydney, les quatre membres de Chain enregistrent un 45 tours qu’ils devaient à Festival Records. « Black & Blue » et « Lightning Ground » étaient ainsi mis sur bandes par Richard Batchens.

La dernière partie des années 70 a été dominée par une interdiction radio applicable à tous les artistes australiens ayant signé avec une major. Du jour au lendemain, de nombreux artistes vont fermer boutique. Pour remplir ce vide, une nouvelle génération arrive, avec des groupes comme les Aztecs de Billy Thorpe, Spectrum et Chain. Le 45 t. et les prestations scéniques de Chain vont avoir un effet de tempête sur Melbourne. Le spectacle bricolé au départ, va devenir une vitrine de la musique, de la production et du professionnalisme. Outre la musique, Matt Taylor évolue dans son rôle de leader. Entre de longues explosions de Blues, Matt parle au public, avec son accent lent, de tout ce qui lui passe par l’esprit. Il évoque avec humour et passion des sujets faisant la Une, incluant la guerre du Vietnam. Ce qu’il disait était réel, cela a contribué à rendre le Blues de Chain réel lui aussi.

En Avril 71, le single « Black & Blue » est numéro 6 des Hits australiens. Très confiant et au sommet de son art, Chain enregistre aux studios TCS à Melbourne avec l’ingénieur du son John Sayers. C’est dissimulé derrière la réserve de décors de Channel Nine TV que Chain « installe » son Live et laisse gronder sa musique tant que les bobines tournent. Entre Michael Gudinski qui s’occupe de la gestion et de la promotion, et une maison de disque située à 800 kilomètres, Chain va en fait enregistrer l’album exactement comme il l’entendait, gravant une nouvelle version de « Black & Blue » dans la foulée. « Toward The Blues » était achevé au bout de trois jours. Chain pouvait repartir dans une tornade de concerts, le groupe étant parmi les plus réclamés du pays. Au bout d’un mois, ayant besoin d’un nouveau 45 t., le quatuor enregistre chez TCS « Judgement » et « Blues in D ». Nouvelles tournées. En moins de deux mois, la flamme du groupe était éteinte. Le temps que « Toward The Blues » soit sorti, Manning, et les deux Barry avaient quitté le groupe, laissant Matt Taylor continuer un puzzle de substitutions. L’album est cependant monté à la sixième place dans les Hits nationaux. Puis Matt quitte aussi la formation. Le nom de Chain va survivre, le personnel varié essayant de renforcer la légende. Des années et des années plus tard, la force de cet album a permis de reconstituer la formation d’origine. En écrivant les paroles de « Judgement », Matt Taylor imaginait son jugement dernier. Mais les mots qu’il a écris en 1971 étaient aussi une prophétie : « Ici devant vous Seigneur, avec le travail de ma vie dans ma main. »
Ed Nimmervoll
Adapté d’une traduction de DWD/NC (ancien membre des Dubliners etc.).

En fait l’auteur du livret intérieur nous livre 4 pages qui servent de mémoire à cette galette. Je rajouterai que Chain doit son nom de scène au titre « Chain Of Fools ». C’est la chanteuse Wendy Saddington qui fût à l’origine du groupe lorsque celui-ci se prénommait encore The Chain. Mais Wendy ne restera pas longtemps. En 1969, The Chain avait gravé un single « Show Me Home ». Mais la véritable aventure de cette formidable formation commence en 1970. Par la suite presque une cinquantaine de musiciens se succèderont. Tous les albums qui vont succéder à Toward sont relativement quelconques et assez fades. Mais comme le dit le livret, l’étincelle n’était plus là. Les quatre musiciens vont par la suite entreprendre la réalisation de divers albums solos. C’est en 1995 que Matt Taylor grave « Pyramids & Spirals », opus qui semble être le plus intéressant. De son coté, Phil Manning participe à des albums pour James Madison et Mojo Beaufort ; il aura également servi d’accompagnateur à Bo Diddley, Champion Jack Dupree, Guitar Shorty.

« Toward The Blues » : Par rapport au vinyle, les trois premiers titres sont des rajouts. Nous devons cette galette au label Infinity qui à l’occasion du trentième anniversaire de la première commercialisation du disque a décidé de ressortir une remasterisation en 24 bits. Nous avons donc 9 plages dont un doublon pour 53 minutes d’extase. Dans ce disque,tout semble parfait, dosé à souhait, on est proche de l’état de grâce. L’harmonica un brin envahissant, au début, finit par s’imposer avec un son tour à tour lancinant, nerveux, hypnotique et trépident. Aussi à l’aise sur les morceaux lents que sur les boogies et que sur les titres sonnant vraiment les années 70, Chain donne sa pleine mesure avec un son gras et puissant dont le groove est au summum. Par moment on pourrait croire à du J Geils Band, du Cactus, de l’Illinois Speed Prees voir à du Nine Below Zero, mais non ! C’est du Chain, dont la facilité et la fluidité sont déconcertantes.
Parmi les titres proposés dans ce CD, on retrouve une reprise de Robert Johnson « Thirty Two I Twenty Blues » et « Snatch It Back And Hold It » de Junior Wells, superbe titre qui figurait dans « Hoodoo Man Blues » de 1965. Chain va en faire autre chose, lui donner une cure de jouvence boréale.
Cette galette est vraiment onctueuse, je dirai presque incontournable.

Le livret intérieur : « Toward The Blues » représente une session d’enregistrements de trois jours, réalisée par quatre musiciens au sommet de leur confiance créative. Cet album de 1971 est devenu un chapitre représentant dix mois de la vie, de ce qui va devenir l’un des Blues Band Australien ayant la plus grande longévité. Ces sessions ont forgé, mois par mois, années après années, un point de référence dans l’histoire du Blues Australien, alors que les membres originels du groupe suivront par la suite d’autres aventures musicales.
Face à la marée de tendances musicales, le marketing des Majors et le tempo ‘Toward The Blues » a survécu, n’ayant jamais quitté les bacs des magasins. Trente ans plus tard, on peut écouter cet album re-mixé et allongé, avec des « oreilles fraîches », la technologie moderne restituant les sons comme ceux entendus en studio.

Le Kingbee

Note : Ce CD reste assez difficile à se procurer, je préconise l’adresse d’un excellent importateur square-cd@wanadoo.fr Se recommander de ma part peut ouvrir bien des portes. Je remercie également Mr Dave pour la traduction de tournures australiennes assez pittoresques ainsi que Monsieur Jimmy pour m’avoir fait découvrir cette perle. A noter que quelques titres Live enregistrés au Caesars Palace en juillet 70 et à l’Odyssey Pop Festival en janvier 71 sont disponibles sur un double CD « History of Chain » édité par Mushroom en 1998.

 

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