Carnet de route d’un festival… (qu’il fallait trouver)

Voilà, le commandant de bord annonce : « 26 degrés à Beauvais, c’est fini… 4 jours de commémoration en Irlande, non pas pour le D-Day comme il est de coutume actuellement, mais pour un seul et unique homme, Rory Gallagher… C’est par hasard, en « traînant » sur le net à la recherche d’un concert un peu plus original que d’habitude ou d’un événement nous ayant échappé que nous avons trouvé ce festival qui a lieu tous les premiers jours de juin, depuis 9 ans. N’ayant pas grand-chose à faire à cette période nous décidâmes donc d’aller à Ballyshannon Village où Rory est né.

BALLYSHANNONfond_sceneSINNERBOY

Pour ceux qui connaissent l’Irlande (ce qui n’était pas notre cas) sachez que c’est sur la côte ouest à l’opposé de Dublin, derrière l’Irlande du Nord.
Si vous ne possédez pas un atlas digne de ce nom, le village en question n’y sera pas, pour mieux situer c’est juste en dessous de Donegal.
En arrivant, après 3 heures 30 de route de Dublin à Ballyshannon, 250 kilomètres seulement mais là-bas il n’y a quasiment pas d’autoroute, nous rencontrons les premières banderoles, panneaux, annonçant l’événement, puis sur le chemin du bed and breakfast, les premiers accords de « Bullfrog blues « joué tant bien que mal par des jeunes installés dans un camion débâché sur une des places du patelin. La place est cernée par les habitants, une Guinness à la main comme de coutume. À voir la pile de fûts vides on se doute que le concert a commencé depuis un certain temps …
Finalement non, l’Irlandais est festif et contient pas mal…

Nous faisons un premier tour de ville, les pubs se remplissent, les sonos s’installent, ce soir, c’est dans les pubs que cela se passe.

En se dirigeant vers les pubs nous passons devant la place RG, nous lisons une plaque commémorative avec un extrait de « Going to my Hometown » sur la seule façade encore en place de l’ancienne maison de Rory ; une scène y est adossée.
À côté, sur la devanture d’un magasin de vins fins, nous tentons de traduire (péniblement) une multitude de coupures de journaux sur la carrière de Rory, et surtout sur sa mort en Angleterre au King’s hospital, après une transplantation du foie et un mauvais virus le 14 juin 1995 à 10h44.
Nous entrons et nous rencontrons un vieux couple, principal instigateur du festival, voisin de la famille Gallagher et également propriétaires du pub jouxtant leur boutique où divers concerts sont prévus , nous prenons un programme et nous filons à côté.
Impossible d’entrer, le pub (pourtant conséquent) est plein jusqu’à la gueule, de dehors ça sent déjà l’homme et la Guinness, pas la clope, on ne fume plus dans les pubs.
Nous trouvons la sortie de secours et nous entrons enfin…
« Raw Gallagher » (trio mené par Steve White ) joue ce soir, je ne connais pas, mais les gens ont l’air impatients.
Effectivement l’homme en question connaît son Gallagher (le vrai ) sur le bout des doigts, ce n’est pas un clone et les morceaux interprétés le sont à sa manière, la chemise à carreaux, par contre, est Gallagherienne pur jus, les gens chantent, boivent, chantent et boivent… C’est cool, sourires, rigolades, cela commence bien.
Plus tard, vers minuit on nous propose un concert payant au Dorrian’s hotel; l’endroit ne nous plait pas, le coté luxueux et trois étoiles de l’établissement fait un peu tâche et cadre mal avec le début de soirée aux pubs, nous chuintons…

Vendredi, nous continuons le périple, nous commençons par aller voir le fameux Dave qui a correspondu avec nous par Internet, et nous récupérons nos places pour les grands concerts des samedi et dimanche, Dave tient le magasin de disques local qui sert d’office au festival.
Pas de chance pour la CB. il est très sympa, et nous reverra souvent…
Pendant la journée, concerts de petits groupes du pays « Rory Atha Cliath « Black widow » le soir un groupe allemand « Bad penny « et Johnny Gallagher (c’est son vrai nom )
Ensuite tournée des pubs, et là … Première grosse baffe…
Paul Rose band, ami très proche de Rory, Dave nous avait prévenu, guitaristiquement c’est du costaud…
Quel grateux !!! Ce type est né dans une Strato, celle utilisée ce soir-là, est un cadeau de Rory. Une vitesse incroyable, une maîtrise et une facilité qui nous font presque rire, c’est classieux, sympa et copieux.
Élu meilleur guitariste du royaume en 95 (on comprend vite pourquoi ) il a joué avec Peter Green, Malsteim, Brian May etc… tient pour fêter ça, un Guinness.

Samedi grosse journée en plein air… Il pleut…Sur la place du village retour de Raw Gallagher, Paul Rose et « Section 3 » un peu plus loin à l’arrêt de bus « Stagestruck » et « Crave » dans les pubs, ça joue déjà, il n’est que quinze heures…
Le service d’ordre est imposant, sur la fameuse place R.G à 16 h pour le premier concert, deux personnes dont une passera la soirée, sur la scène … hilare, à prendre des photos pour les enfants qui s’amusent avec lui.
« Laundromat » groupe Hollandais excellent qui ont un répertoire qui leur est propre en plus de celui de Rory puis une des têtes d’affiche « Barry Mc Cabe Band « mélange de gros son rock et de musique celtique.
Le son est vraiment trop fort, la soirée va être longue et nous le reverrons dans de meilleures conditions…
Notre regard est attiré par un couple, l’homme a une physionomie qui ne nous est pas inconnue et pour cause nous l’avons vu, il y a 1 mois au plan de Ris-Orangis (1 rue R.Gallagher ) c’est Tim Boggert
– On va le voir ?
– Oh non, foutons lui la paix…
… Nous retournons à la Guinness.

Je ne sais pas si c’est une coutume Irlandaise, mais à 19h30 nous nous présentons devant la porte de l’Abbey centre théâtre, les portes ouvrent à 20h et il n’y a personne… Mais vraiment personne.
20h pile poil, nous entrons. Ici, ça ouvre à l’heure, l’appareil photos est prêt, nous sommes devant, une grande toile magnifique représentant Rory recouvre le fond de scène, j’ai cru comprendre qu’elle avait été réalisée à Paris.
Une dénommée Cathy , Irlandaise de Belfast nous raconte la fois où elle a vu Rory et nous demande d’où nous arrivons, elle nous fait un peu plus prendre conscience de l’importance de R.G dans la vie des Irlandais, elle nous explique que pendant les 10 années de guerre, il a été le seul artiste à venir se produire à Belfast nous lui parlons du concert de Ris et elle ne savait pas qu’une rue à son nom existait en France.
Le show commence à la bourre, visiblement cela ne gène personne, il est vrai que le staff technique , composé d’une seule personne à fort à faire, le garçon dormira bien ce soir, après avoir sans doute aussi, balayé la salle.

Gerry McAvoy bassiste 20 ans de Rory est ovationné, suivent Mark Feltham, Brendan O’Neill et Gwyn Asthon, que visiblement personne ne connaît, puis Denis Greaves un peu étranger à l’évènement.
Les morceaux s’enchaînent, l’ambiance est énorme, nous avions eu l’occasion de voir ce show en France, mais là, rien à voir, de l’excellent on passe au grandiose pourtant le théâtre ne peut contenir que 600 places assises.
« Going to my Hometown » , véritable hymne, repris en choeur à chaque concert.
Un piano est sur scène nous attendons Lou Martin, Gerry nous annonce que le pianiste a eu une hémiplégie, il est à l’hosto depuis 4 semaines, il va très mal… Le public est visiblement très touché Gerry aussi.
Un jeune Allemand trouvé sur le festival le « remplace » il est un peu « afraid » mais Gerry l’encourage.
Wilgar Campbell est venu s’asseoir une nouvelle fois devant la seconde batterie cette fois Brendan O’Neill reste avec lui, et c’est « A million miles away » l’émotion est à son comble ; Mark commence à chanter, grande classe, puis Gwyn et Gerry enchaînent, les deux batteurs s’entendent parfaitement c’est le bonheur !! longue page musicale les gens ont la larme à l’œil.
Rappels, Gerry fait signe au public d’avancer, le public hésite, pas nous, nous sommes polis nous avançons, nous finissons le concert presque sur scène (sont fous ces Français…).
« Bullfrog blues » « shadow play » et c’est fini… Nous sommes en transe.
Le jeune maire du patelin, nous annonce les concerts de demain. Il se présente aux municipales, son image est accrochée sur tous les poteaux de la ville, (l’affichage sauvage est interdit)
Il est tard, une Guinness (pour l’hydratation) et au lit.

Dernier jour de festivités, on commence à fatiguer, devant la banque à midi groupes de jeunes.
Nous voyons un quatuor de jeunes filles très jeunes 13, 14 ans, c’est étonnant et cela plait…
Puis un groupe de garçons, même âge et même pêche le chanteur guitariste avait passé la soirée de avant veille la tête sur l’ampli de Paul Rose (certains à moins de trois mètres auraient pu perdre leur dentier…) Il n’a pas l’air sourd, il est jeune !!!

A trois heures, nous ratons Stagestruck, nous étions au pub occupé à trinquer à la santé de Rory avec un p’tit gars croisé la veille, nous goûtons une Guinness (juste pour être sûr) Nous arrivons pour le concert d’un groupe allemand « Remember Rory » là c’est carrément bien c’est du Rory pur Bœuf et nous pouvons voir enfin « Sinerboy » ils sont sortis de l’hôtel où ils jouaient depuis deux jours.
Le chanteur guitariste nous a fait tous les plans photos en 10 minutes, au début c’est un peu lourd, mécanique et sans passion, à la fin la fatigue aidant (?) c’est bien meilleur .
Nous évitons encore le Dorrian’s hotel qui passe « Irish tour » à la télé c’est payant, on a le dvd à la maison… Sert a rien !
Dernier soir retour à l’Abbey Center, nous sommes encore les premiers, une première première partie commence devant une centaine de personne, il faut bien manger, l’Irlandais ne sacrifie pas son repas du soir et sa tournée quoi qu’il arrive.
Rebekah Jeffrey from the USA apparaît ; un voisin de derrière, habillé d’un splendide tee-shirt de « Tatoo’s lady », couleur pochette originale, plaisante avec elle et nous .
Seule avec sa guitare et sa voix puissante, c’est plutôt bien, mais pas l’temps de prendre une photo c’est déjà fini. Elle vient dans la salle avec le public.
Nous retrouvons l’ami Barry McCabe, lâchement abandonné la veille, on ne connaissait pas et cela nous plait de suite cornemuse, pipo, strato y’a des poils et des d.b et McCabe a une sacré touffe. Hommage à R.G morceau lent à la sèche et au pipo, c’est magnifique, nous courrons prendre le pack au marchandising 3 cd’s 1 tee-shirt, affiche, livre, bonbons, esquimaux… pas venu pour rien.
Ensuite Nine Below Zero avec un « On the road again » pour Lou Martin.
Feltham est en grande forme, les standards du groupe y passent, c’est bien, mais pas autant que la veille.
En sortant, nous discutons avec Barry McCabe, il est vraiment très sympa il sera peut-être bientôt à l’Olympia.
Finalement nous aurons vu tout le monde sauf Pat McManus and his Painkillers, il est très tard nous retournons une dernière fois à la Guinness, il nous manquait un pub, demain 3 heures de route puis Paris… Paris martyrisé, mais Paris… libéré, je m’égare, l’émotion sans doute.

Salut à Cathy de Belfast, aux 2 potes Allemands croisés un peu partout, aux Irlandais qui sont pas comme nous et sourient en disant bonjour, souhaitent la bienvenue et sont contents de voir d’autres personnes d’ailleurs, rendre hommage à Rory.
Je ne sais pas s’ils vivent mieux, si l’année n’est pas trop longue dans cet endroit un peu isolé, mais nous on a du mal à les quitter …
Certes , tout n’aura pas était parfait, les sonos étaient approximatives, les concerts pas souvent à l’heure, mais pas de cinéma, tu branches et tu joues, le reste, on s’en fout , on revient à l’essentiel (c’est peut-être ça les plus grosses différences avec les habitudes de chez nous) pas de prise de tête, personne pour critiquer, t’es là pour Rory.
Et si c’est pas à l’heure, fais toi tomber une Guinness !!
Certains, nous reviendrons, l’année prochaine on nous promet une méga teuf pour les dix ans, dans ce pays où c’est pas pareil, où même le vert est différent… et ou tout se fait à gauche.

A propos du 9e Festival Rory Gallagher de Ballyshannon, les 3 et 6 juin 2004

le site du festival : www.goingtomyhometown.com

Tougs

 

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