Bror Gunnar Jansson : du blues et du vrai !

Bror Gunnar Jansson • Moan Snake Moan
Bror Gunnar Jansson, d’origine suédoise, est en passe de décrocher dans l’hexagone le jack pot du renouveau blues. La preuve en est donnée avec ce second CD sous son nom. 
Le buzz qui a entouré son apparition sur la scène française est assez extraordinaire pour être signalé. Lançant en peu de temps, deux galettes vinyles en quantité très limitée (50 et 100 exemplaires), un entrefilet dans Télérama où est évoquée une de ces raretés très recherchées et Bror Gunnar n’hésitant pas à quitter ses bases nordiques pour venir à plusieurs reprises (Nuits de l’Alligator, Blues sur le Zinc,…) se confronter à un public certes restreint mais de plus en plus enthousiaste après chaque prestation ont conduit notre dandy décalé à être considéré comme un talent en devenir par quelques médias extérieurs au milieu blues. Son premier CD éponyme reprenant nombre de titres de ses galettes a eu de bonnes critiques et a confirmé tout le bien que l’on pouvait avoir des prestations de ce guitariste solitaire.

à la Maroquinerie à Paris lors des Nuits de l'Alligator le 14 février  2014 - photo Miss Béa

à la Maroquinerie à Paris lors des Nuits de l’Alligator le 14 février 2014 – photo Miss Béa

Car il faut le signaler, Bror Gunnar se produit seul sur scène en one man band. Le principe n’est pas nouveau. De très nombreux musiciens dans ces temps de crise, reviennent à des formules basiques qui ont constitué l’essence même du blues avec des formules en solo ou en duo pour pouvoir vivre ou survivre de leur musique à l’instar de leur glorieux ancêtres.

De nos jours, où de gauche comme de droite, nos gouvernants (non contents de réduire les budgets de la culture et par voie de conséquence les subventions attribuées) s’en prennent au statut de ces artistes et autres professionnels des métiers artistiques, le premier réflexe pour les musicos est de réduire la voilure et le volume des formations s’en ressent.

Parmi eux, certains le font de leur plein gré et ne dérogent pas à cette règle. Nous avons un exemple en la personne de Philippe Ménard qui en près de vingt ans et neuf albums a tracé son sillon bleu bien au delà de l’hexagone. (En passant nous ne saurions trop vous inciter à écouter son dernier album Mayday sorti en 2013 et tant que vous y êtes n’hésitez pas à aller sur son site commander ses deux l’albums live enfin réédités). L’ancien guitariste de Téquila n’est pas un exemple unique. (Magic Dick, Thomas Schoeffler Jr ou Thomas Ford le vainqueur 2013 du tremplin des Rendez-vous de l’Erde, dans des styles très différents participent de cette approche) Mais il est rare que des musiciens restent cantonnés à la formule car elle a ses limites. Et à moins de tomber sur des adeptes, il apparaît souvent que le jeu solitaire soit réduit par les organisateurs aux débuts de soirée.

Donc, Bror Gunnar Jansson se présente seul mais n’enregistre pas uniquement en solitaire. Sur Moan Snake Moan il est accompagné sur plusieurs morceaux par Emanuel Svensson aux percussions (Moan Snake Moan, Ha Had a Knife In His Hand, William Is Back, God Have Mercy) Kristin Norden à l’orgue sur deux titres (William Is Back, God Have Mercy), Emma Augustsson au violoncelle également sur deux titres (William Is Back, New Mountain Ballad N°1) et David Edefors au tuba basse (William is Back) , alors que  Christoffer Johansson (déjà présent sur le précédent album) participe sur quelques titres aux percussions et partage la production de l’album. Quant au reste se l’instrumentation et de la production elles sont le fruit des mains et des pieds, de la voix de B.G. Jansson.

Et la grande nouveauté que l’on ressent à l’oreille c’est une production plus rentre dedans où l’adjonction dans les instruments utilisés par Gunnar du saxophone (The Church Bell’s Tone, One For Earth, Ain’t no Grave (Claude Ely) remplit l’espace musical de façon superbe et envoutante de même que l’orgue sur le morceau final God Have Mercy. Attendons de voir sur scène comment il gère cet apport dans son univers musical entre guitare, percussions diverses et saxophone. Mais la preuve est faite avec ce deuxième CD aux sons proches de ce que faisait il y a une vingtaine d’année le label Fat Possum que Gunnar Jansson s’inscrit dans le renouveau du blues. Signalons que derrière la couverture de la pochette un brin décalé, se cachent trois illustrations en noir et blanc de Feni, qui servent de support à trois des morceaux de l’album et qui auraient tout autant mériter de figurer en en-tête ; Ces illustrations sombres conviennent parfaitement à accompagner l’ambiance lourde des compositions de Bror Gunnar Jansson.

Bror Gunnar Jansson est le prototype de ce qu’il convient de classer dans la catégorie des continuateurs et des défricheurs dans le cadre d’un renouveau de la musique du diable.

Mais comme il est passé hors des circuits du petit milieu bleu français, il risque très vite d’être mis en avant par des médias autrement plus conséquents que ceux de la chaine du blues (L’Express, Libé, Canal +, Le Nouvel Obs, Les Inrocks, la liste risque d’être longue). Et nombre de puristes que j’entends déjà me diront que ce n’est pas du blues comme ils ont décrété que Ben Harper, John Butler et d’autres ces dernières années n’étaient pas des bluesmen.

Peut importe les étiquettes. Le public jugera. Moan Snake Moan est là Les deux pieds souvent déchaussés dans la glaise d’un deep dirty swamp blues, ce dandy aux nœuds papillon en bois nous entraîne très loin dans la révision (ou la re-vision) d’un blues mississippien. Si les références qui nous viennent à l’esprit pour l’ambiance sont celles de Nick Cave période Murder Ballads ou d’un Tom Waits début XXIe siècle, l’ensemble s’inscrit dans ce nouveau blues dont par exemple sont porteurs aux States les Mississippi All Stars  et autres musiciens actuels des collines du Mississippi Hill County.

Alors si dans la catégorie dirty blues, vous ne devez acheter qu’un album en 2014 (même en numérique sur nombre de plates-formes), Moan Snake Moan fera très bonne figure dans votre discothèque. Mais surtout n’hésitez pas à aller sur son site pour voir ses prestations dans l’hexagone durant cet été et allez le voir, vous serez comme bien d’autres gagné par le jeu et la voix envoutantes de l’individu.

https://www.facebook.com/brorgunnarjansson

Serge Sabatié

 

 

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