Boubacar Traoré, une retraite sereine et lumineuse !

Default Icon

Boubacar Traoré •  Mbalimaou
Fin janvier est sorti sur le marché français le dernier album de Boubacar Traoré. Celui-ci intitulé Mbalimaou est l’occasion de retrouver deux grands accompagnateurs et un producteur qui œuvrent à la reconnaissance de la musique africaine et ce, depuis des années. Tout d’abord citons Christian Mousset qui depuis plus de 40 ans de festival Musiques Métisses à Angoulème à différents labels a permis la reconnaissance de nombreux musiciens et interprètes africains et autres et leur a assuré une ouverture vers une audience et une reconnaissance internationale. Signalons que Christian Mousset en est à sa troisième contribution avec Boubacar Traoré car il avait déjà produit les précédents albums Mali Denhou en 2010 et Kongo Magni en 2005.

Il n’est pas le seul à avoir participé à cet album. Citons également Vincent Bucher qui lui aussi pour la troisième fois (mêmes albums déjà cités) sur quatre titres amène son harmonica et son jeu très particulier collant à la musique de Boubacar Traoré. Vincent Bucher n’est pas que l’harmoniciste qui a sorti l’album Hometown en 2014 (que tout amateur d’harmo se doit d’avoir, car les subtilités du jeu de Vincent apparaissent de mieux en mieux et se révèlent à chaque passage sur la platine). Depuis bientôt 25 ans avec son ami et partenaire Tao Ravao et une demi douzaine d’albums, ils n’ont de cesse de revisiter la musique malgache et le blues en les mêlant et les ramenant à leur racines rurales communes ou parallèles pour créer un hybride enthousiasmant. Touche à tout et volontiers éclectique, Vincent s’est ouvert à d’autres territoires africains, particulièrement à la musique malienne. Comme Ry Cooder partant à Tombouctou rejoindre Ali Farka Touré, Vincent s’est immergé au Mali et en a ramené de bien belles expériences. Ainsi de sa rencontre avec le guitariste trop tôt disparu Lobi Traoré avec lequel il travaille dès 1999 sur l’album Duga

Loin de s’enfermer dans une relation unique avec l’Afrique, Vincent conserve ses assises blues (Paul Personne, Patrick Verbeke, Charlélie Couture, Frank Golwasser) et continue à travailler sur du long terme avec de vieux complices (Christophe Garreau, Marty Vickers…) au sein de Papa Gumbo et que l’on retrouvent aujourd’hui par exemple derrière Matthew Skoller lors de son dernier passage parisien. Celui-ci a annoncé d’ici la fin de l’année la sortie d’un album sur lequel il travaille avec… Vincent !

Ballaké Sissoko, autre musicien d’exception pose sa kora sur quelques morceaux de cet album. Nous sommes loin du temps où le fils de Djelimady Sissoko du Rail Band (un ancestral groupe malien des seventies qui a vu défiler entre autre Salif Keita, Mory Kanté, ) commençait sa carrière sous le nom de Djelimoussa (ou Jeli Moussa) Sissoko et sortait ses premiers albums en 1997 et 1998 sur des labels de musique du monde. Vinrent ensuite sa collaboration avec Toumani Diabaté Nouvelles Cordes Anciennes (jeu de mot lié au disque réalisé par leurs pères respectifs tous deux étant des korafola c’est à dire des joueurs de kora et qui avaient réalisé Cordes anciennes en 1977),  Deli et une succession d’enregistrements le conduisant à croiser Vincent Segal pour un album au succès immense, Chamber music en 2009, renouvelé par la sortie de At Peace en 2013 où Vincent Segal est producteur. Prêt à mettre en valeur sa harpe mandingue, après 2 titres sur le dernier album de Kasse Mady Diabate (superbe Kiriké), le voila au côté de Boubacar Traoré sur cet album.

Autant dire que Boubacar Traoré est non seulement bien épaulé et entouré mais en pays de connaissance et de confiance. De tels interprètes pour l’accompagner sont de véritables passeurs des traditions musicales inscrites depuis longtemps dans leurs gènes musicaux. Leur apport est essentiel pour permettre de mettre en relief sans l’étouffer par trop de fioritures la qualité intrinsèque de l’interprétation de Boubacar, très reconnaissable d’album en album avec son jeu de guitare, son phrasé et la texture de sa voix. La lumineuse beauté du son de la kora vient en contrepoint du jeu de la guitare, l’harmonica se place dans les rythmiques comme le violon sokou de Soumalia Diabate sur Mbalimaou, Saya Temokoto ou le n’goni de Oumar Barou Kouyaté sur d’autres morceaux (Bembalisso, Sagnon Moni)

Sans rien changer à sa nature profonde Boubacar Traoré continue de nous enchanter par ses compositions aux thèmes qui reviennent sans cesse dans ses albums (la douleur de la perte de son amour Dounia djanjo, Hona, Fogniana kouma, le temps qui file Mbalimaou, l’état de son pays et de l’Afrique Bembalisso, Saya Temokoto, Afirca)

La simplicité de ces thèmes, l’humilité profonde de Boubacar Traoré qui du haut de ses 73 ans entretient une distanciation quasi philosophique avec notre monde matérialiste donne à cet album à l’instar des précédents une place particulière entre tradition et modernité dans la production actuelle de la musique malienne.

Boubacar Traoré, ce magnifique musicien nous enchante et sait nous faire patienter entre ses réalisations. Et même s’il nous fait attendre cinq ans, c’est toujours avec le même bonheur qu’on le retrouve.

Je voudrais dédier cet article à Moussa et Ousmane, deux collègues maliens croisés quotidiennement et qui de jour en jour nous gratifient de leur sourires et de leurs joies . Merci à eux de la part du “capitaine” !

 

Serge Sabatié

 

les 5 derniers articles de Serge Sabatié

0 Commentaires

Laisser une réponse

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi
DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?