Booker T. & The MG’s #11 : arrivée d’Al Bell

Anthologie

1965 reste marqué une nouvelle arrivée. Conscient que ses origines ne lui permettent pas d’intégrer les radios noires ni le marché qui en découle, Stewart recrute Al Bell comme responsable des ventes et chargé de promotion. Natif de Brinkley (Arkansas) une bourgade située à cent bornes a l’ouest de Memphis, Bell après avoir étudié la théologie s’est tourné vers la radio. Après avoir officié comme animateur radio à Little Rock, Memphis, Bell bosse pour une station de Washington. Le bonhomme, connu pour son intérêt pour l’ère du Civil Rights Movement, dispose d’excellents contacts au sein de sa communauté ; également producteur Bell est propriétaire du petit label Safice Records qu’il a fondé avec Eddie Floyd.  Bell est persuadé que sa communauté ne pourra progresser et être prise en considération que si elle représente une force économique.

Bell  procède à divers changements dès son arrivée : son carnet de contacts lui permet d’aller au devant des radios noires afin de promouvoir les artistes. Autre décision importante il décide de salarier les MG’s qui jusqu’alors n’étaient payés qu’à la session, une pratique qui obligeait les membres à courir le cachet dans des concerts voire à occuper des fonctions en dehors de la musique. Lewie Steinberg fut longtemps mélangeur dans une usine de peinture tandis que Wayne Jackson vendait des aspirateurs. Ce confort leur permet de passer plus de temps pour composer ou créer.  Chez Stax, on est encore bien loin de l’univers glamour et superficiel que connaissent certaines rock stars cocaïnées, les MG’s sont payés 125 $ la semaine. Mais si Stax Records demeure le propriétaire de plusieurs tubes et est enfin reconnu dans le Sud, le label se situe très loin en termes de ventes par rapport à ses concurrents directs comme la Motown ou Vee Jay. L’Ouest et le Nord sont des portes qui restent fermées, malgré le succès des Rolling Stones avec la reprise d’Otis Redding  « I’ve Been Loving You Too Long » et le « Walkin’ The Dog » de Rufus Thomas, Stax demeure un label sudiste. Al Bell contribue à grossir le catalogue du label  avec les arrivées de nouveaux artistes : Eddie FloydJohnnie Taylor, le duo Sam & Dave.

Les sessions s’accumulent pour Booker T. & The MG’s, le groupe a collaboré à plusieurs disques qui feront date : « The Great Otis Redding Sings Soul Ballads », « Otis Blue » (Otis Redding), « In The Midnight Hour » (Wilson Pickett) édité par Atlantic. Mais Pour Bell, cela ne suffit pas, pour atteindre une audience nationale, le label doit produire  encore plus de disques et se diversifier. L’année 66 lui donnera raison, Stax vend plus de 8 millions de singles.

 

And Now !

Al Bell estime qu’il est grand temps pour Booker T. & The MG’s d’enregistrer un troisième disque. La pochette de « And Now ! » marque une rupture avec les deux disques précédents. Cette fois le visuel représente un fond violet dans lequel s’emboitent des rectangles de différentes couleurs, à l’instar de nombreux disques de Jazz, mais les noms des quatre membres figurent pour la première fois, et le nom de Steve Cropper apparait dans le premier rectangle dans lequel est dessinée la tête d’un manche de guitare. Les notes de la pochette dorsale sont confiées à Deanie Catron et quatre onomatopées désignent chaque musicien.  Constitué de douze morceaux dont trois originaux, le disque s’ouvre sur « My Sweet Potato », à croire que les MG’s ont raté une vocation culinaire, titre offrant une démonstration de piano. Mais la face A reste marquée par deux instrumentaux grandioses : le standard de Gershwin « Summertime » et « In The Midnight Hour ». Le premier repose sur un orgue d’église pour une ambiance crépusculaire tandis que le second plus festif reprend leur composition popularisée par Wilson Pickett. La face B propose d’habiles relectures: si « Working In The Coal Mine » reste proche de la version de Lee Dorsey elle s’avère bien supérieure sans parole à celle de Pure Prairie League ou d’Harry Connick Jr. Autres bonnes pioches avec « Think », œuvre des Five Royales qui relèguent à des années lumières la version bruyante de Mick Jagger. Même impression avec « Sentimental Journey » instrumental bien plus appétissant que les versions de Bobby Vinton, Bobby Emmons ou Johnny Smith. On ne parlera pas de l’adaptation de Yvette Giraud  sous le titre de « Petit Voyage Sentimental » ni des versions chantées de Sinatra ou Bing Crosby.

Quelques semaines après avoir mis en boite leur troisième disque, les MG’s remettent le couvert avec un disque de Noël, tradition anglo-saxonne oblige ! Si « In The Christmas Spirit » se révèle anecdotique, les arrangements teintés de Funk de l’équipe permettent aux titres de se démarquer des sempiternels chants de Noël chantés par Bing Crosby, Sinatra, Perry Como, Pat Boone et consorts.

 

« Hip Hug-Her » :

Si aucun titre du troisième disque (« And Now ! ») n’avait fracassé les classements, les MG’s reviennent dans le haut du tableau avec « Hip Hug-Her » couplé avec « Summertime ». Il est toujours ardu de sortir un instrumental se transformant en Hit, mais l’intro de guitare, la basse bien ronde et ce mélange de Popeye Dance et de Memphis Sound feront grimper le titre à la 6place des charts, le plus gros succès depuis « Green Onions » et se vend à 400000 exemplaires. Le morceau pose ses bases sur une construction solide et on remarque que Booker T. Jones utilise pour la première fois en studio un Hammond B-3 en remplacement du M1-Spinet ou du M »-Spinet.

Si le titre sera repris 21 ans plus tard par The Purple Helmets (une variante des Stranglers), il aura aussi pour conséquence de créer une polémique entre Al Bell et Jim Stewart.  Si pour Bell, Booker T. & The Mg’s ne bénéficie pas d’une promotion suffisante il apparait clairement que Stewart a peur de perdre son groupe maison. Sous l’impulsion d’Al Bell, le groupe va devenir un vrai groupe à part entière. Devant cette situation, Stewart se laisse convaincre d’engager un nouveau groupe The Bar-Kays, nom en forme de clin d’œil aux Mar-Keys mais aussi à une publicité pour le rhum Barcadi.

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