Bobby Jones is back !

Bobby Jones – Comin’ Back Hard – Delta Groove
Bobby Jones est originaire de Louisiane ; comme beaucoup de ses confrères il a d’abord chanté à l’église. A la fin des années 50, il s’installe à Chicago où il fréquente les clubs du Southside comme le Theresa’s ou le légendaire Pepper’s Lounge, remplaçant même le grand Junior Wells qui connaissait alors du succès avec « Messin’ With The Kid ». Malheureusement, Bobby Jones va vite retomber dans l’anonymat et n’émergera que bien des années plus tard, un peu à l’image de Finis Tasby. Bobby Jones apparaît sur l’album des Mannish Boys « Lowdown Feelin’ » partageant les vocaux avec son ami Finis. Il n’en faudra pas plus pour permettre aux critiques blues de redécouvrir le talent de ce vétéran.
Pour ce magnifique album enregistré sous son nom, il est accompagné par la formidable équipe des Mannish Boys au complet, troupe composée de la fine fleur des musiciens que compte la West Coast avec aux guitares Messieurs Kirk Fletcher, Frank « Paris Slim » Goldwasser, Junior Watson et Kid Ramos, les harmonicistes Randy Chortkoff, Al Blake et Lynwood Slim, Fred Kaplan au piano, et Richard Innes aux fûts. Tous les titres ont été enregistrés pendant que le groupe préparait sa dernière galette.

D’entrée on est au parfum avec « She’s The One », superbe reprise d’Hank Ballard où la voix de Bobby Jones se fait envoûtante et pleine de chaleur débouchant sur un rhythm and blues brillant de mille feux. « Two Headed Woman » nous renvoie vers du Chicago blues de grande envergure avec une puissance exceptionnelle dans la voix et un Frank Goldwasser toujours aussi à l’aise avec son manche de guitare et impressionnant de maîtrise et d’originalité. « I Must Be Crazy » s’inscrit dans un rhythm & blues très en vogue dans les années 50/60 avec le soutien formidable de Fred Kaplan au piano, au jeu tout en finesse, un Al Blake efficace à l’harmonica et un Jr. Watson toujours aussi impérial à la guitare.
« Come In Of The Rain » nous dirige vers du Jimmy Reed pur jus avec un Randy Chortkoff qui nous offre des riffs d’harmonica comme au temps glorieux de l’ancienne icône de Vee Jay et un Kid Ramos souverain et au beat remarquable. Bobby Jones est également capable d’endosser un costume de blues shouters comme en témoigne « Get It Over Baby » reprise excellente d’Ike Turner. On est ici à la jonction du blues et du rhythm & blues, le chant semble comme possédé, imité par le sax de David Woodford, tandis que Watson sort des notes façon Ike Turner, agressif et incisif. « I Don’t Know » est un blues lent avec un accompagnement plus dépouillé qui met en relief les énormes qualités de vocaliste de Bobby Jones, Kaplan et Al Blake se mettant somptueusement au service du chanteur. Avec « Tired Of Your Jive », il chante avec beaucoup plus d’impulsion dans la voix, comme enragé dans le bon sens du terme, parfaitement épaulé par Kid Ramos.
« Cry For Me Baby » nous rappelle le blues joué par le grand Eddie Taylor et dans lequel les 2 guitares de Kirk Fletcher et de Goldwasser s’entrelacent pour un duel fratricide, mais pour la bonne cause, celle de la vraie musique, celle qu’on aime entendre. « Three Handed Woman » nous ramène vers une ambiance californienne, c’est coloré et le titre ne manque pas de swing ; Ramos s’y montre solide comme un roc tandis que Lynwood Slim fait des étincelles à l’harmonica. On pourra aussi apprécier un grand classique comme « Mystery Train » de Junior Parker, dans lequel Chortkoff s’époumone à souffler dans son harmo tandis que Bobby Jones et Finis Tasby se livrent un duel passionné au chant. Le CD se termine avec une reprise géniale de « How Long Will It Last », encore une fois reprise d’Ike Turner dans laquelle Jones chante comme BB King, avec une voix survoltée mais qui parvient à se faire très sensible, accompagné de solos de guitares dévastateurs. La grande Classe !

On peut dire que certains soixantenaires du Blues se portent comme un charme. Très bien produit et enregistré, magnifiquement entouré par une véritable équipe, Bobby Jones nous délivre une sublime galette qui devrait avoir sa place dans n’importe quelle discothèque.
De son passage au Lucerne Blues Festival, je n’avais malheureusement pu pleinement apprécier Bobby Jones à sa juste valeur, car il avait très peu chanté, laissant la palme à Finis Tasby. Un chanteur qu’on aimerait entendre dans l’hexagone.

Henri Mayoux

 

les 5 derniers articles de bluemayoux

0 Commentaires

Laisser une réponse

DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?