Bluesoul Belles : Betty Lavette / Carol Fran

Default Icon

Betty Lavette / Carol Fran “Bluesoul Belles”
The Complete Calla, Port & Roulette Recording

Roulette: Le label Roulette est fondé fin 1956 à New York par le producteur George Goldner et Joe Kolsky, les deux hommes étant associés à part égale. Ceux-ci dirigent également les labels Gee, Rama et Tico. En 1957 Goldner vend ses parts à Morris Levy, un promoteur de night-club. Roulette était au départ un label général, enregistrant indifféremment de la Pop, du Jazz, du R & B, de la musique classique, de la Country. Levy va faire rapidement fortune grâce aux boites de nuit qu’il a monté à Manhattan et aussi en ramassant des sommes rondelettes sur un bon nombre d’accréditations de titres. En fait il semble que ce bon Morris bénéficie surtout de l’appui de la Mafia, en particulier de la famille Genovese.

Roulette doit malheureusement faire face au départ de ses meilleures vedettes chez un concurrent direct : Dot Record. En 1988, Levy est jugé pour extorsion de fonds, mais est laissé libre suite à divers appels. Ce brave amateur de musique n’ira jamais en prison, il décède en 1990 des suites d’un cancer. Au milieu des années 60, Roulette aura pour principales vedettes Jimmie Rodgers, The Playmates, Ronnie Hawkins ; le label connaîtra la réussite en 1961 avec Joey Dee & The Starlighters qui grimpent sur la deuxième marche du Billboard avec « Peppermint Twist ». La petite firme détiendra aussi dans son catalogue quelques faces de Dinah Washington et de Sarah Vaughan. Au milieu des années 60, c’est principalement grâce aux ventes de Tommy Jones & The Shondells que Roulette parvient péniblement à rester dans le Top 200 des labels. Après des années difficiles Levy, suite à ses problèmes avec la justice américaine, vend Roulette à Rhino-Emi en 1989.

Calla:
Calla est fondé en 1965 par Nathan (Nate) McCalla. Ce petit label indépendant connaît une première réussite avec un enregistrement de JJ Jackson « But It’s Alright ». Curieusement ce titre est enregistré en Angleterre. Calla vendra par la suite ce disque à Warner Bros. Le label new-yorkais connaît d’autres petits succès avec Jean Wells, The Sandpeebles, Rudy Love, The Persuaders. En 1966, Doris Troy signe 2 faces, tandis qu’en 68 c’est Roscoe Gordon qui enregistre un microsillon. Suite à la faillite de Cameo-Parkway, McCalla se retrouve sans distribution ; il se tourne vers Morris Levy. Ensemble ils connaîtront d’honnêtes résultats jusqu’en 1972, les sources de Nate commencent à se tarir. En fait, Calla manque d’un staff conséquent et de directeur artistique de valeur. Entre 1972 et 75, Calla est complètement inactif sur le plan de la production et des enregistrements. En 1976, McCalla ressort une poignée de microsillons (série 1230 et 5000) distribués par l’intermédiaire de Shakat Records ; ces singles seront revendus à CBS qui distribue Calla durant un temps très court. On retrouvera certaines faces des années plus tard sur le label Epic. En 1977, Nate décide de s’expatrier. A son retour en 1980, il est assassiné. Ce personnage réputé, plus homme d’affaire qu’homme de studio, a laissé derrière lui une petite discographie d’environ 110 microsillons.

Port :
Port n’aura connu que peu de succès. En fait il s’agit d’une minuscule filiale des labels Jubilee et Josie, fondés à New York par Herb Abramson et revendus à Jerry Blaine dès 1947. Port est reconnu également pour avoir louper une jeune Emmi Lou Harris et The Meters, qui enregistreront toutefois pour Jubilee, la maison mère. Jubilee et ses filiales seront vendues à Roulette Records. Les masters deviendront ensuite la propriété de Rhino, suite à la vente du label par Morris Levy.

Carol Fran – Portrait
Carol Fran est née en octobre 1933 à Lafayette. Elle aborde la musique par le piano qu’elle étudie en compagnie de sa mère, celle-ci rêvant d’en faire une concertiste. Mais très tôt Carol change de cap et se dirige vers la chanson. Elle commence sa carrière professionnelle au sein du Don Conway Orchestra. Au début des années 50, Carol est chanteuse dans un cabaret de la Nouvelle Orléans, elle y côtoie le batteur Clarence « Jockey » Etienne qui l’encourage à auditionner pour Miller. Elle se marie au saxophoniste Bob Francois, d’où son nom de scène. En 1957, elle grave ses premières faces pour le label de JD Miller Excello, obtenant un hit avec « Emmit Lee ». Quatre microsillons viendront grossir sa discographie pour le label de Crowley. Carol se retrouve sans engagement ni contrat, elle va alors tourner avec Guitar Slim puis, à la mort de ce dernier, elle collabore avec Nappy Brown, Lee Dorsey et même Joe Tex. En 1962 elle enregistre sur le label Lyric, de George Khouris, « The Great Pretender ». En 1964 elle atterrit chez Port et reprend un vieux succès des Orioles, datant de 1953. En 1967, Carol se retrouve chez Roulette et reprend une composition de Brook Benton, mais malgré de bonnes faces elle ne connaît pas le succès d’antan ; il faut dire que c’est surtout Elvis Presley qui a fait un gros carton avec sa reprise du Great Pretender. Carol retourne alors en Louisiane, se contentant de chanter dans des petits Clubs locaux. En 1982, elle fait équipe avec un ami de longue date, le superbe guitariste Clarence Hollimon ; Ils se marient et partent s’établir au Texas. Carol et Clarence signent sur le label Black Top de très bons albums, notamment « Soul Sensation » (BT 1071) en 1992. En 2000, le couple grave sur le label JSP de l’anglais Jimmy Morello, le convainquant « It’s About Time ». Malheureusement Clarence décède presque aussitôt.

Betty Lavette :
Betty (Bettye) Lavette a déjà été à l’honneur sur ce même site (voir archives juin et décembre 2004). Je considère qu’elle possède certainement l’une des meilleures voix, tant sur le point de vue du timbre que de l’émotion qu’elle parvient à transmettre. Bettye a obtenu des critiques très enthousiastes lors de la sortie de son dernier CD « I’ve Got My Own Hell To Raise » enregistré pour le label Anti durant le second semestre 2005. Même si certains spécialistes la considèrent un peu comme une énigme, à cause de son manque de consécration, j’ai toujours pensé qu’elle avait comme un don des Dieux. En bref, j’adore !

Bluesoul Belles
« The Complete Calla, Port & Roulette Recordings » (EMI Stateside 7243 860967 22)
Ce disque est la réplique exacte du CD publié en 1999 par le label Westside. Seules la pochette et l’étiquette du disque changent. Mais ne boudons pas notre plaisir, les galettes de Bettye et de Carol n’étant guère abondantes, surtout par rapport à la longévité de leurs carrières respectives, il y a parfois des doublons qui s’avèrent bienvenus. Nous sommes ici en présence de 24 plages (8 titres de Bettye et 16 de Carol) pour une durée d’environ 62 minutes. Bettye ouvre avec « Let Me Down Easy » véritable chef-d’œuvre d’émotion et d’intensité. Elle enchaîne avec ses 7 autres titres dont les 2 inédits « Cry Me A River » et « She Don’t Love You Like I Love You ». On pourra éventuellement tiquer sur la chronologie de ces 8 faces, mais ne faisons pas la fine bouche. Les 8 titres de Bettye sont en terme de prises identiques à ceux présentés par Westside en 1999. Il en est de même pour les 16 plages suivantes de Carol Fran. Ces 16 titres enregistrés entre 1964 et 1967 ne suscitent pas le même intérêt, ni la même émotion que ceux de Bettye, mais pour bien les apprécier, il convient de se replacer dans le contexte de l’époque, périodes des 45 tours et des faces B. Considérée à tort comme faire valoir, Madame Carol Fran n’en demeure pas moins une prodigieuse chanteuse qui a surtout été mal dirigée sur le point de vue artistique. La direction musicale n’est pas tout à fait à la hauteur sur la moitié des 16 titres présentés ici, tirant parfois sur le sirupeux ou la ballade. Mais néanmoins ces chansons font preuve d’authenticité. Carol est proche du sommet sur les reprises de « So Close » de Brook Benton, et sur « Out Of Sight, Out Of Mind » un morceau des Five Keys datant de 1956. A noter que les titres 13 à 20 ont été enregistrés sous la houlette de James T. Shaw dans les studios Hi Records à Memphis.
Ce disque représente donc 24 plages fort recommandables de deux chanteuses trop longtemps sous-estimées. A noter les 2 différentes orthographes du prénom Betty, celle ci ayant opté de rajouter un E en 1982.

Le Kingbee

 

les 5 derniers articles de kingbee

0 Commentaires

Laisser une réponse

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi
DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?