Blues sur Suresnes : 5e édition réussie ou petit festival deviendra grand !

Default Icon

Déplacer les dates d’un festival n’est jamais chose aisée. Cela peut désarçonner les habitués locaux ou les aficionados capables de faire des kilomètres. D’autant que le programmer sur un grand week-end (celui de Pentecôte) n’est pas des plus appropriés pour capter et stabiliser un public naissant.

Cependant le pari s’avère réussi au bilan de cette cinquième édition. Déplacé en raison des élections européennes et d’autres week-ends en mai c’est donc du 4 au 8 juin que ce festival s’est développé sur la ville avec ses sponsors et soutiens locaux (municipalité, entreprises,…) .

L’exposition des photos de Sylvie Bosc (Mississippi terre de blues part 2), le spectacle sur le blues de la Louisiane présenté par les Flyin’ Saucers Gumbo Spécial à la médiathèque, le film projeté au cinéma Le Capitole ont attiré un public fourni et intéressé tout autant que la conférence d’Eric Doidy sur le blues rock à la librairie Point de Côté pleine comme un œuf.

Nous ne rendrons compte ici que de la partie spectacle à la salle des fêtes municipale qui commença le jeudi par une soirée louisianaise avec deux versants de ce blues que la veille les Flyin’ Saucers avaient déjà valorisé. Tout d’abord, ce furent les Money Makers, groupe albigeois dont plusieurs membres sont issus du défunt “finest New Orleans Blues Combo” les Flyin’ Muffins (déjà dans le trip néo-orléanais). Pratiquant une musique démonstrative et chaleureuse basée sur un mélange de jump blues, swing et rockab, les Money Makers se sont taillés un beau succès avec un savant mélange de compos et de covers. Du blues néo-orléanais urbain sans fioriture, Fats Domino croisant Jerry Lee Lewis amenant nombre de spectateurs et spectatrices à se lever et danser dans les travées.

Un dont on sait qu’il n’a plus rien à prouver en terme de connaissance de la Louisiane, c’est bien Benoit Blue Boy. Et quand il est accompagné par Stan Nouba Pacha et par Nico Duportal & the Sparks il n’y a pas à s’inquiéter. Tout roule, swingue. Se suivent les standards des concerts de Benoit (Et là bas, le blues au bout de mon lit, tu m’as laissé tombé comme une vielle chaussette, Combien…) Ça chaloupe dans la salle et le public est ravi. La facette louisianaise rurale à base de swamp blues et de musique des bayous. Discutant après le concert, Benoit annonce la sortie d’un album d’ici la fin de l’année. Celui-ci sera composé d’enregistrements effectués avec le regretté Lazy Lester. Alors guettez dans vos gazettes préférées l’annonce de cette galette à venir !

Le lendemain nous avions rendez-vous avec Rosedale et Gaelle Buswell. Avant cela nous avons eu Max Dega and Enrique Parra Blues Band, trio suisse amené par le sus dit Max, bourlingueur blues dans ses contrées helvète. par ailleurs organisateur d’un festival à Caslano au bord du lac de Lugano. Epaulé au chant par Enrique dont on remarque les inflexions ibériques, le trio nous délivre un blues sympathique passant des Allman et JJ Cale à Otis Rush et Freddie King, faisant monter tranquillement la pression pendant que la salle se remplit. Celle-ci se remplit tant qu’il fallut entre les sets rajouter des sièges supplémentaires pour permettre aux derniers arrivés de s’asseoir. 

Rosedale a déjà produit deux excellents albums et c’était pour nous l’occasion de les voir pour la première fois en public. Section rythmique musclée, claviers efficaces, Amandyn Roses au chant fait merveille, Charlie Fabert à la guitare que l’on a pu voir par le passé, derrière Paul Cox ou Fred Chapellier, démontre tout le savoir faire que lui ont délivré ses ainés. Le show se déroule sans problème s’appuyant sur le deuxième album “Wide Awake“.  Arrive le dernier titre annoncé par Charlie “The Kind of Man You Are“. Charlie saisit le public au tripes, descend dans la salle, part sur un solo qui laisse le public poil hérissé, sans voix (personne n’a osé demander un rappel, c’est dire) Le frisson était palpable. Fred, grand admirateur de Roy Buchanan, n’a pas été seulement un professeur, il a été un passeur : l’esprit de Roy était là, avec nous !

Gaelle Buswell a bien évolué depuis quelques années. Faut dire que les tournées en France en Europe, aux USA ou Japon, les premières parties de pointures de tailles nationales ou internationales trempent un caractère. D’un registre folk blues qui faisaient dire à certains que ce n’était pas du blues, son spectacle aujourd’hui se présente de plus en plus comme du grand blues électrique. Des morceaux, partagés avec Michaal Benjelloun à la guitare électrique et elle à l’acoustique donnent une excellente prestation sur scène. Sans se laisser enfermer dans les limites d’un blues-rock FM Gaelle Buswel continue à s’appuyer sur un noyau de plus en plus large de fans pour financer via le crow funding ses choix musicaux. C’est ainsi qu’elle annonce avoir enregistré à Abbey Road plusieurs morceaux de son quatrième album qui devrait être disponible au mois d’avril 2020. Avis aux amateurs et amatrices !!!

La soirée du samedi s’ouvrit avec Elefent, jeune homme originaire de Touraine, jouant de la guitare Weissenborn en one band, accompagné de quelques pédales aux pieds (nus)  pour quelques rythmiques et effets. Influencé par John Butler et Ben Harper, Olivier n’a eu de cesse de trouver les moyens d’acquérir une guitare Weissenborn, pour comme ses grands ainés produire une musique très personnelle sur cet instrument. Jouant au départ en quatuor, Olivier a aussi pris l’habitude de jouer en solo sous ce nom d’Elefent. Remarqué par Behgam, programmatteur du Blues sur Suresnes, lors des rendez-vous de l’Erdre l’année passée, il a obtenu le ticket pour ce festival. Jouant une musique quasi organique, Elefent se situe parmi ces jeunes musiciens qui ont une approche très ouverte de la notion de blues. Ceci se ressent sur certains titres où les inflences du blues du delta se patinent de ragas indiens ou d’ouvertures sur d’autres musiques du monde. L’approche et le dépouillement quasi minimaliste en a refroidi certains venus pour entendre les blues women mais Elefent a un univers bien à lui. Une découverte.

Nous évoquions les blues women et après la soirée de la veille où nous avions eu déjà deux front women, c’était au tour de Ghallia et de Dawn Tyler Watson d’occuper le devant de la scène.

Ghallia & the Mama’s Boys est une rencontre entre Ghalia Vauthier, jeune chanteuse belge précédemment dans le groupe Voodoo Casino qui après plusieurs voyages aux States a rencontré en 2016 Johnny Mastro et ses Mama’s Boys et a enregistré quelques morceaux de sa composition avec eux. Cette rencontre s’est poursuivie par l’enregistrement de “Let’s The Demons Out” chez Ruf Records. L’album sortie en 2017 a grimpé et s’est classé dans les charts en Louisiane et aux USA. C’est donc précédés d’une aura favorable que Ghalia & the Mama’s Boys se présentèrent. Aux rythmes de boogies bien envoyés, de shuffles bien gras, les morceaux très blues-rock eurent un accueil poli mais qui ne souleva pas l’enthousiasme. Est-ce le fait que le public soit assis, que Ghalia expliqua le contexte de plusieurs de ses chansons, toujours est-il que le public se montra peu réactif et qu’à la fin du set les musiciens ne furent pas rappelés.

Dawn Tyler Watson nous connaissions. Nous avons déjà plusieurs fois rendu compte des excellents concerts que la dame avait effectués. (Cognac, Cahors,…). Nous étions en pays connu. La canadienne est une bête de scène, nous le savions. Auréolée pour ceux qui ne l’avaient pas déjà vue, par sa victoire à Memphis lors de l’IBC de 2017, Dawn a produit un show très léché, très professionnel. S’appuyant sur plusieurs titres de son dernier album “Mad Love”, accompagnée par le Ben Racine Band avec lequel Dawn a enregistré celui-ci, le show s’est déroulé sans anicroche. Imitant la trompette et se plaçant avec les cuivres sur scène, Dawn a gagné haut la main le challenge de la soirée. Cependant, peut-être est-ce nous après plusieurs jours de concerts, est-ce l’assoupissement qui gagna certains, est-ce là encore la position assise, toujours est-il que ce concert ne restera pas comme l’un des meilleurs que nous ayons vus de Dawn.

Alors déçu ! Non, loin de là mais s’il faut tirer un bilan global, Blues sur Suresnes reste un petit festival qui monte et grandit d’année en année. Renforçant et consolidant ses partenariats, ce festival offre une palette d’activités de plus en plus larges (stages d’harmonica & de fabrication de cigar box, spectacle jeune public “Hermann Loup Noir”). C’est là que l’on voit la bonne santé d’un festival qui va de l’avant et ne se cantonne pas à reproduire d’année en année la “bonne formule” pour attirer de plus en plus de public. Celle – ci se confirme par le développement de soirées off au cours de l’année. Ceci se voit à travers une fréquentation de plus en plus importante d’une population locale, alors que les aficionados viennent pour telle ou telle soirée. Cela démontre en passant que le bouche à oreille local fonctionne bien. Mais pour un festival de cette taille, il est évident que la question de la programmation est un véritable casse tête. Si les vedettes internationales attirent un public plus important de gens hors les murs suresnois, il n’en est pas moins vrai que certains acteurs français sont capables de trouver le cœur du public et de nous enflammer, ce qu’ont su faire Rosedale et Gaelle Buswel le vendredi et qu’ont moins réussi Ghalia et Dawn Tyler Watson le samedi.

Dans l’attente des prochains off et de la sixième édition de BSS.

 

Serge Sabatié – Photos © Miss Béa 

 

les 5 derniers articles de Serge Sabatié

0 Commentaires

Laisser une réponse

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi
DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?