Blues Rules Crissier : Il fallait y être !

Blues Rules Crissier Festival 6e édition : Il fallait y être !
“Il faut aller à Crissier pour sa programmation pointue et le grand nombre d’artistes en devenir que ce petit festival a su dégoter en quelques années d’existence” tels étaient les propos que quelques amis nous tenaient avant notre intention de nous rendre dans la cité valaisanne. D’autres, au contraire nous disaient que “la programmation n’était pas que blues et que…” N’hésitant pas à prendre notre bâton de pèlerin et le train, nous nous sommes rendus à Crissier pour juger sur pièce. Bon, l’arrivée à Lausanne n’a rien à voir avec le sud des Etats Unis. La civilisation est là (tu parles : plus de 2 euros le ticket de métro !). Les montagnes aussi ! et les Alpes en fond  ne nous feront pas croire aux collines vallonnées de certaines régions américaines. Crissier, petite agglomération de la banlieue de Lausanne semble plus connue pour son centre commercial que pour son festival. Quelques affiches annonçant la sixième édition du Blues Rules posées sagement nous annoncent le lieu du concert.

Pas d’agitation intense aux abords. Service d’ordre cool, accueil sympa, nous investissons les lieux (le parc du château) et commençons à déambuler. Quelques rencontres dans les stands de merchandising et très vite, deux jeunes zozos sympathiques arrivent sur scène et commencent leur numéro de présentateurs décalés. Il s’agit de Thomas et Vincent, les programmateurs du festival. Pour vous donner une idée de la décontraction il suffit de les entendre annoncer devant un public encore clairsemé que “le Blues Rules est le seul festival où les programmateurs connaissent chaque spectateur par leur prénom”

C’est Sarah Savoy’s Hell Raising Hayride qui est en charge d’ouvrir les hostilités. Déjà présente l’année passée, c’est elle qui a demandé à jouer plus tôt dans la journée afin d’éviter d’être trop saoule ! Il faut dire que la dame a un gosier en pente et descend sa pinte de bière à une vitesse qui ferait l’admiration de n’importe quel pilier de bar des deux côtés de l’Atlantique. L’ambiance louisianaise est là avec ses chansons cajun, son spectacle fort agréable et ceux qui connaissent, apprécient son jeu aux différents accordéons qu’elle utilise.

Peu de temps mort et nous nous retrouvons en présence de l’allemand Dad Horse Expérience, one man band jouant uniquement du banjo et du kazoo. Dans une ambiance cabaret qui aurait dépassé l’aspect psyché d’un Jonathann Richman l’allemand avec une atmosphère très sombre créée un univers personnel dans lequel sont entrés de nombreux spectateurs.

Lui succède Faris sur lequel nous ne nous étendrons pas puisque nous évoquons dans un article connexe la sortie de son premier album, Mississippi to Sahara début mai. Toutefois signalons que ce métis italo touareg se présente sur scène en formation trio (percussions, basse, guitare) en tenue occidentale, sans la symbolique vestimentaire que tous ses prédécesseurs ont retenu.

Suivront les Coconut Kings, formation helvète qui déjà présente l’année précédente joue à une heure moins tardive un rockabilly mâtiné de blues rugueux qui arrive à  faire monter l’ambiance au sein d’un public de plus en plus dense et de plus en plus jeune.

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Ceux-ci sont là pour Bror Gunnar Jansson et dès que celui-ci commence son concert les rangs se resserrent. Un frisson parcourt l’assistance. Quelques uns commencent à reprendre ses lyrics. Ce côté chanteur connu dont les paroles passent sur les lèvres du public n’affecte en rien la qualité de l’interprétation de B G J. Levant la tête, regardant son public et les photographes, celui-ci confirme ce que nous avions constaté à Paris (au New Morning comme au café de la Danse) à savoir qu’il a gagné en maturité et en intensité au niveau de son jeu de scène. Le public conquis ne s’y trompe pas et lui fait un tonnerre d’applaudissements.

Vient ensuite le fils de son père, à savoir Mud Morganfield. Ce fils de Muddy Waters a construit son show très professionnel à l’américaine sur l’identification à son père. Costard, bagouzes à tous les doigts, Muddy a un peu forci par rapport aux dernières photos connues mais le charme opère même auprès des plus jeunes qui sont restés. Quelques standards interprétés avec un timing tenant du minimum syndical et le public est heureux du spectacle présenté et tout le monde se retrouve sur un Mannish Boy où le mimétisme joue à fond.

Passer après Bror Gunnar Jansson et Mud Morganfield relevait du défi pour The Two, duo blues représentant la Suisse au niveau international ces derniers temps (Memphis, Bruxelles) Leur folk blues est sauvage et sincère, à l’image des deux musiciens qui composent ce duo. Nous les avions vu dans le cadre étriqué de leur passage de vingt minutes à Bruxelles et nous avions écrit que leur prestation passerait mieux dans l’ambiance cosy d’un bar que sur une grande scène. Mea culpa et reconnaissons que l’épreuve de la grande scène ne les dessert pas, loin de là. Dans un cadre différent de celui de Bruxelles, laissés à leur propre rythme, Yannick Nannette et Thierry Jaccard sont apparus comme les véritables révélations de ce festival. Présence animale de Yannick qui fait le show, accompagnements somptueux de Thierry, les deux assurent un max et le public présent ne s’y est pas trompé. Gageons que les festivaliers qui vont les croiser cet été vont amplifier encore l’écho favorable de ces deux musiciens qui se sont rencontrés comme bénévoles sur les éditions précédentes du… Blues Rules Crissier Festival !

Chicken Diamond

Chicken Diamond

L’heure tardive ne nous a pas permis de rester pour la prestation de Chicken Diamond.

Le samedi, un jambalaya géant sur le site était prévu.

En s’y rendant, nous croisons quelques tracteurs dont un avec une carriole amenant Sarah Savoy qui s’époumone en acoustique totale à reprendre des chansons cajun. Tout le monde se retrouve sur le site où la cuisinière continue d’osciller entre piano (de la restauration) et piano à bretelles.

En route vers la jambalaya

En route vers la jambalaya

L’ambiance après le jambalaya est beaucoup moins fiévreuse ! Tout le monde en backstage est plutôt détendu, voire assoupi. Les artistes sortent leurs instruments et grattouillent, d’autres se baladent, se reposent (la nuit fut courte pour certains) ou bien participent au Quizz sur le blues que remporte haut la main Bror Gunnar Jansson, preuve s’il en est que l’individu n’est pas seulement joueur mais maitrise aussi l’histoire de cette musique.

La chaleur s’apaise, la lourdeur climatique s’estompe. Allez! il faut se rendre sur le devant de la scène assister au début de ce second marathon. Et aujourd’hui, des choses sérieuses nous attendent !

 

Cheyenne

Cheyenne

 

Le trio suisse Cheyenne, composé de John Hasle à la guitare électrique, Rémi Larpin à la batterie et Layla Mischler aux vocals et aux claviers ouvre les hostilités dans un style rock garage tout en retenue mais incisif par moment tant la guitare de John peut prendre des accents répétitifs et industriels. L’ensemble sonne bien et le show voit certains s’arrêter au merchandising pour l’achat de leur double vinyl.

Commence alors le long marathon des mississipiens qui vont se succéder sur scène. Les amis Thomas et Vincent nous l’annoncent. Ils ne savent pas ce qui va se passer sur scène.

Arrive Eric Deaton. Longtemps apprenti guitariste, de la moitié des années 90 au tournant du siècle avec rien de moins que Junior Kimbrough ou R.L. Burnside pour maîtres, ayant joué avec nombre des membres de ces familles et de bien d’autres musiciens du crû, Eric a aussi participé aux deux albums d’Afrissippi aux côtés de Guelel Kumba et Justin Showah et réalisé deux albums sous son nom (Gonna Be Trouble Here en 2006 et Smile at Trouble en 2009) C’est avec surprise que nous voyons débarqué Alvin Youngblood Hart qui tiendra la basse pendant toute la prestation d’Eric Deaton, le batteur qui officiera durant toute la soirée derrière ses fûts et cymbales étant Wallace Lester. Se succéderont dans l’ordre :

Little Joe Ayers

Little Joe Ayers

Little Joe Ayers accompagné d’Eric Deaton  qui tiendra la basse pour le reste de la soirée et de l’imperturbable W. Lester. Pendant trente ans accompagnateur à la basse au sein des Soul Blues Boys, le backing band de Junior Kimbrough, Little Joe Ayers, surmontant son appréhension des vols aériens est venu jouer au country picnic de Crissier comme il le ferait pour un de ceux de sa région d’origine. Ami de longue date de Kenny Brown (qui a organisé le déplacement de tous ces musiciens du nord Missississippi) c’est sur le porche de celui-ci que Little Joe Ayers a enregistré un unique album à ce jour sous son nom, Backatchya qui reprend à la guitare claudicante et à la voix éraillée plusieurs titres de Junior Kimbrough. Sur scène ponctuant ses titres de “Well well well”,  il nous donne le frisson que l’on a pu ressentir à l’écoute de titres live de R.L. Burnside, perpétuant ainsi la grande tradition musicale de ces collines du Mississippi.

Bill Abel

Bill Abel

Bill Abel lui succèdera et sous le soleil déclinant de cette soirée où la fraicheur saisit nombre de spectateurs, celui-ci se livrera à un véritable numéro de virtuose à la guitare, appuyé par les inoxydables Eric Deaton et Wallace Lester. Dommage que Sédryk du label Réaktion soit parti nous aurions pu vérifier si les riffs mississippiens étaient si différents de ceux des touaregs ou plus généralement de ceux de  guitaristes électriques ouest africains.

Nos amis partant se restaurer, nous en faisons tout autant  et donc nous avons fait l’impasse sur la prestation des helvètes de Luke Hilly & the Cavalry.

Scott H Biram

Scott H Biram

De retour devant la scène, déjà s’installe Scott H. Biram avec harmos et guitares. Ayant à son actif neuf albums sous son nom, ce déjanté n’a rien à envier par exemple à un Hasil Adkins. Victime d’un accident de la route en 2003 (sa voiture a rencontré un truck), cet allumé qui oscille entre country rock blues et punk, capte le public par ses évolutions dans tous les registres se foutant éperdument de savoir s’il doit y avoir une progression dans l’intensité durant un concert. Passant allègrement d’un genre à l’autre comme sur ses albums, Scott Biram démontre que les frontières musicales n’ont pas lieu d’être.

Kenny Brown

Kenny Brown

Kenny Brown lui succède. Devinez qui est à la basse? et à la batterie ? Que dire de la prestation de l’individu ? Intense, trop courte, la formule 45 minutes est parfois frustrante tant on attendrait plus d’artistes pour lesquels on s’est déplacé jusqu’en Suisse alors que l’on sait que nous ne les verrons probablement jamais ailleurs que dans le cadre de festival type celui de Crissier. Si vous ne l’avez pas acheté ou téléchargé dégotez le double album Can’t Stay Long ou payez vous la réédition de Goin’ Back to Mississippi de 1996, vous aurez une idée de la raison de notre transport en ces lieux.

Alwin Youngblood Hart

Alwin Youngblood Hart

Alvin Youngblood Hart, géant débonnaire reprendra quelques uns de ses classiques aussi bien dans le style hill country que dans des blues mâtinés de rythmes caribéens ou jamaïcains comme il peut en produire lors de ses prestations en public. Succès total pour ce guitariste que certains ont découvert lors du film de Wim Wenders The Soul of a Man. A la basse, imperturbable Eric est là, Wallace métronomique commence derrière sa batterie à sourire après plus de cinq heures de présence sur scène. Il sait qu’il ne lui reste plus que la jam qui verra tout ce beau monde revenir sur scène pour un final agréable.

Alors Crissier sur Missississippi comme se complait à le reproduire la presse ? Tout à fait par la place donnée et laissée par les programmateurs à Kenny Brown, parrain de ce festival, pour reproduire ce qui se fait lors du North Mississippi Hill Country Picnic depuis maintenant dix ans. Bien sûr laisser carte blanche à ces musiciens est une excellente chose tant cela permet de nous montrer la richesse de cette musique issue du nord de cet état.

Mais il convient de de rappeler que sur deux jours, Thomas et Vincent ont laissé carte blanche à chaque artiste. Qu’ils viennent d’Afrique, d’Europe ou des Etats Unis, tous ont démontré la richesse de ces musiques roots, de leur modernité, de leur continuité historique. La programmation foutraque où l’électrique peut passer avant l’électro acoustique dans l’ordre de programmation n’a en rien géné les festivaliers. Et quand le septuagénaire cheveux en catogan se met à bouger la tête à côté du jeune à la coupe déstructurée, quand le vieux baba partage le feeling avec des jeunes qui découvrent ce qui peut se cacher derrière le mot blues, le pari de nos jeunes programmateurs est gagné : continuer à définir les règles du blues et des musiques roots et laisser à chacun l’occasion de faire exploser les frontières musicales tout autant que géographiques !

Chapeau, Vincent et Thomas d’être au delà des artistes présents, l’âme de ce festival. Et sans attendre, rendez-vous pour la septième édition !

 

Serge Sabatié, photos J-CH Arav 1er jour, Miss Béa 2e jour 

Vidéos : Rapido1

 

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1 Commentaire
  1. paco 5 ans Il y a

    Magnifique papier (comme d’hab!), magnifiques photos (comment pourrait-il en être autrement avec Miss Béa!) pour un tout aussi magnifique festival semble t-il avec de sacrées pointures, des découvertes et cette géniale déjantée de Sarah Savoy…remember son passage au One Way! Ben ouais si j’avais su j’aurai venu..snif! Sinon le 7 et 8 aout à Mégêve se déroule la deuxième édition de son festival de Blues…j’ai pas encore la programmation mais j’y serai! bon week-end à tous et encore bravo à Sergio et à Béa. Paco.

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