Blues des deux rivières

Festival “Blues des deux rivières” à Belle Isle en Terre (5 et 6 octobre 2007)
Belle Isle en Terre, voilà un festival qui commence à compter dans le paysage blues hexagonal. Alors que la plupart des grands festivals français se déroulent durant la période estivale, le festival “Blues des deux rivières” (le Guic et le Léguer) à Belle Isle en Terre a lieu début octobre dans les côtes d’Armor (non loin de Guingamp et Lannion). Un pari risqué mais gagnant, car il y durant ce week end, un magnifique soleil brillait sur la Bretagne et le public était au rendez vous pour ces deux journées pleines de blues, comprenant deux grandes soirées en salle (6 groupes + invités)… des concerts dans les bars, un tremplin, des expositions, bref tout ce qu’il faut pour passer du bon temps. D’autant plus que l’accueil sur place est excellent et l’ambiance résolument festive. Même la concurrence d’un match de rugby France / Nouvelle Zélande n’a pas eu beaucoup d’influence sur la fréquentation, puisqu’il y avait encore plus de monde le samedi malgré ce sommet de la coupe du monde. Bref, cette 6e édition du festival de Belle Isle en Terre fut un incontestable succès et on ne peut que féliciter les organisateurs, programmateurs, bénévoles d’avoir pu monter un tel événement dans un si petit village alors qu’à Paris intra-muros, il n’y a pas de festival de blues digne de ce nom, pas plus qu’à Lyon, Marseille, Strasbourg etc…

Belle-Isle-en-terre-Alligator02 Belle-Isle-en-terre-Alligator01

En arrivant sur le site du festival, dès le hall d’entrée de la salle, je suis tombé nez à nez avec un impressionnant alligator grandeur nature du plus bel effet, réalisé à partir de grillage et de papier par des artistes de l’Atelier Cantonal de Travaux et d’Entraide (ACTE) de Riantec dans le Morbillan. L’animal est vraiment réussi (avec des lampes dans les yeux qui s’allument en soirée !!!) tout comme les personnages de Blackberry et Mr Boo Hoo, eux aussi grandeur nature, réalisés à partir de photos par les mêmes artistes avec la même technique. Quel super travail, à la fois inventif et bien dans l’esprit du blues. Vraiment superbe ! Nombreux sont ceux qui se sont fait photographiés à côté de ces œuvres à commencer par les musiciens eux même. J’en oublierais presque l’exposition photo de Guy Le Texier (un habitué des festivals de blues), axée majoritairement sur les photos de l’édition 2006 et les artistes programmés en 2007.

La première soirée débute avec deux groupes locaux, d’abord Escalier C, vainqueur du tremplin 2006 puis le duo acoustique Kevin Wright et Olga Bystram, des anglais installés depuis plus de 20 ans en Bretagne.

Belle-Isle-en-terre-K-Led Ba-Sam02 Belle-Isle-en-terre-K-Led Ba-Sam04 Belle-Isle-en-terre-Shanna18 Belle-Isle-en-terre-Shanna13

Mais, les choses sérieuses ont vraiment débuté avec l’arrivée sur scène de K-Led Ba’ Sam dans son beau costume blanc accompagné d’une formation inédite comprenant Charles Pasi à l’harmonica, Christophe Garreau à la basse, Julien Audigier à la batterie. Le groupe nous présente un répertoire complètement renouvelé par rapport à la prestation quelques jours auparavant au festival Blues en VO. Cette fois, K-Led Ba’ Sam propose un répertoire résolument orienté Chicago Blues des années 50, un répertoire monté sur mesure pour ce festival. Cette idée de monter un concert en forme d’hommage à ses idoles de Chicago devait traîner dans la tête de K-Led depuis un moment, et il a profité du rendez-vous breton pour le concrétiser. C’est vrai qu’il avait le groupe pour le faire avec en particulier un Charles Pasi dans un rôle de sideman plutôt inhabituel (il le fait avec Lise Hanick) qui s’est vraiment mis au service d’un groupe très homogène malgré sa composition inédite. Il a ensuite su exploser sur des morceaux d’harmonicistes comme “Don’t start me talking” mais aussi sur les hommage à Carey Bell et Junior Wells. K-Led Ba’Sam était un peu souffrant, pourtant, une fois sur scène, rien n’y paraissait, il s’est montré très à son aise aussi bien au chant qu’à la guitare avec une attaque bien tranchante, une grande fluidité dans les solos et un set rondement mené sans temps mort, enchaînant par exemple “My old friends” et un “From heaven right down to hell” avec une intro à la Elmore James. Il a été impressionnant de maîtrise sur la reprise de Muddy Waters “Sail on”. Si cette association des deux jeunes surdoués K-Led Ba’Sam / Charles Pasi a tenu toutes ses promesses, le public breton n’était pas au bout de ses surprises. Car, pour la fin de la soirée, K-Led nous présente son invitée exceptionnelle, la chanteuse Shanna Watertown. Pour la grande majorité des spectateurs qui ne la connaissait pas, la belle Shanna est LA révélation du festival. Il faut dire qu’elle n’a pas mis longtemps à charmer le public. La scène est son jardin, elle y évolue avec une aisance déconcertante, avec des attitudes directement inspirées de ce qu’on peut voir dans les clubs des ghettos US, terriblement sexy avec cependant une classe et une élégance qui force le respect. Sa voix est exceptionnelle par son timbre, son relief et ses nuances. Elle possède une puissance lui permettant de pousser la voix mais elle peut aussi imposer une voix de velours terriblement sensuelle sur des passages lents. Elle impressionne aussi par son regard et son sourire de tous les instants. Shanna s’est parfaitement intégrée dans le concert résolument Chicago blues de K-Led Ba’ Sam et son groupe, reprenant notamment 3 titres du répertoire de Koko Taylor, parfaitement accompagné par un groupe qui a su s’effacer derrière sa chanteuse. Au rappel, elle a chanté un “Wang Dang Doodle” très festif, durant lequel les musiciens Danois e HP Lange sont venus la rejoindre; quelle belle fin de soirée !

Il est déjà 2h du mat et on en a presque oublié que c’était Lola Gulley, une autre formidable chanteuse qui était initialement programmée.

L’après midi du samedi est en grande partie consacré au tremplin blues. Si le niveau est homogène et intéressant, il a le mérite d’opposer trois formations aux styles et aux influences très différentes. D’abord, le duo acoustique de Philippe Kérouault (ex Kap blues) qui a présenté une musique éclectique allant de Robert Johnson aux Neville Brothers, avec une bonne maîtrise instrumentale et vocale, de la maturité, une large culture blues et une instrumentation variée et originale. C’est le groupe lillois Broken Back Daddy qui s’est produit ensuite dans un look résolument années 50 qui s’accorde parfaitement à leur musique, un Chicago blues très classique, style Muddy Waters, Willie Dixon & Co. S’il y avait eu un prix du plus beau costume, ils l’auraient emporté haut la main ! Ils ont joué un répertoire de reprises de manière très respectueuse avec une bonne mise en place. Le troisième groupe finaliste était Dizzy Town Blues, une jeune formation bretonne. Leur musique est originale, moderne, métissée, avec un esprit blues, un son jazz (surtout à la guitare), une énergie rock (notamment au chant) et une bonne maîtrise instrumentale. C’est le groupe Dizzy Town Blues qui a remporté le plus de suffrages devançant Philippe Kérouault et Broken Back Daddy. On retrouvera avec plaisir le jeune groupe breton à Thouars en mars 2008.

Après, quelques performances de groupes locaux dans les bars, la deuxième soirée du festival débute avec Blues Groove, un groupe de vétérans blues originaires d’Angleterre plus un guitariste français. L’originalité du groupe est que le chant et tenu par le batteur Ray King. Si l’ensemble tourne plutôt bien, interprétant un répertoire de standards, notre chanteur/batteur m’a un peu irrité par son manque de culture bluesistique, attribuant des grands classiques comme “All your love” à … John Mayall ! Je dois avouer que j’ai raté une bonne partie du concert, m’étant éclipsé pour aller voir la deuxième mi-temps du match qui opposait les rugbymen Français aux fameux All blacks et je ne l’ai pas regretté compte tenu du scénario du match (et du résultat aussi fantastique qu’inattendu).

C’est donc dans une certaine euphorie que je regagne la salle. Le concert de Blues Groove est alors terminé et j’ai raté leur invitée, la chanteuse Calli Baker, une vétérante que j’ai pu apercevoir lors de la balance, et visiblement, ce petit bout de femme ne manque pas d’énergie, c’est de la dynamite !

J’arrive tout juste pour le concert très attendu des danois HP Lange & Delta connection, un groupe qui a déjà 5 cd à son actif. On m’en avait dit le plus grand bien et ma déception fut d’autant plus grande. Certes, il faut préciser d’entrée que HP Lange était lui aussi diminué par des problèmes de gorge lui empêchant de forcer sur sa voix. Ceci étant dit, si sa voix légèrement voilée a un timbre plutôt agréable, elle est surtout monocorde, sans relief et sans puissance (ok, le problème de gorge y était pour quelque chose). Les quatre musiciens sont excessivement statiques, sans jeux de scène, donnant parfois l’impression (sans doute fausse) de s’ennuyer. Pour un répertoire roots du delta blues au country blues, de RL Burnside à Robert Johnson, je trouve que l’ensemble manque d’énergie, de folie, de tripes et de changements de rythmes. Tout le concert s’est fait sur le même tempo. C’est très propre mais calme et statique à l’opposé de Stinky Lou & the Goon Mat, de Little Victor ou de Ron Hacker. Cependant, le public ne semblait pas partager mes jugements, réservant un beau succès au groupe danois.

Belle-Isle-en-terre-DTW03 Belle-Isle-en-terre-DTW14 Belle-Isle-en-terre-DTW06

Se présente alors sur scène l’autre reine du festival, la chanteuse canadienne Dawn Tyler Watson, accompagnée de 3 musiciens canadiens (guitare, basse batterie). Cette composition de groupe a surpris une bonne partie du public qui l’attendait plutôt en duo acoustique comme sur son dernier CD. Et puis, on n’oublie pas non plus que le public français l’avait découvert il y a quelques années à Cognac dans cette formule de duo acoustique. Tout comme Shanna, elle possède toutes les qualités d’une grande chanteuse, n’ayant aucun mal à charmer le public par son sourire, sa classe, sa voix sensuelle et jazzy, son aisance sur scène et son accent canadien irrésistible. Elle utilise sa voix comme un véritable instrument faisant preuve d’une maîtrise vocale parfaite. Son répertoire est très éclectique (blues, jazz, pop, rock) comprenant bien sûr quelques unes de ses compositions mais aussi des reprises allant de Janis Joplin (Mercedes Benz) à Tina Turner (Nutbusch city limits). Elle arrive à tirer son épingle du jeu quel que soit le morceau et le style. Par contre, j’ai été beaucoup moins convaincu par ses accompagnateurs, en particulier par Paul Deslauriers bien loin du maestro annoncé, le bucheron canadien qui joue de la guitare comme d’une tronçonneuse, envoyant du gros rock qui tâche qui s’accorde mal avec la voix toute en nuance de Dawn Tyler Watson. Paul Deslauriers se débrouille sans doute mieux en acoustique (dommage qu’il n’ait pas touché sa guitare acoustique qui était pourtant bien présente sur la scène), mais, dans une formule électrique, il faut reconnaître qu’il n’a pas le feeling blues mais plutôt une énergie rock. J’ai regretté la finesse, le swing et la classe d’Anthony Stelmaszak qui avait accompagné Dawn Tyler Watson à la guitare lors de ses précédentes tournées européennes. Cependant, il faut saluer les bonnes intentions des programmateurs qui ont eu le mérite de faire venir un groupe complet et bien rodé.

Et puis, ne boudons pas notre plaisir, ce n’est quand même pas tous les week end qu’on a la possibilité de voir deux chanteuses de classe mondiale comme Dawn Tyler Watson et Shanna.

J’ajouterais que le spectacle n’était pas uniquement dans la salle, car en parallèle du concert de Dawn Tyler Watson, une jam session s’est improvisée en dehors de la salle autour des musiciens danois de HP Lange avec notamment des musiciens ayant participé au tremplin comme Philippe Kérouault et David Chevalier (Dizzy town blues). L’ambiance générale (dans et en dehors de la salle) était résolument festive et je suis persuadé que la victoire de l’équipe de France de rugby était un plus qui incitait le public comme les musiciens à se lâcher. La buvette a aussi visiblement bien marché, tout le monde était heureux à la fin de cette deuxième soirée, bref, l’objectif était largement atteint et on reviendra avec plaisir l’année prochaine.

Jocelyn

 

les 5 derniers articles de Jocelyn Richez

0 Commentaires

Laisser une réponse

DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?