Revelation Records

Best Of Revelation Records 1952-1962 • NarroWay Records
A force de vous parler des disques issus de la musique religieuse, les gens vont finir par croire que j’ai viré ma cuti, ou bien que j’ai trouvé refuge dans la religion. Non rassurez vous, même le vin de messe ne m’attire pas … il est servi trop frais ! Contrairement à ce qu’un « haut spécialiste » déclarait il y a quelques semaines sur une chaine TV dite culturelle, il n’est pas nécessaire d’être croyant pour comprendre le Gospel, le premier mécréant venu peut apprécier pleinement ce registre. Cela reste une question de son et de feeling !

Best of Revelation Records 1959-1962

Best of Revelation Records 1959-1962

Nous devons cette compilation consacrée au label Revelation à Per Notini. Contrairement à ce que son patronyme pourrait laisser supposer, Per Notini n’est pas italien mais suédois. Gros collectionneur de disques, Per a été pianiste. En 1967 il accompagne Magic Sam sur l’album « West Side Soul » et a failli devenir pianiste au sein du groupe de Howlin Wolf, mais le garçon préfèrera à l’époque rentrer chez lui à Stockholm reprendre ses études. Vingt ans plus tard, on le retrouve aux claviers sur un album de Big Jack Johnson et accompagnateur de Jimmy McCracklin et Nappy Brown lors de tournées européennes.

D’un seul coup d’un seul, le suédois se retrouve converti, il a trouvé Dieu et cesse de s’intéresser à la musique séculière. Il se marie avec une pasteure luthérienne.

Désormais lorsque son nom apparait, c’est dans des rôles de producteur, rédacteur de livret ou de photographe. En 1976, avec Jonas Bernholm il fonde Route 66 Records, un label dédié au R&B, publiant une vingtaine de vinyles qui méritent d’être recherchés. Notini enchaîne avec Gospel Jubilee Records (rien à voir avec son homonyme fondé par Ralph Raper à la fin des fifties). En 2002 les deux amis se lancent dans une nouvelle aventure avec Gospel Friend, un label consacré comme son nom l’indique clairement au Gospel. La petite maison de disque publie au fil des années des recueils salués par la presse spécialisée : Marie Knight, J. Earle Hines & his Goodwill Singers, Clara Ward, The Dixie Hummingbirds, Georgia Peach, Gay Family sans oublier une compilation dédiée au Gospel de Caroline du Sud.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Cette compilation consacrée au label Revelation Records, un label new yorkais indépendant qui aura sévi durant trois ans, permet de découvrir de nombreux illustres inconnus. Fondé par John Bowden, Revelation a à son actif près de cinquante singles. Bowden va s’appuyer sur les connections de Bobby Robinson. Ce dernier va tenir un rôle de talent scout, dénicheur de talent si vous préférez. Si son label Red Robin est spécialisé dans le R&B et le Blues, Robinson a dans son catalogue quelques groupes évangéliques comme Robert Ross Singers et The Blind Boys of Washington. Robinson n’est pas dupe, il a bien vu que le marché est fructueux, il n’y a qu’à voir les ventes des labels phares : Peacock, Vee-Jay, Swing Time et Big Town tous tenus par des hommes d’affaire de couleur. Specialty, King, Federal, Regent et Savoy connaissent eux aussi une période riche. Propriétaire d’un magasin de disques à Harlem, le Bobby’s Records Shop, qu’il a ouvert en 1946, Robinson est aussi le fondateur des labels Whirlin’ Disc Records, Fury, Everlast, Fire, et Enjoy. Il en gère une partie avec son frère Danny et préfère se concentrer sur le doo-wop, le R&B, le Blues et la Soul.

Robinson connait une réussite étonnante depuis 1959. En l’espace de deux ans il accumule les succès : « Kansas City » (Wilbert Harrison), « Fannie Mae » (Buster Brown), « The Sky Is Crying » (Elmore James) et « Ya Ya » de Lee Dorsey en 1961. Si Robinson publie un album du Cross Jordan Singers sur le label Enjoy, il ne tient pas à s’éparpiller plus qu’il ne le faut. Son rôle au sein du label Révélation consiste à donner un coup de main, à suggérer et conseiller.

Pour John Bowden, homme discret et futur producteur des labels Ark et HOB (House of Beauty), cette collaboration est une affaire en or. Pendant trois ans, Revelation va enregistrer près d’une cinquantaine de singles orientés sur des artistes peu connus. Le répertoire ne reste pas figé et comprend des ensembles pentecôtistes, baptistes, des quartets féminins et masculins et des duos. Certaines formations prennent de l’ampleur avec l’apport d’instruments (guitare, piano) alors que d’autres sonnent plus roots avec des chants a cappella.

« Best Of Revelation Records » regroupe 27 titres. Hormis Cross Jordan Singers (présent sur deux titres) et The Five Singing Stars les artistes compilés ici n’accèderont guère à la notoriété. Certaines de ces formations n’enregistreront qu’un ou deux singles. Belle occasion de se pencher sur ces groupes inconnus, qui le temps d’un single auront mis leur pierre à l’édifice.

The Holy Wonders est un quartet masculin originaire du New Jersey. Le groupe ne semble n’avoir enregistré que deux singles chez Revelation. Le quintet Herman Stevens Singers fondé en 1952 par le Professor Herman Stevens s’articulait autour d’un trident vocal féminin composé de Dorothy McLeod, comparée à l’époque à Mahalia Jackson, Helen Bryant, auteur d’un single de deep soul pour le label Fury et Evelyn Archer. La voix de basse était tenue par Herbert Carson (mari de Dorothy). Organiste réputé, Herman Stevens aura longtemps œuvré comme accompagnateur pour Savoy. Si le groupe tournait principalement dans le New Jersey, à New York et à Philadelphie, il aura aussi été programmé en juillet 59 au Newport Jazz Festival. Le décès de leur chanteuse principale en 1961 ralentira les activités du groupe. Herman Stevens organiste habitué de l’Apollo Theater décèdera en 1970. L’ensemble a gravé un album en 1962 pour ABC. Fondé en 1947 à Nashville, The Cross Jordan Singers débutent leur discographie sur le label Scatt de Zell Sanders. Sous la houlette de James Milligan, le groupe aura une forte influence sur le gospel fifties. Ce sextet enregistrera quatre singles et un album Revelation. On les retrouve plus tard chez HOB, Sphere Sound (réédition du Revelation), Diamond Jubilee et enfin Locus en 1979. Au décès de leur leader en juillet 84, Robert Covington reprendra les rennes de l’attelage avec deux albums publiés. Le décès de leur dernier leader en février 2012 semble avoir été fatal au groupe.

Originaire de Brooklyn, The Five Singing Stars s’est produit sous plusieurs appellations. Ancien choriste d’Edna Gallmon Cooke, Tommy Ellison a chanté dans plusieurs formations phares (Harmonizing Four, Sensational Nightingales, The Chosen Gospel Singers et brièvement pour les Soul Stirrers). Le groupe a enregistré pour Peacock, Nashboro, Atlanta International Records (AIR) et retrouvera John Bowden à la fin des sixties sur le label HOB. Tommy Ellison nous a quitté en janvier 2009, mais le groupe existe encore dirigé par le guitariste Dennis Bowers. Quelque soit son nom de scène, le groupe s’était produit au Madison Square Garden, au Carnegie Hall et à l’Apollo Theater. The Drexel Singers, formation de Baltimore (Maryland) n’aurait enregistré que cinq microsillons pour Asnes et Revelation. Mais le groupe était passé au Carnegie Hall en avril 1959 à l’instigation d’Alan Lomax en même temps que le Selah Jubilee Singers, Muddy Waters, Memphis Slim, Pete et Mike Seeger.

Excellente soprano, Christine Clark enregistre son premier single pour Savoy en février 1956. Repérée lors d’un concours amateur à l’Apollo Theater elle sera managée par le fils du responsable de programmation. Mariée au steel guitariste Sam Windom (accompagnateur au sein des Ward Singers) elle grave son second single pour Revelation en 1960. On l’a retrouve en Live sur un album Gospel Caravan, lors d’un concert produit par Doc Wheeler et Fred Barr. Christine Clark est morte d’un cancer très jeune. Si The Mighty Gospel Giants, existent depuis la fin des années 40, le groupe d’Edward Cook n’enregistrera qu’une seule pièce pour Revelation. L’ensemble mettra en boite une poignée de singles pour Savoy et Nashboro. Mais c’est chez Minit que le groupe grave son premier LP, suivi de « It’s A Needed Time » chez Veep. En 1981, alors que le label est plus ou moins à l’abandon, ils apparaissent sur un 33 tours Nashboro. Edward Cook décèdera en 2009 à 88 ans. Les membres n’étaient pas professionnels, ils avaient tous un métier et ne se produisaient que le soir ou le week end. The Gospel Twilights, une troupe féminine, n’enregistrera qu’une poignée de singles pour Simpson et Delden Records. Cet ensemble peu connu mettra en boite deux microsillons pour la firme de John Bowden.

Autre poids lourd du Gospel, même si son nom demeure peu connu du grand public, Dewey Young a chanté au sein des Swan Silvertones de Claude Jeter entre 1953 et 56 ; entre 1957 et 59 il intègre The Sensational Nightingales de Julius Cheeks et monte son propre groupe en 1960 Dewey Young and the Flying Clouds (sans lien avec le groupe homonyme de Detroit ni celui de Montgomery). Dewey Young n’aura gravé que deux 45 tours pour Revelation. En 1965, Sphere Sound édite l’album « God Bless Our Home » tiré de son titre phare et réédition d’un LP Revelation. The Brooklyn All-Stars et The Bates Family reprendront ce titre avec succès. Devenu Pasteur, Dewey Young participera au discours funéraire de Julius Cheeks en 1981. Dewey Young serait décédé il y a quelques années. Le quartet féminin The Gospel Challengers n’a enregistré qu’un unique single pour John Bowden. Elizabeth Dargan, une formidable voix de tête alto, rejoindra en 1961 The Andrewettes, le groupe d’Inez Andrew avec à la clef un album pour Songbird, filiale de Peacock. Liz Dargan fera plusieurs tournées en Europe au milieu des sixties. A la fin des sixties, Liz monte son propre groupe Liz and the Gospelettes. Le répertoire se modernise avec l’apport d’un contenu Soul rappelant Barbara & the Brown. Liz et ses Gospelettes enregistreront quatre singles et deux albums « Surely God Is Able » publié en 1976 par ABC Songbird et « I Must Tell Jesus » pour Savoy. Liz Dargan faisait aussi partie des Drexel Singers, autre groupe de Baltimore.

The Pressers Of Christ n’a gravé qu’un seul unique 45 tours et le groupe totalement inconnu serait resté dans les abysses de l’obscurité s’il n’avait pas eu Carl Davis en son sein. Ancien choriste d’Edna Gallmon Cooke, le chanteur montera ensuite The Florida Robins et remplacera en 1965 Claude Jeter chez les Swan Silvertones, jusqu’en 1968. Au début des années 90, Carl Davis intègrera les Dixie Hummingbirds. Inconnu en Europe, Leola Brown Radio Gospel Chorus est un duo composé de Leola Brown et Hattie Williams. Les deux chanteuses n’enregistreront qu’un unique single pour Revelation en 1962. Elles enchaineront chez Ark avec deux autres 45 t. jusqu’à ce que Leola fonde son propre label, L.Brown, avec plusieurs singles et un album « Live At The Savoy Manor Of NYC ». Autre groupe originaire de Baltimore, The Chariot Wheels enregistreront un single en 1961 pour Revelation, le groupe gravera ensuite trois microsillons en 63 pour Gospel et deux albums pour Savoy « How Blessed You Are » et « Evil World ».

On ignore tout des autres formations présentement compilées, si ce n’est qu’elles enregistrèrent un single pour Revelation. Per Notini déclarait avant la sortie de cette compilation qu’il s’était mis à la recherche des singles Revelation depuis 2005 et qu’il en possédait 44. Lors d’une récente interview, le suédois se déclarait désolé de n’avoir pu recueillir plus de renseignements sur certains groupes.

Magie du net, le fondateur des Carolina Kings, George Hargrove découvrait avec joie la publication et contactait le Site Gospel Music Fever pour leur apprendre que son groupe avait été fondé en 1952 et que tous ses anciens coéquipiers écoutaient du Gospel … au paradis. Hargrove côtoyait souvent lors de shows radio les Gospel Harmanaires et là aussi tous les membres du groupe semblent avoir passé l’arme à gauche.

Conclusion, cette compilation agrémentée d’un bon livret de 16 pages, mérite une attention soutenue. Hormis le « Down By The Riverside » du Christian Tabernacle Choir Of N.Y. archi rabâché et à un degré moindre « Peace In The Valley » d’Herman Stevens Singers trop mollasson, les 25 autres plages méritent une Mention. Signalons la qualité sonore exemplaire, tous les titres ont bénéficiés d’un dépoussiérage. Enfin contrairement aux publications anglaises, Per Notini a respecté l’ordre chronologique des singles d’origine.

Ah … dernière recommandation, afin de conserver nos lecteurs, nous leur conseillons vivement d’éviter tout contact avec le guitariste George Hargrove, celui-ci ne semblant pas porter chance à ses connaissances.

Le Kingbee

Sources :
Encyclopedia Of American Gospel Music (WK McNeil)
Folk Music And Modern Sound (William Ferris)
The Golden Age Of Gospel (H.C. Boyer)
The Gospel Sound – Good News and Bad Times (Anthony Heilbut)

www.theblackgospelblog.com
www.hollygrooverecords.com
www.recordconnexion.nl
www.globaldogproductions.info

 

 

les 5 derniers articles de kingbee

0 Commentaires

Laisser une réponse

DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?