Andergraun vibrations

Les Disques

Il y a un an environ étaient sortis deux albums vinyle représentant une compilation de morceaux de groupes espagnols qualifiés d’underground des années 70. Cette compilation est ressortie il y a peu en CD. En fait nous avons sur ce CD trois des quatre faces de l’édition vinyle.
Ce disque par miracle est arrivé sur ma platine et sans dire que j’en fais mon disque de chevet, je lui reconnais quelques qualités rares que n’offrent pas toujours les rééditions de groupes antidéluviens que l’on retrouve dans quelques catalogues spécialisés. Il nous restitue brut de décoffrage une période méconnue de la musique rock espagnole bien antérieure au boom latino alternatif des années 90.

Que les plus de 60 ans m’excusent si je reviens rapidement sur le contexte de l’époque où ces titres ont été enregistrés. L’Espagne de l’époque que couvre cet album (sur les 16 titres, un seul est postérieur à la mort du caudillo en 1975) est celle des derniers soubresauts de la dictature franquiste agonisante, des condamnations à mort de militants basques à Burgos en 1970, du garrotage par strangulation de Salvador Puig i Antich en 1974….
Dans le même temps, l’Espagne après avoir accueilli massivement les touristes nord européens, (rentrée de devises oblige), commençait à recevoir la visite de nouveaux touristes aux cheveux hirsutes, aux modes de vie complètement différents de celui de leurs aînés comme le montre le film More de Barbet Schroeder (1969).
C’est dans un tel contexte que de jeunes espagnols dans leur coin composaient avec les moyens du bord ! Principalement sur Madrid, Valence et (déjà) Barcelone, des groupes se formaient et essayaient de reproduire le son des groupes anglo-saxons de la période.
Rajoutons pour être complet que si ces morceaux sont aujourd’hui disponibles, certains sont excessivement rares dans leur version originale (en 45 tours la plupart du temps), Certains de ces 45 tours à l’époque sont restés à l’état promotionnel sans diffuseurs, sans relais musicaux . D’autres ont eu une diffusion quasi clandestine ou bien les impératifs de la vie ont conduit à des séparations de groupes. Parfois certains 45 tours sortaient sans que le label sache qui se cachait derrière le nom du groupe. Quelques rares survivants de cette période officient encore dans le milieu musical actuel. Mais l’énorme majorité d’entre eux ont disparu purement et simplement.
Cette compilation est révélatrice de l’impact qu’eurent sur cette jeunesse avide de sons nouveaux les Hendrix, Cream, Soft Machine et bien d’autres. Il convient de ne pas se fier au sous titre de l’album (Spanish Hard Psych and Beyond, 1970-1978) car si les guitares fuzz et les pédale wah wah sont à l’honneur sur certains titres, ce n’est pas uniquement du proto rock progressif dont il est ici question. Il est vrai que Expression, Madera de Ciprés, Xetsu (dont les textes sont en galicien), The Matches, Shock (dont la rythmique est très punk avant l’heure) utilisent abondamment les effets de guitare mais qui pourraient leur reprocher de s’identifier à leur célèbres références ? All or nothing n’est pas un vrai groupe mais le regroupement de différentes sessions enregistrées dans un studio par un chroniqueur musical où en plein milieu du morceau qui donne son titre quasi éponyme à ce CD (Underground Vibrations n°2), batteur et clavier partent sur une déclinaison d’Iron Butterfly que l’on dirait extraite d’In -A-Gadda-Vida !
Si Gallaxia s’essaye à une fusion rock progressif et flamenco que dire de Modification dont le son lourd emprunte à Steppenwolf ou Ciclon dont l’intro de Mr Mague (1978) est digne d’un Black Sabbath période Paranoid. Skorpis dont deux titres figurent sur ce CD oscille entre Cream (pour la batterie) et Jetho Tull (pour la flute). Ibiza Sound se voulait dans la lignée de Soft Machine mais leur morceau se rapproche davantage d’un Can allégé. Albert Band avec Ella tiene el cabello rubio est digne de figurer à côté de leurs illustres émules : Led Zeppelin. Rudy Ventura signe avec Soy un soñador un titre où le trompettiste dans deux interventions ébouriffantes démontre que cet instrument peut très bien se marier avec un rock pêchu.
Les membres de ces groupes d’outre-Pyrénées n’ont pas à rougir d’avoir tenté de s’identifier à un renouveau musical quel que soit le genre (hard, psychédélic, rock progressif, blues rock,…) et les qualités d’enregistrement qu’ils eurent. Cette compilation devrait nous rappeler que le petit monde francophone ne fut pas le seul a être percuté dans les 70’s par la vague de fonds qui modifia radicalement le comportement de la jeunesse. Et qu’en Espagne comme dans d’autres contrées, des musiciens jeunes s’essayèrent à apporter leur contribution à un mouvement sociétal qui ne se réduit pas à la simple production musicale
Au total, une excellente compilation (éditée par un petit label espagnol, Hundergrum Records, qui annonce un Volume 2) qui devrait dépasser le simple cadre des “ethnologues musicaux” pour atteindre d’autres consomacteurs touchés par la fraîcheur de ces productions !

Serge Sabatie

 

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