Roll On, buddies…

Roll On – JJ Cale – Rounder
Entre “Roll On” de JJ Cale et “Gran Torino” de Clint Eastwood c’est un peu le même cagnard de l’Amérique qui vous laboure le coeur comme un éperon de cristal ou les chromes d’un enjoliveur. En effet enregistré en 72 en même temps que la bagnole sortait des ateliers de la Wendy City, JJ Cale nous balançait “Really” sur les platines. De Tulsa à Detroit la connexion improbable mais évidente s’établit plus de trente ans après.

Pour ne pas se fouler certains écrivent que nos deux lascars bossent à l’ancienne ou qu’ils sont intemporels (Ho putain ! On dirait du Guy Béart. Décroche le fusil Chérie et achève moi !) sauf que le vieux Clint à l’époque tout le monde lui a chié dessus en le traitant de facho tout en soutenant les Khmers rouges et leur equarissage idéologique… les mêmes font la brasse dans les moquettes épaisses des ministères aujourd’hui. Et que pour le premier quand je posais à l’époque son petit bijou sur la platine beaucoup se mettait à tirer la tronche en me demandant qu’est ce que c’était que cette merde. Les mêmes qui plus tard se sont mis à croire aimer le jazz en écoutant Sade ou Norah Jones. Qu’est ce que ça doit être aujourd’hui ?
D’autres tout aussi feignasses en rajoutait une louche en affirmant que Clapton et Knopfler lui ont tout piqué et en sont restés là sans bien sur pour la plupart continuer à écouter ses disques. Il faut dire que le vieil ours ne se laisse pas facilement approcher et encore moins accrocher d’étiquettes même si son jeu de guitare a été plus pompé qu’une tireuse de Perfect Draft dans un bar de l’East End ou de Belfast un soir de St Patrick.

A la manière d’un Carver pour la littérature sa musique peut paraître faussement simple alors que Gainsbourg dans une interview affirmait que “Shades” le disque bleu à la gitane était un de ses préférés, qu’il l’écoutait en boucle sans réussir à en percer le secret et ce ne sont certainement pas les 14 titres de “Roll On” qui vont arrêter de l’asticoter au fond de sa boite.
“Who Knews” chicore d’entrée avec son bourdon vicelard au sax, dangereux et entêtant comme un serpent à sonnette que l’on aurait dérangé et qui serait prêt à bondir mais sans que l’on sache d’où du fond de la grange, à l’image de la prise de son… heu rustique, voix en avant, swing sur le bord de la caisse claire, solo de guitare pointilliste digne du supplice de la goutte d’eau et JJ au final partant en vrille à la limite du scat déglingué. Ce mec fout vraiment les foies par instant.

“Former me” balance les blots dans le piano entre Léon Redbone, Thélénious Monk et Mose Allison pour une ballade à la limite d’un ragtime réarrangé au coeur duquel une batterie que l’on aurait remontée du fond d’un lac mailloche bizarrement. Pas une seule note de guitare. Etrange et tout aussi frappadingue. Heureusement “Where The Sun Don’t Shine” remet les pendules à l’heure même si c’est à coups de talons dans le cadran et en tordant les aiguilles de la mélodie. Un riff de Fender Rhodes saturé comme un ciel d’orage grésille aussi schtarbé, malsain et entêtant qu’aurait put l’être celui d’un Martin Rev dont JJ Cale n’a certainement jamais entendu parler et si celui-ci était né à Tulsa plutôt que dans la Big Apple. Sur un beat de caisse claire, tout en nerfs, roulements secs, swing précis et régulier à la manière d’un washboard découpé dans de la tôle irradié, la voix cramée démultipliée déboule comme une chorale de crotales. Puis les doigts qu’il affirmait passer à la térébenthine pour obtenir ce son frottent les cordes graves et médiums pour un solo final diabolique. Grand titre !

“Down To Memphis” dans une veine plus classique est de celles qui ont livrés déjà moultes pépites depuis “Oakie”. Une section de cuivres ponctue des parties de grattes sur lesquelles pas mal d’aspirants guitaristes risquent encore de s’éplucher les doigts jusqu’au sang. Bref un futur standard !
“Strange Days” s’organise autour d’un riff de banjo sautillant. La voix d’une douceur infinie livre quelque chose de très intime… une sorte de bilan fataliste.
“Cherry Street” est de la graine de reprises ou plutôt du grain dont on fait les meilleurs tord-boyaux de ce coté du Sud. Il va y avoir du monde dans la salle d’attente. Si ces fous furieux du Lynyrd était encore de ce monde j’ose à peine imaginer le honky-tonk d’enfer qu’ils nous auraient goupillé.
“Fonda Lina” ferait taper du pied à un serpent à sonnettes, la guitare carillonne dans tous les sens sauf que ce n’est pas le marchand de glaces… car ce truc se déguste sec.
“Leaving In The Morning” a presque un coté Dylanien dans la diction de JJ et la mélodie, période “Oh Mercy” mais sans la prise de son cireuse à la noix du père Daniel.
“Ho Mary” se rapproche de “Cherry Street”. Même tempo endiablé et comme le titre de l’album… ça le fait! Pourvu que le Jojo ne tombe pas la dessus pour son quart d’heure syndical Rock n’ Roll au cours de ces concerts. Ça me ferait trop mal de l’entendre saloper ce petit bijou, beuglantes botoxés et guitares heavy pour son public de bikers à bouillotes.
“Old Friend” est taillé pour la route avec un petit côté californien mais pas celui des plages à bimbos mais plutôt celle des montagnes reliant L.A. et Palms Springs.
“Roll On” secoue les cocotiers qui ont permis à Clapton de ressusciter sur “Ocean Boulevard”. Pas le meilleur titre mais on sent que ces deux là se font plaisir. Niveau grattes c’est Noël devant le mobil home.
“Bring Down The Curtain” fait feu de tout bois, piano et guitare acoustique dans un premier temps jusqu’à ce que derrière quelqu’un branche l’électricité tandis que JJ marmonne son texte à la manière d’un vétéran de l’existence… ce que l’on est tous en fait et à tout âge une seconde avant d’y passer.
Eastwood aurait pour devise “Je le fais… c’est tout”.
Ces deux là ont encore tant de choses à nous dire sans décrocher un mot.
Ne passez pas à coté et… ROLL ON BUDDIES !

http://jjcale.com/
http://www.myspace.com/jjcale
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Paco

 

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