Notre homme : Steve Forbert…

Meridian est une petite ville nichée au fin fond du Mississippi. Il y a quelque chose de la nostalgie des romans de Carsons Mc Cullers dans son aspect bucolique souligné par les 50 chevaux de bois peints du Town Carousels, le “Causeyville General Store” qui est un des plus vieux magasin des Etats-Unis, son “Museum of Art Theatre”, son auditorium où le public se presse pour des concerts de musique classique et ses maisons victoriennes de “Merrehope” typique de l’histoire de la région. Maintenant regardons sous le tapis, c’est aussi la ville du “James Chaney Mémorial” ce jeune noir massacré en 1964 avec Michaël Schwerner et Andrew Goodman à Philadelphie Town pas trés loin d’ici dans le même état et aussi la ville de naissance de Jimmie Rodgers. Il est d’ailleurs duraille de penser que les salopards encagoulés qui les ont massacrés adoraient écouter ces chansons sur le juke box du coin ou au volant de leurs caisses.

C’est donc à Meridian qu’est né en 1955 Steve Forbert. Dans les premières années de sa vie, il semble suivre le parcours classique de tous les teenagers du coin. High school, base ball, barbecue dominical et formation de groupes locaux au sein desquels il tient la guitare après en avoir appris les rudiments dés l’age de 11 ans. Mais la aussi un grain de sable ou plutôt de poussière, la poussière de la route, allait gripper la belle machine à formater le bon américain moyen. Est ce la lecture de Kérouac, l’écoute en boucle des titres de Jimmy Rodgers, la proximité des jukes joints aux alentours mais tout cela a dut faire son chemin dans le crâne d’un jeune kid de Meridian que j’imagine trés bien bosser “Stop Breaking Down” en solitaire le long des rives des Bonita Lakes quand le soleil se couche derrière comme un grand fauve. Donc après avoir été routier et pour être en accord avec ses rèves, Steve balance tout et prend un Greyhound qui le conduit à New York où il échoue sans un sou en poche mais avec sa guitare et des étoiles pleins les yeux.
Pour payer sa première nuit d’hôtel, il n’a pas d’autres choix que de faire la manche… manche qu’il continuera de faire durant les mois suivants pour bouffer tout en écumant le circuit des clubs Folk de la grosse pomme.
Mais l’époque est au punk naissant… fureur électrique… et le centre du monde est un club pourri situé dans le Bowery… Le GBGB où le même soir Patti Smith, Mink Deville, Télévision, les Ramones et les Deads Boys se succèdent. Pas un problême pour Little Stevie pour qui Grand Central Station avec ces putes, ces junkies, ces clodos et peu être les plus déglingués, c’est à dire les voyageurs “normaux” constituent son public de tous les jours. Mais déjà les maisons de disques l’ont dans leur viseur. Sa voix étrange, ses compos étonnamment mélodique, sa dégaine à la Macadam Cow Boy et ses textes poètiques leur font renifler le plan marketing style “nouveau Dylan” comme d’une façon récurente à intervalles réguliers elles essayent de nous refourguer n’importe quel gonze jouant de l’harmo en s’accompagnant à la guitare à moins que ce soit le contraire.

En 1980, il décroche la timbale en placant sa chanson “Romeo’s tune” dans le Billboard chart. Numéro 9 pendant plusieurs semaines, cette chanson est dédiée à Florence Ballard (remember the Supremes) et est tiré de son album “Jackrabbit Slim” sur lequel toute la crème des studios New Yorkais est présente. (En France l’équivalent ce serait “La ballade de Raymond Carver” détronnant Obispo et consorts des hits de Fun Radio ou Energy… Une faute de bon gout). Mais la félure est là. Trop de pression, d’émissions à la con où Steve a l’impression d’être un singe savant que l’on trimballe pour sa petite gueule et sa dégaine tellement typique ou de ploucs, c’est selon ce que l’on pense de lui, là ou il n’y a qu’une innocence de Pierrot lunaire à qui on est en train de bousiller ses rêves. Certains en crèvent comme Jeff Buckley ou Elliot Smith… lui un jour reprend son Grayhound et part s’exiler à Nashville, fonder une famille et recoller les morceaux après s’être fait virer de son label en 1982 après avoir sorti “Little Stevie Orbit” un petit bijou d’élégance Folk et Blues qui ne s’est pas vendu faute de promotion.

Ensuite, il entre en conflit frontal avec sa maison de disque qui ne va pas hésiter à bloquer des bandes de 1978 et 1981 jusqu’en 2001 et sur lesquels figurent des chansons du calibre de “It’s been a long time” et surtout “Song for the south” qui est pour moi une des plus belles compos jamais écrites. Ces enregistrements sont sortis chez Rolling Tide sous le titre “Young, guitar days” et c’est à se demander ce que certains avaient dans les oreilles pour ne pas sortir ça, à moins qu’ils ne le sachent trop bien et qu’ils préféraient pratiquer une politique de terre brulée pour que l’artiste ne puisse pas aller ailleurs.
Dans les années suivantes entre tournées accoustiques en solo ou avec son groupe Roughs Squirrels, Steve Forbert a sorti d’autres albums magnifiques tels que ” The American in me” en 1991 ou “Just like there’s nothin’ to it” en 2004 après avoir été remis en selle par Gary Tallent qui a produit “Streets of this town” en 1988 et Bruce Springsteen qui ont toujours été fans. De toute façon ce type ne sait pas faire autre chose et ce n’est pas à 51 ans et 25 albums dans l’étui à guitare qu’on le changera. Son dernier album qui vient de sortir s’intitule “Strange names & New sensations”. Je ne l’ai pas encore écouté mais tout ce que je sais c’est que Steve Forbert fait partie de ces artistes dont on reconnait le style dés l’intro… et dés que la voix se pointe, mes larmes se dressent et mes poils me viennent aux yeux. Un mec bien.
Pour se faire une idée, on peut visiter son site : www.steveforbert.com et visionner sur youtube des extraits live. Surtout que à ce qu’on dit une de ses chansons illustrerait le prochain film de Nicole Kidmann et que des artistes actuels tels que Neal Casal, Josh Rouse n’arrètent pas de le citer en tant qu’influence majeure.

Paco

 

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