20e Spring Blues Festival – Ecaussinnes

Chroniques de concert

Le Spring Blues ou Festival d’Ecaussinnes en Belgique fêtait ce samedi 12 mai son vingtième anniversaire. Certains vétérans nous avaient conseillé de nous munir de bottes et de cirés, que voulez vous les gens sont mauvaise langue ou pessimistes, parfois les deux ! Toujours est il que nous n’aurons essuyé que quelques gouttes et encore, la plupart du temps durant le trajet.
Je tiens avant tout à remercier les responsables de ce festival pour leur accueil, car le reste sera hélas plus mitigé, en dépit d’une programmation attirante et d’une météo clémente ; je signale aussi la présence d’un public sympathique, se partageant entre connaisseurs et gens du crû.

J’en profite également pour signaler la bonne prestation de notre confrère de Soul Bag, André Hobus, qui officiait en Maître de Cérémonie, voir de Monsieur Loyal.
Le Spring Blues se décline toujours sous la forme d’une multi programmation. En fait on y joue de 13h30 à minuit passé. Les organisateurs avaient concocté une programmation audacieuse et éclectique, juste comme il faut, de manière à maintenir l’attention du public, car il faut avouer qu’il n’est pas aisé de captiver et d’émouvoir un chapiteau durant 12 heures d’affilée.


Roland Tchakounté

C’était Roland Tchakounté qui avait l’honneur d’ouvrir les hostilités de fort belle manière. Pas facile de jouer pendant 90 minutes à une heure si inhabituelle. Bien présent au chant, bien accompagné en particulier par son compère Mick Ravassat à la slide, ainsi que d’une section rythmique autochtone avec les excellents Jack Thysen et Rudy Lenners, Roland aura parfaitement tenu son rôle d’éclaireur avec son Blues saupoudré d’ influences africaines. Que de chemin parcouru depuis ses concerts au Cristal et la sortie de « Bred Bouh Shuga Blues ». Une première totalement réussie.
Pour la seconde partie, c’était l’anglais Danny Bryant’s Redeyeband qui avait été convié. Je dois avouer que je pensais même que ce jeune anglais de 26 ans était belge, vu le nombre de concerts qu’il effectue au Plat Pays. Déjà auteur de cinq albums, ce qui peut laisser dubitatif quant à la qualité des dits albums, c’est sous une forme Power Trio que ce guitariste se produit. Bien mal accompagné par une section rythmique lourde, qui n’a visiblement aucune notion de ce que sont la délicatesse et le feeling, Bryant nous a délivré 90 minutes de banalités bruyantes et de poncifs proches d’un Rock FM agressif, rappelant plus les Scorpions, Rainbow et Twisted Sisters qu’autre chose. Dur à digérer, malgré des frites succulentes.


Charles Hayes (photo: mab/niaous)

En troisième main, c’était Charles Hayes et son band qui étaient conviés pour 90 minutes de Chicago Blues. Retiré de la scène depuis plus de vingt ans, cet ancien accompagnateur de John Lee Hooker avait fait un retour remarqué en 2004 au Festival d’Utrech. Considéré comme l’un des derniers réels représentants du Chicago Blues, Hayes a distillé une heure et demie durant, un répertoire de Chicago Blues vigoureux, gorgé d’influences sudistes et sans paillettes. Très correctement accompagné par Rick Kreher (guitare), Twist Turner (batterie) et de Greg McDaniel à la basse, du bon boulot auquel on aurait cependant aimé un peu plus de passion.


Diunna Greenleaf et Jonn Richardson


Fred Arceneaux

La partie centrale de la journée consistait en la venue de Diunna Greenleaf & Blue Mercy. Originaire de Houston, ce quatuor aura été la grosse satisfaction de la journée. Diunna a été récompensée par le prix de meilleure chanteuse Blues 2005… derrière l’indéboulonnable Etta James. Elle dispose avec son band d’accompagnateurs réputés, rompus au groove, avec le brillant et souriant Fred Arceneaux (déjà chroniqué avec Joe Doucet et entendu avec Earl Gillian, Trudy Lynn, Guitar Slim, Joe Guitar Hugues etc.) à la basse, le batteur Kevin Berry, et aussi du guitariste Jonn Richardson au phrasé aérien ; un nom à retenir assurément. Voix expressive, humour efficace, tenant magnifiquement la scène, Diunna et son groupe resteront selon moi la grosse satisfaction de cette longue journée.
Suite au combo texan, Lil’ Ed & the Blues Imperials prenaient possession de la scène. Lil ‘ Ed et son groupe jouent depuis 30 ans et enregistrent chez Alligator depuis 20. En général il n’y a pas de déception avec ce groupe qui allie un Blues slideur un peu à la Hound Dog Taylor, Rock and Roll et bonne humeur. Pour l’occasion, Little Ed Williams était accompagné du demi (façon de parler) frère James « Pookie » Young et de ses fidèles lieutenants Kelly Littleton et Michael Garrett à la guitare. Même quand on a vu l’homme au bonnet une dizaine de fois, celui-ci arrive toujours à intéresser plus ou moins le chaland. Le neveu de JB Hutto semble avoir comblé l’assistance.


Vasti Jackson

On parle peu de Vasti Jackson, accompagnateur de Katie Webster, ayant également collaboré avec BB King, CJ Chenier, Wynton Marsalis. Son dernier disque publié en 2003 chez VMJ méritait le détour. Hélas ce n’est qu’à une prestation de « guitar heroes » pleine d’esbroufe, d’un jeu hyper démonstratif dont il fût question ici. Seule la reprise archi rabâchée de « Hey Joe » avec le son de l’orgue aura réussi à éveiller l’attention. La photo du sieur Jackson semble d’ailleurs nous dire : « J’en fais trop … ! ».
Avec The Campbell Brothers c’était la Sacred Steel Music qui était à l’honneur. Cette musique issue d’une communauté religieuse afro-américaine qui emploie pedal steel et lap steel guitares est aussi prétexte à mettre le feu et à faire gronder les guitares peut être plus que nécessaire. Les quatre frères (Chuck, Darick, Phil et Carlton) accompagnés d’un bassiste à la curieuse coiffure punk n’avaient pas emporté dans leurs valises Katie Jackson et Denise Brown au chant mais une nouvelle petite chanteuse qui aura réussi en partie à impliquer le chapiteau malgré l’heure tardive et une certaine accumulation de sons.


Denise Lasalle

L’ultime affiche du festival nous aura permis de voir la brillante Denise Lasalle, malheureusement sans son orchestre attitré. Certainement pour une question budgétaire, c’est Vasti Jackson et ses équipiers qui étaient sur scène. Les excès démonstratifs de Jackson avaient fort heureusement été rangés au placard, certainement que Denise avait dû mettre le holà au cours de la seule répétition. Bien secondée par Karen Wolff (voix manquant cependant de relief) et avec le claviériste Joe Krown bien meilleur qu’au cours de sa prestation avec Jackson, Denise allait reprendre une partie de ses plus gros succès ouvrant avec le splendide « Lady in the Street ». Devant un public qui avait perdu une grosse partie de sa superbe, faute de combattants, Denise concluait ce Festival de fort belle manière.

C’est un son surpuissant (qui m’aura incité à rester en dehors du chapiteau les 2/3 tiers du temps) qui me restera en mémoire, et ce malgré la convivialité et le bon accueil. Je reste aussi dubitatif sur la médiocrité du quart des affiches proposées.

Le Kingbee
Photos : www.marie-photos.com
et Joël Bizon

Remerciements à Marie Bonnefoy et Joël Bizon pour les photos ainsi qu’à Michel R. qui m’a bien guidé chez nos amis Belges.

 

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