William Elliott Whitmore

Portrait

Alors celle là, je l’ai pas fait exprès mais il se trouve que William Elliott Whitmore est né dans le même état que Greg Brown. Quand j’écris même état, c’est à dire l’Iowa je veux dire géographique car vu la différence de carrure on est plus du coté « Des souris et des hommes » que des Dupont et Dupont, mais les voix par leur intensité sortent du même tonneau et Dieu ou plutôt le Diable sait qu’ils ont dû en vider des gallons pour s’en coltiner des pareilles. Pour Whitmore, c’est à croire qu’on lui a greffé des barbelés rouillés à la place des cordes vocales. Un choc !
Les textes à vifs sont autant de glaviots rageurs et sanguinolents balancés à la face de la bonne conscience des States. Il y a du « Lester Ballart » le héros disjoncté du roman « Un enfant de Dieu » de Cormac Mc Carthy voir du « Glen Davis » de Larry Brown dans ce que ces chansons charrient. Du brutal et qui fout par moment vraiment les foies. Le genre au pire à vous conduire dans le Death Row et au mieux permettre à certains de chanter réellement les saloperies de l’existence.
Physiquement notre homme tape dans le format de poche… mais à la façon d’un rasoir et ce ne sont pas ses tatouages multiples et son regard de dingue quand il envoie sur scène qui calmeront le jeu. Après l’avoir vu et entendu au Trabendo en première partie du concert de Mark Lanegan (Jetez une oreille sur son dernier album en compagnie de Greg Dulli, l’ancien leader des Afghans Whigs avec qui il forme les Gutters Twins… à l’image de la pochette l’orage gronde, brutal et vicelard.) et d’Isobela Campbell, il fut saisissant de voir la réaction du public comme tétanisé et le silence inquiet qui suivit quand il entama la première chanson, un gospel hanté, a capela avec pour seul accompagnement son poing fermé martelant sa poitrine.
Plus tard, je retrouvais le même au bar à siroter son Bourbon un peu paumé au milieu de cette faune bobo lookée « Inrockuptibles ». Il semblait émerger de quelque expérience extrême, souriant, complètement vidé et parlant avec une voix douce d’autant plus inquiétante après ce qu’il venait d’en faire. Au cinéma, Christopher Walken et Mickey Rourke draguent dans le même créneau comme si ils récuraient au fond d’eux mêmes une putain de cage aux fauves. Le tout est de ne pas oublier de refermer la porte. A la manière de « The Beast in me » que chantait Johnny Cash qui savait de quoi il retournait.
Depuis Rank and File, Mike Ness, Jeffrey Lee Pierce et quelques autres, Punk US, Country et Blues ont souvent faits bon ménage… surtout quand il s’agit de foutre le bordel et de tout dévaster sur son passage. Dans les Iles britanniques, on retrouve surtout ça chez le Clash de « London Calling » et les Pogues avec qui comme par hasard Whitmore a fait quelques dates dans la grosse pomme. Ca a du être « Fury Tales in New York » cette nuit là.

D’ailleurs tous les albums de William Elliot Whitmore ont été enregistrés chez « Southern » une boite de production punk hardcore et quand il n’est pas dans sa ferme à gratter la terre, le cuir des vaches ou le banjo de son grand père, il fait le roadie sur les tournées des groupes maison de la boite. Pour avoir assisté à un concert des Rancids à Orange (California pas l’autre… chez ce facho de Bompard) t’as intérêt à te faire respecter de la voix et du regard avec tous les fêlés de dindons iroquois qui veulent monter sur scène. Avec ces fondus t’es en plein Blade Runner Terminator, j’en ai même vu un dont une plaque à vis greffée sous la peau de crâne lui permettait d’y fixer une éolienne miniature ou autres têtes de morts. Complètement défoncé, ce taré a fini son stage diving la tête la première au bas de la scène à moitié scalpé, évacué par un videur ukrainien qui n’en pouvait plus de se marrer. Faut dire que même lors du vol plané l’hélice continuait à tourner. Bip… bip !

C’est donc à ce degré de dinguerie qu’il faut peut-être aller chercher le calibre du bonhomme avec en plus le côté sombre des péquenots du coin à la « Sanctuaire » le roman de Faulkner. Alcool frelaté, consanguinité et violence sourde. Entre les « Misfits » de John Huston, « Père et fils » de Larry Brown, « La foire aux serpents » d’Harry Crews, Hank Williams, David Allen Coe et dernièrement « There will be blood » au cinéma on tape dans le lourd et cela donne dans les plus beaux et dangereux portraits du monde tels que Diane Arbus pour la photo, Dorothy Allison pour le roman et Sam Sheppard pour le théâtre entre autres les ont captés.

Whitmore est de cette eau de feu là, tout en brulures de tripes, de coeurs incendiés et de nerfs carbonisés.

A ce jour, c’est un chargeur entier qu’il a vidé dans les bacs. Six albums tous sortis chez Southern Records. Le premier au titre ironique de « Hymns fot the hopeless » sorti en octobre 2003, brasse des influences allants des Louvin Brothers, Minor Threat, Ralph Stanley à Captain Beefheat. Dans un interview Whitmore dit que « Each song is its own church and one cannot help but step inside and share a seat ». Ca cerne bien le bonhomme et ce qu’il nous propose… pas une virée en pullman climatisé mais plutôt en pick-up déglingué avec le flingue accroché derrière au râtelier, une carcasse sanguinolente attaché au pare choc avant tout en sirotant du Bourbon à la flasque, l’autoradio balançant du Georges Jones tandis que surgissant dans la nuit à la lueur des phares les yeux et les mufles hérissés de sang des coyotes.

Le second sorti en Mars 2004, dédié à un certain « Matt Davies » s’appelle « The day the end finally cames ». Ces deux albums sont assez durailles à trouver dans le commerce. En revanche les deux suivants « Ashes to dust » sorti en Février 2005 avec sa pochette étrange, un crâne de boeuf Longhorn dans un cadre de tiges filtées cotoyant des fleurs séchées et « Song of the black bird » avec son cadavre d’oiseau momifié et encore des fleurs mortes (décidément une obsession..) se dégottent plus facilement.

Sur « Ashes to dust » Joël Anderson à la slide guitar, Mike Lust à la gratte électrique, Bob Adams et Jay Dandurand aux drums ainsi que Zach Action à la basse mettent en valeur la voix hallucinante de William Elliot Whitmore sur quelques titres même si c’est surtout en solitaire avec pour seul accompagnement un banjo, sa guitare et son stompfeet que ces compositions littéralement hantées excellent. « When you’re up to your neck in shit, the only thing left to do is sing » est une citation de Beckett à l’intérieur du livret résumant au rasoir l’urgence et l’intensité de cet album.

« Song of the blackbird » sorti en 2006 n’est pas non plus un disque de vacances. Toujours aussi minimaliste mais avec cette fois piano et orgue en plus, Dave Zollo fait un boulot admirable, les musiciens qui l’accompagnent excepté Joël Anderson n’étaient pas du précédent voyage. Steven « The kid » Howard à la basse et à la guitare et Jonathan « Crawdaddy » Crawford aux percussions… mais d’où sortent ils, sont parfaits. Et cette voix encore et toujours qui sur neuf titres n’en finit pas de me scotcher. Sur cet opus, ce sont les mots de Henry David Thoreau qui soulignent le propos… « The soil, it appears, is suited to the seed, for it has sent its radicale downoard, and it may now send its shoot upward also with confidence ». Plus qu’un grand album, un chef d’oeuvre et avec le précèdent une paire gagnante à coup sur.

Il y a entre les deux en Juillet 2005 ce qui semble être un live enregistré à Londres intitulé « Latitudes » et puis le dernier « Hallways of always » sorti en Novembre 2006 avec une certaine Hayston’s que je n’ai pas encore réussi à trouver. De toute façon, l’animal ne se livre pas facilement. Pas de photos dans les livrets à une époque ou n’importe quel blanc bec arbore le plus minable des tatouages comme un gage de rébellion et de crédibilité. On peut en revanche choper quelques vidéos sur « Last FM » pour se faire une idée.
Maintenant que j’y repense en bouclant ce papier… je connais William Elliot Whitmore ou plutôt son regard. Il existe dans l’état de New York, plus précisément dans les Adirondack, une petite ville au nom étrange de Calcinator. Asphalte et néons des bâtiments de la rue centrale tracent au milieu des massifs de sapins comme une mauvaise cicatrice. Le genre de saloperie chopé d’un coup de tessons de bouteille dans un bar de White trash entre un morceau de Charlie Daniels et une partie de billard terminée à coups de boules et de queues fracassées sur le bord du tapis. C’était en 1984, ce qui fait que William Elliot Whitmore né en 1978 aurait eu 8 ans. J’effectuais un road trip qui de Madison en passant par Détroit et Niagara Falls devait se boucler à New York. Donc à Calcinator, après un diner sublime au cours duquel je dégustais les meilleures et plus maousses noix de Saint-Jacques que j’ai jamais mangés, flambées au Cognac, ce qui d’ailleurs ne manqua pas de m’intriguer vu que cet ingrédient était censé être une spécialité du coin. Mais il est vrai qu’à l’image du lac Michigan, on a affaire à de véritables océans. Vingt bornes entre chaque rives et des tempêtes dignes de n’importe quel coin de Bretagne. Donc après cette bouffe mémorable et une nuit de repos j’allais faire un footing avec un pote ancien champion de France d’aviron… 2m10 au garrot et plus d’un quintal de muscles quand au détours d’un sentier, un môme sur son mini vélo nous fonça dessus plusieurs fois. Il avait dans les yeux et l’expression de son visage cette dureté et cette rage que l’on retrouve dans certaines chansons de William Elliot Whitmore. Un peu plus haut sur la colline devant un mobil home monté sur parpaings, un homme ne quittait pas la scène des yeux. On était en plein dedans. Whitmore parle de cette amérique là… ça secoue comme un alcool de contrebande et les chansons de ce desperado.
Foncez-y !

www.williamelliottwhitmore.com/

www.myspace.com/williamewhitmore

Paco

 

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