Un ticket pour Rossano (Carnet de route)

Les concerts

Cette année, avant d’aller à Cahors puis à Cognac, j’ai entamé ma saison des festivals par un voyage à Rossano en Calabre pour assister à un festival hors normes et dont c’était la première édition : le festival mémorial « Marco Fiume Blues passions » dont le but est d’honorer la mémoire du guitariste italien Marco Fiume qui nous a quitté en 2002 à la veille de son trentième anniversaire. Ce festival qui se déroulait sur 3 jours du 11 au 13 juillet a vu le jour grâce à la volonté de Maria Giulia Sorrentino, mère de Marco Fiume avec un superbe plateau comprenant notamment Alex Schultz, Lynwood Slim et Candye Kane. Tous les musiciens présents présentaient comme point commun d’avoir bien connu et joué avec Marco Fiume.
– texte et photos Jocelyn Richez

Autant le préciser de suite, malgré un échange de mails avec Maria Giulia Sorrentino, c’était un peu un voyage dans l’inconnu. Mais, compte tenu du contexte particulier, de ma volonté d’honorer la mémoire de Marco et de la qualité exceptionnelle du plateau, j’ai foncé « tête baissée » n’hésitant pas à faire environ 4000 km aller – retour pour me rendre en Calabre et je ne l’ai vraiment pas regretté.

Il faut préciser que Rossano (la ville où Marco Fiume a passé son enfance) est située au fin fond du sud de l’Italie et qu’un déplacement là bas ne s’improvise pas. Il faut prévoir une journée complète pour le voyage. Etant évident dans mon esprit qu’un aller retour en voiture était inenvisageable, j’ai donc pris un billet d’avion Paris/Naples et loué une voiture à l’aéroport de Naples pour faire les 300 km restant pour atteindre Rossano.

Au départ, la chance n’était pas trop de mon côté avec un changement d’aérogare, un avion qui avait 2 heures de retard, ma voiture de location n’était pas une bête de course et n’avait même pas de lecteur CD (c’est la première chose que j’ai regardée !) puis des embouteillages pour sortir de Naples, des travaux d’élargissement de l’autoroute sur une bonne partie du trajet et pour finir un gros orage. Après 4 heures de route, me voilà donc enfin arrivé à Rossano à la tombée du jour où je trouvais facilement mon hôtel. Compte tenu de mon retard, un comité d’accueil m’attendait semble t’il impatiemment. A peine entré dans le hall de l’hôtel, j’ai eu la surprise de voir une personne venir à ma rencontre et me demander dans un excellent Français « bonsoir, vous êtes Jocelyn Richez ? » – je ne pensais pas être connu dans le sud de l’Italie :)) Un deuxième gars que je reconnais immédiatement vint vers moi et me dit : « bonjour, je m’appelle Richard », c’était Lynwood Slim mais surtout, c’était le début du rêve pour moi !

Très vite, j’ai reconnu Candye Kane et Alex Schultz dans hall de l’hôtel.
Autant le dire tout de suite, j’étais le seul représentant de la presse française, j’ai été reçu comme un roi et surtout, j’ai eu la chance de vivre ce festival de l’intérieur, partageant le quotidien des musiciens pendant ces 3 jours avec un mini-bus avec chauffeur pour nos déplacements. un vrai bonheur !

Surtout pour moi qui suis un grand fan de « west coast » et de la scène de Los Angeles mais surtout un admirateur d’Alex Schultz, Lynwood slim et Candye Kane. Autant dire que j’ai passé 3 journées aussi exceptionnelles qu’inoubliables dans une ambiance de vacances, dans une région baignée par un soleil de feu et riche en vestiges du passé. De plus, la nourriture y est excellente (c’est vrai, on a dû fréquenter les meilleurs restaurants de la ville), les femmes sont particulièrement jolies. Habituellement, je ne suis pas fan des trajets en bus, surtout quand quelques énergumènes se mettent à chanter pour passer le temps. Mais, quand c’est Candye Kane qui se met à chanter dans le bus, là, je suis aux anges ! Et puis, il faut que je parle un peu de nos festins dans les restaurant de Rossano; Parfois, le service était un peu long, qu’à cela ne tienne, on amenait une guitare acoustique et il s’en suivait un boeuf d’anthologie. Qu’Alex Schultz soit royal à la guitare acoustique, ça n’étonnera personne, mais j’ai découvert que Lynwood slim se défendait aussi très bien à la guitare (dans un registre roots, style Jimmy Reed) à l’image d’autres harmonicistes célèbres comme Lazy Lester ou Charlie Musselwhite. Et que dire de Russell Scott, le contrebassiste qui est un excellent chanteur mais aussi un musicien multi instrumentiste capable de jouer aussi bien de la guitare, du piano ou de l’harmonica. Le genre de type aussi impressionnant qu’énervant; mais comment fait il ?

Tout cela pour vous préciser que les repas ne manquaient pas d’animation.

Bon, je ne vais quand même pas vous raconter tout le détail de ces 3 journées pour en venir enfin au vif du sujet: le festival proprement dit.
D’abord je précise que la recette appliquée ici est la même que celle qui fait le succès des festivals « Blues Qui Roule » en France, à savoir: un site localisé sur un lieu de vacances, de préférence en bord de mer et surtout une entrée gratuite. La recette a parfaitement bien fonctionné, je n’ai aucun chiffre à donner et surtout, je ne me risquerais pas à faire une estimation, la seule chose que je puisse affirmer étant qu’il y avait du monde.


Lieu du Festival au pied de la tour San Angelo

Il faut préciser que le site du festival était particulièrement bien choisi, la grande scène étant adossée à la tour San Angelo (un monument datant du XVIe siècle) elle même située à proximité de la plage. Le programme était le même les 3 soirs, mais je précise de suite que les concerts étaient de plus en forts, de plus en plus émouvants chaque soir.

C’est le Marco Pandolfi Blues Band un bon groupe italien originaire de Bologne qui avait l’honneur d’ouvrir les soirées. Le guitariste du groupe Marco Gisfredi était un ami de Marco Fiume à l’époque où celui-ci habitait à Bologne avant son départ pour les USA. En 1996, ils ont joué ensemble dans le groupe Soul Spoiler.

Le Marco Pandolfi Blues Band est un groupe de Chicago blues classique, très inspiré par Little Walter monté autour de son leader, l’harmoniciste chanteur Marco Pandolfi avec une bonne section rythmique (Carmello Leotta à
la contrebasse et Federico Patarnello à la batterie) et une surtout guitare qui swingue, ce qui fait son originalité. Car, de toutes évidences, Marco Gisfredi a les même influences que Marco Fiume, son jeu de guitare est flamboyant à l’image d’un Pascal Fouquet (pour donner une référence Française qui soit parlante). Le dernier soir, ils ont repris l’un des titres majeurs de Marco Fiume « Uno Mas ». Finalement, le Marco Pandolfi Blues Band, ce sont un peu l’équivalent de nos Hoodoomen pour les italiens où décidément, à l’image de l’explosion à laquelle on assiste en France, il y a une scène blues avec de jeunes groupes plein de qualités qui est en train d’émerger. Si certains se sont déjà fait remarquer en France comme Enrico Crivellaro, Egidio Ingala, Alberto Colombo ou Gio Rossi, d’autres arrivent derrière !
Leurs concerts à Rossano furent de bonne qualité, en faisant pour moi une intéressante découverte.


The All Stars Band

Mais le clou des soirées était constitué par le concert d’un « All Stars Band » de rêves comprenant Alex Schultz (guitare), Lynwood Slim (harmonica etchant), Candye Kane (chant), Russell Scott (contrebasse et chant), Mark Tortoricci (harmonica et chant) et Evan Caleb (batterie). Carl Sonny Leyland (piano) initialement prévu a annulé au dernier moment : dommage mais le groupe gardait néanmoins très fière allure. Il y a avait en fait plusieurs concerts en un avec cette succession de chanteurs et chanteuse qui donnaient aux soirées un côté théatral. C’est généralement Mark Tortoricci, le chanteur harmoniciste des Hollywood Combo (ancien groupe de Marco Fiume à Los Angeles) qui chantait les premiers morceaux, Russell Scott prenant ensuite le chant avant l’entrée de Candye Kane et c’est à Lynwood Slim que revenait l’honneur de clôturer le show avant le boeuf final.

Je vous vois venir, vous allez me demander ce que cette concentration de vedettes a bien pu donner ? Et bien à l’image du concert baptisé « West Coast All stars » auquel j’avais pu assisté un an auparavant en banlieue lilloise (avec Rusty Zinn, Lynwood slim, Johnny Dyer et Tee notamment), le résultat fut formidable, plus qu’enthousiasmant, véritablement enivrant. Si le paradis existe, il doit ressembler à ça !

La complicité et la complémentarité entre les différents membres de ce West Coast All Stars fut impressionnante. Mais pouvait-il en être autrement ?

Difficile à imaginer pour ces musiciens d’exception, qui m’ont impressionné par leur professionnalisme et leur implication. Ils avaient tous cette volonté de rendre le plus bel hommage possible à Marco Fiume, de faire plaisir à sa mère Maria Giulia Sorrentino qui est à l’origine du projet et bien sûr au public italien. La conférence de presse était révélatrice, leur émotion était palpable. Lynwood slim avait une larme à l’oeil, il était visiblement très attaché à Marco qu’il considérait un peu comme son fils.
Mark Tortoricci était lui aussi visiblement très troublé, il avait du mal à trouver ses mots. « Marco était pour moi comme un frère » disait il. Mais, une fois sur scène, ils ont retrouvé l’intégralité de leurs moyens, donnant le maximum, faisant preuve d’une générosité peu commune. Ils montraient à chaque instant que ce n’était pas des concerts comme les autres, qu’ils ne venaient pas simplement prendre un cacheton, ils ont avant tout joué avec leur coeur et c’est vraiment réconfortant de voir cela dans un monde où le show biz et les intérêts commerciaux ont gangrené le milieu de la musique.


Alex Schultz

Maintenant, au moment de faire un compte rendu des 3 concerts, il est difficile pour moi de ne pas aligner les superlatifs tellement j’y ai pris du plaisir. Ca n’étonnera personne, Alex Schultz a été monstrueux de finesse et de justesse durant ces 3 concerts, vraiment impérial. Il m’a confié n’avoir joué que 3 fois en France durant sa carrière (d’abord avec Rod Piazza et les Mighty Flyers à Lille, avec Lester Butler au Chesterfield café à Paris puis avec Jimmy Morello à Cognac) je ne comprend vraiment pas pourquoi les organisateurs de concerts et de festivals en France ne pensent pas plus à lui, c’est un vrai mystère !!!

Pour ajouter à l’émotion déjà palpable, il a joué une partie du dernier concert sur la guitare de Marco Fiume, sortie semble t’il pour la première fois depuis son décès. Là, c’est sûr, elle était dans de bonnes mains !

Alex Schultz est aussi un gars très cultivé qui ne s’intéresse pas qu’à la musique et qui est notamment un passionné de photo. C’est un grand admirateur de Cartier Bresson. Il m’a montré quelques clichés noir & blanc de Robert Lockwood qu’il avait réalisé lors du festival de Cognac en 2000.
Après, j’avais presque honte de lui montrer mes propres photos !

J’ai découvert Mark Tortoricci, le chanteur harmoniciste du Hollywood Combo qui venait pour la première fois en Europe. Il était avec Junior Watson l’un des meilleurs amis de Marco Fiume sur Los Angeles. Si à l’harmonica, il a un jeu relativement basique comparé à la virtuosité de Lynwood Slim, son jeu est néanmoins direct, efficace et dynamique. Et puis, c’est surtout un très bon chanteur assez éclectique typique de la fameuse « west coast » (swing, blues, boogie, jazz, rock & roll) un gars très à l’aise sur scène, possédant un certain charisme qui en fait un vrai leader. Il porte toujours des costumes de scène colorés, des chemises fun et des chaussures bicolores. Le contrebassiste Russell Scott portait lui aussi le même genre de tenues de scène. Je l’avais déjà vu lors de concerts au New Morning où il accompagnait Candye Kane. C’est un bon vivant qui a un gabarit XXL à l’américaine, un très bon chanteur (même si ça voix n’est pas extrêmement puissante). A Los Angeles, il a son propre groupe avec lequel il joue un répertoire rockabilly.

Candye Kane, est il vraiment nécessaire de la présenter ? Je ne pense pas mais je tiens à préciser à quel point j’ai été impressionné par son professionnalisme. Elle ne néglige aucun détail, passant une partie de la journée à apprendre quelques phrases en Italien pour s’adresser au public durant le concert. Elle a chanté là bas quelques uns des grands classiques de son répertoire agrémentés de quelques effets scéniques qui ont fait mouche. La diva du blues est devenue l’espace de 3 jours la « queen of Rossano » (l’expression n’est pas de moi).

A la batterie, on trouvait Evan Caleb, le fils ainé de Candye (23 ans) encore un surdoué qui a de qui tenir. Enfin, celui qui clôturait généralement la soirée (sauf le dernier soir où il a dû jouer en premier et partir directement en direction de l’aéroport de Rome) et avait la lourde tâche de succéder à la tornade Candye Kane était Lynwood Slim. Autant ce gars est particulièrement calme durant la journée, autant il est explosif dès qu’il monte sur scène. C’est un bon chanteur mais surtout un formidable harmoniste. Il a su enflammer le public avec des morceaux rapides ponctués de longs solos. De plus, ses textes sont généralement auto-biographiques. Il est évident que ce type ne vie que pour la musique et par la musique. Quand il est sur scène, son implication est totale, il se lâche complètement, oublie tout le reste et se donne à 200%; c’est vraiment un grand artiste.
J’ai découvert durant ces 3 jours que c’était un gars simple et abordable à la personnalité attachante, encore un gars qui n’a pas la place qu’il mérite.

J’ajoute que les 12 et 13 juillet, Catherina, chanteuse et cousine de Marco Fiume a chanté un titre en duo avec Mark Tortoricci, une version émouvante du classique Summertime. Je précise aussi que le 11 juillet lors de la première soirée, c’est l’actrice Simona Marchini qui présentait la soirée.

Cette première édition du festival Marco Fiume Blues Passion fut un indiscutable succès populaire, le public avait du mal à quitter le site à la fin du concert, certains attendant la sortie des musiciens ce qui est bon signe.


Maria Giulia Sorrentino (au centre)

Pour finir, je remercie vivement Maria Giulia Sorrentino et l’association Musicale Marco Fiume pour l’organisation de ce festival et surtout pour leur excellent accueil. J’espère pouvoir y retourner l’année prochaine pour la deuxième édition. Longue vie à ce festival.

Jocelyn Richez

 

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