Garland Jeffreys • Truth Serum

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Garland Jeffreys • Truth Serum • Thirty Tigers
Au turf, il y a les outsiders.. les candidats au hachoir à la Misfits. Buckowski disaient d’eux que au moins si tu pariais sur ces carnes tu ne pouvais qu’être surpris dans le bon sens… Pour ceux que ça intéresse, lisez sa nouvelle « Pittsburgh Phil & Co » tiré de son fabuleux recueil de nouvelles « South of No North Stories Of The Buried Life » sorti en 1973. En boxe, on les appellent les « Homeboys » comme dans le film de Mickey Rourke qui sait de quoi il parle. Au cinoche, ce sont les seconds rôles qui bien souvent finissent au bout de quelques années en première ligne de la bobine. Remember Dalban dans « Les tontons flingueurs », Fabio Testi ou Daniel Duval. Pour ce qui est du Rock et du Blues sans eux ils n’existeraient peut être même plus. Elliot Murphy, Joe Ely, Peter Case, Steve Forbert, Willie Nile, la liste est longue et que dire des Will T-Massey, Denis Brown, Paul Black qui à part les quelques vidéos pourries balancées sur le net sont aussi rassurantes que les images du Vatican ou de n’importe quelle dictature quand ils veulent rassurer le bon peuple sur l’état de santé de nos séniles préférés. Encore faudrait-il qu’elles existent…

Tout ça pour dire que Garland Jeffreys se situe à part, comme eux…


« Too black for the white/ too white for black »comme il le chante. Inclassable et pourtant tellement évidente et représentative de New York, sa musique traverse les quartiers et son histoire. Spanish Harlem et sa cuivraille, Reggae, Soul, Doo-Wop mais aussi pulsations underground.

Pas pour rien que le lascard soit ou était un pote de Lou Reed, du Boss et de Bob Marley. Une sorte de frère de sang.

Maintenant pas question de refaire le coup de l’artiste maudit. Question street crédibility le mec en a plus sous les boots que n’importe quel guignol-fils à papa à la Strokes jouant les durs ou Rap/clures de caniveau dont la pseudo-rebellion renforce encore plus le pouvoir de ceux qu’ils dénoncent en enfonçant et caricaturant  encore plus ceux dont ils se revendiquent. Là est toute la différence entre un Gill Scott-Héron crevant dans un hospice d’indigents et un Pharrel Williams se prenant pour un artiste.
Hélas et pour revenir à une métaphore hippique le Garland malgré ses sublimes compos se traine comme un handicap le fait qu’il n’aurait pas aussi la voix qu’il faut.
« Too black for the white/too white for black ».
Un peu comme un boxeur qui tout en étant un sublime technicien n’aurait pas de punch ou la maladie des os de verres.
Mais bon pas grave car ce mec n’a jamais triché, il n’y a qu’a voir le dernier concert qu’il a donné au New Morning. A 70 balais, il a fait le ménage de fond en comble. Un pur shoot de Rock, de Blues et de Rythm’and blues le tout fortement épicé à la sauce Caraïbes, Salsa et Reggae ?
Et puis, il y a son dernier album « Truth Serum » sorti chez Thirty Tigers et enregistré à Brooklyn qui est une tuerie avec Larry Campbell, James Maddock, Duke Levine aux guitares/banjo/slide , Steve Jordan, Aaron Comess, Tom Curiano aux drums, Brian Mitchell et Oli Rockberger aux piano/orgues/harmo/accordéon, Key Waty, Rich Hammond, Brian Stanley, Mike Merrit à la basse, James Maddock aux guitares/banjo, Andy Taup Arp aux synthés, Art Baron au trombone, Cindy Mizelle et James Maddock aux choeurs.
Là, je revendique la balafre au coin de la gueule des balances et sans en oublier aucun(e)s parce que tous ces mecs/girs jouent du feu de Dieu ou plutôt de l’Enfer.

Le premier titre « Truth Serum » pourrait faire croire que quelqu’un a détourné le Mississippi ou creuser un égout jusqu’à l’Hudson. Slide et harmo se fritent autour de la voix balançant ses quatres vérités dans un Blues bien roots, encalaminé et rageur.
« Any Rain » le deuxième est une ballade Soul nappée d’orgues avec une partie de guitare sublime à la « Stelly Dan » digne du premier Robert Palmer. Le tout dégage un cool de coeur de nuit comme quand on regarde défiler les lumières d’une ville à travers la vitre lépreuse de pluie d’un taxi ou d’un train de nuit et c’est pas ce qui suit qui va arranger les choses.

« It’s What I’Am » est un de ces titres comme les Stones ne savent plus faire. Un bloc d’émotion pur qui n’aurait pas dépareillé sur « Black & Blue » si celui-ci avait été réussi.

« It’s What I’Am » est un de ces titres comme les Stones ne savent plus faire. Un bloc d’émotion pur qui n’aurait pas dépareillé sur « Black & Blue » si celui-ci avait été réussi. Le piano, la voix… tout… semble chialer sur ton épaule. Le genre de came dont j’imagine à peine ce qu’un Eric Burdon pourrait faire surtout quand on écoute son dernier « Til’The River Runs Dry ».

« Dragons To Slay » est un reggae boosté à la cuivraille que Garland d’un flow rageur à la rude boy balance sans filet. Pas un pôte de Marley et LKJ pour rien… le mec !
« In A Perfect Word » fait un peu retomber le soufflé. Le genre de titre qui donne l’impression d’avoir été concocté de l’autre coté de la vitre afin de passer sur les ondes. A oublier ou laisser en fond sonore le temps d’aller se chercher une bière et de se goupiller sur le pouce un petit « Egg in a hole« … plat typiquement New Yorkais… ça tombe bien !  Voilà la recette :
Prenez une tranche de pain de mie Harry’s, faites un trou au milieu avec un emporte-pièce, cassez un oeuf, réservez le jaune et faites trempez le pain et la rondelle de mie dans le blanc au fond d’une assiette pendant que le beurre fond dans la poële.
Balançez la tranche, faites dorer rapidos et mettez le jaune dans le trou. Au compteur pas plus de 5 minutes et pour ce qui est de la rondelle… même punition avec au choix paprika, fromage ou ciboulette… un régal et juste le temps de passer au titre suivant et de s’installer confortablement parce que ce qui suis est à graver dans le marbre ou plutôt l’asphalte et le bitume des trottoirs de la Grosse Pomme. Que du lourd !

« Ships Of Fool » est une ballade mélancolique qui arracherait des larmes à une tête de mort. Une sorte de requiem urbain à la Willy De Ville avec dans la voix l’insondable tristesse d’un Will T-Massey et ce n’est pas l’accordéon à la Margolis qui arrangera les choses. Poignant !
« Collide The Generation » avec son riff de guitare à la Velvet, vicelard comme une sortie de route tient du crash et du suicide vaudou. Intonation blafarde et hantée à la Alan Vega. Le band comme une caisse en train de s’enfoncer dans les remous noirs du fleuve l’entraine au fond. Du brutal avec au final ce tambourin, bruissant jusqu’au malaise comme un serpent à sonnettes.
Pour enfoncer le clou « Far Far Away » en sort entre Johnny Thunders, Dirty Angels et autres princes balladins urbains déchirés issus (ou plutôt sans issues) de la grande pomme. Filiation Doo-Wop disloquée avec au milieu un pont sublime. Beau comme une traversée nocturne du Brooklyn Bridge avec le métro aérien en bande son, le ciel comme une pelloche en train de cramer et les remous du fleuve chialants sous les néons.
Très Lou Reedien !
Pour « Colorblind Love » sur un riff canaille New York fait sa Lady ou sa pute à la Mike Rimbaud comme frère de sang.
Puis en bout de ligne « Revolution of The Mind » déboule avec son intro à la mandoline ou à la ukulélé. Titre étrange avec son feeling Caraïbes et ces steels bands qui n’arrivent pas.
Envoutant !
Bref pour moi cet album tient du juke box idéal en ce qui concerne cette ville. Du moins par rapport à ce qu’elle était à une certaine époque… du temps de Taxi Driver, de Ringolevio, de Alack Sinner et du Bar à Joe de Munoz et Sampayo. Sans oublier Springsteen et Southside Johnny.
Norman Mailer appelait ça « Les rivages de Barbarie ». Garland Jeffreys en est un de ses plus sublimes passeurs.

http://garlandjeffreys.com

 

Paco

 

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