The Capitols, stylés et sauvages

Autoproduit

The Capitols – Styled & Wild – Sound Of 56
Cette autoproduction pourrait se résumer en trois mots : Coup de Canon ! Depuis la création du groupe en 2009, certains amateurs se demandaient ce qu’attendait la formation pour franchir le pas et graver un premier cd. Premier renseignement, le nom de scène du groupe est un clin d’œil à la firme Capitol. Première major de la Côte Ouest, la firme fondée en 1942 par Johnny Mercer et Glen Wallichs figurait dans le Big Six de l’industrie américaine dès 1946. Dix ans plus tard, le label connaissait de brillantes ventes avec Dean Martin, Frank Sinatra, Ella Mae Morse, Nelson Riddle, Hank Thompson, Nat King Cole, Louis Prima sans oublier l’arrivée d’EMI. Mais Capitol allait booster ses ventes avec le premier enregistrement de Gene Vincent, qui allait révolutionner l’industrie du disque américain. Sans vouloir négliger le catalogue Capitol, c’est bel et bien le natif de Norfolk qui sert de toile de fond et de trame à « Styled & Wild » et plus spécialement ses enregistrements Capitol de l’année 1956.

Constitué par trois berruyers Steff Birin (vocal, guitare rythmique), Didier Chollet (batterie), le contrebassiste Pascal Guimbard (ex Sprites) de retour après une longue période américaine et du guitariste Francky Gumbo, le quartet nous réexpédie à grand coup de botte presque 60 ans en arrière, avec une facilité et une fluidité déconcertante.

Mais si le combo rend un bel hommage à celui que beaucoup appelèrent chez nous Gégène, le groupe est loin de délivrer une copie servile sans intérêt et apporte sa propre patte aux trois reprises : « Pretty, Pretty Baby », « Teenage Partner » et l’excellent « High Blood Pressure », ce dernier étant interprété sans piano ni cuivre, ce qui lui confère une sonorité plus hillbillyrock.

The Capitols revisitent aussi avec succès la ballade « For Your Precious Love », hit que Jerry Butler et ses Impressions feront grimper à la 3e place des charts R&B en 1958. Le titre sera repris plus tard par Otis Redding, Geater Davis et les Stones. Un excellent moment de douceur qui atténue la sauce. Autre reprise, « Five Feet Of Lovin’ » composition du duo Mel Tillis/ Buck Peddy (déjà à l’origine du « Honky Tonk Song » de Webb Pierce et de l’excellent « Wild Mind » de Johnny T Talley).

Steff et Francky

Steff et Francky

Mais la bonne surprise résulte dans l’excellent travail de composition proposée par Steff Birin, auteur des neuf originaux du band. L’anglais Roy Phillips (sur trois morceaux) et Laurent Fages sur « I’m So Blue » sont venus porter main forte au chanteur guitariste. La qualité des compositions risque d’étonner plus d’un amateur, chaque titre peut s’intercaler dans le répertoire de Vincent et aussi dans celui du répertoire rockabilly mid fifties. Que cela soit sur les titres enlevés, les mid tempo ou les ballades comme « One Swallow » le groupe fait mouche à tous coups. Si le titre « Don’t » figurait dans la dernière compilation « French Rockabilly Scene # 5 » et semble avoir décroché la timbale auprès des fans, les énergiques « Rock My Blues Away », « What You’re Thinking Baby » et « Too Many Girls » avec un superbe solo de guitare ne dépareillent pas du lot.

Excellent chanteur, Steff Birin n’essaie jamais de plagier le timbre de voix de Vincent. La section rythmique allie expérience, sobriété, souplesse et une bonne mise en place. La guitare aérienne de Francky Gumbo conjugue sobriété et foudroyance, ici pas de notes intempestives ou brouillonnes. Guitariste prisé par de nombreuses vedettes internationales, accompagnateur modèle et réputé, Gumbo dispose d’un phrasé reconnaissable se situant entre ceux de Danny Gatton, Chet Atkins et Cliff Gallup. En clair, l’un des meilleurs gratteux de la nouvelle génération.

Derniers atouts de cette autoproduction : la qualité de l’enregistrement dans les studios d’Electrophonic Recordings d’Hervé Bessenay (ex Tawny Owls). Déjà auteur ou producteur des albums des Zazou Cowboys, des Bonneville Barons ou de Grizzly Family, Hervé et le groupe ont utilisé du matériel vintage (batterie Gretsch de 1952, une guitare Gretsch Duo Jet 1956 et probablement des microphones T Bone 1954) associé à des instruments contemporains, ce qui apporte une sonorité vintage d’une surprenante limpidité. Autre atout, une production sans surenchère, les titres étant mis en boite en Live sans plugin ou overdub, ce qui apporte à la fois authenticité, souplesse et fluidité. Enfin on terminera par le livret intérieur, très humble, et les remarques et impressions de personnalités reconnues (Dickie Harrel, Sherri Vincent la fille de Gene, Imelda May et Darrel Higham, Thomas Dutronc sans oublier Jean William Thoury et Didier Delcourt). Ce « Styled & Wild » nous parait pour le moins aussi captivant que l’album «  Crazy Leg » de Jeff Beck & The Big Town Playboys sorti il y a tout juste vingt ans.

Allez pour ne pas paraitre trop partisan ni trop dithyrambique, The Capitols ont juste zappé la représentation d’une pin-up à l’intérieur du livret ainsi qu’un titre de Gene Vincent (celui-ci a gravé 36 titres en 56 pour Capitol et non 35 comme indiqué). Un album fortement conseillé et des shows vivement conseillés.

Le Kingbee

 

PS : The Capitols n’ont bien sûr rien à voir avec l’ensemble de Detroit du même nom qui enregistra durant les sixties une dizaine de singles pour Karen Records et dont le hit « Cool Jerk » grimpa sur la seconde marche de charts R&B. Ce groupe enchainera, sans convaincre, chez Atlantic et Atco, jusqu’à sa dissolution en 69.

 

les 5 derniers articles de kingbee

0 Commentaires

Laisser une réponse

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi
DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?