Slim Paul, Dead Already : pour une mort, c’est un excellent départ !

Les Disques

Remontez dans vos souvenirs de jeunesse. Vous vous souvenez de Morris, la papa de Lucky Luke, celui qui comme un Modigliani moderne avait une tendance à allonger et étirer ses personnages au point que pour signifier un grand escogriffe, il n’hésita pas à caricaturer l’acteur Jack Palance pour en faire un interminable “faucheux” Phil Defer. Si Morris avait connu Slim Paul pas de doute qu’il l’aurait fait rentrer dans son panthéon de sa Bande Dessinée.

Revenons à aujourd’hui et à Slim Paul, en chair et en os. Avant toute écoute Slim Paul, c’est ce personnage morrissien dégingandé Certes quand on est à coté de lui et que l’on mesure 1,85 mètre l’individu ne fait pas si grand. Mais il est tout en longueur et cela se remarque. Costume étriqué, veste cintrée, col de chemise relevé sur une cravate étroite. Allure d’un faux dandy désabusé à la Tom Waits. Voilà le personnage campé. Ceux et celles qui ont déjà eu l’occasion de le voir officier au sein de son précédent projet comprendront ces allusion-illusion entretenues, à ces références. 

Ancien chanteur du quatuor toulousain Scarecrow, Slim Paul avec quelques autres individus locaux (nous pensons ici, entre autres, à Agathe da Rama et à Joris Rajel) a redynamisé et rajeuni un blues folk éléctro acoustique que nous ne voulons pas nommer americana tant le terme devient fourre-tout. Il avait en parallèle de Scarecrow sorti trois EP dont Weep n Moan en 2016 et après un voyage en solitaire à New York, No Yet Man en 2017. Cette année il s’attaque à un véritable album et c’est une  réussite totale dans son approche comme dans ses références. Car tout au long de l’album, c’est à un véritable rajeunissement de l’esprit blues tel qu’ont pu le porter en Australie un John Butler Trio (écoutez par exemple Same Mornin’) ou Ben Harper aux USA (Free Talk).

Rajeunissement et dépoussiérage car toutes les facettes du blues y passent De la scansion hip-hop qui n’est pas complètement abandonnée (One of these days) au blues mid tempo rageur, d’effluves New Orleans ou gospel c’est un large éventail de perceptions et de sons que nous livre cet album aux arrangements souvent superbes par leur dépouillement (Long Gone)

 

Et que dire des deux comparses qui l’accompagnent ! Commençons par Manu Panier, nouveau venu solide qui de la contrebasse à la basse cinq cordes tient la rythmique d’une main ferme. Jamo, exact opposé de Slim Paul (autant l’un est tout en longeur autant l’autre est large et épais) autre rescapé de l’aventure Scarecrow a abandonné la contrebasse pour la batterie et démontre que le groove est sa spécialité quel que soit l’instrument (ceux et celles qui ont eu la veine de les voir au Hasard Ludique pour leur premier passage parisien peuvent en témoigner).

L’ensemble dégage une belle cohérence sur scène et nous ne doutons pas que le bouche à oreille va se mettre à fonctionner pour amener Slim Paul et sa bande vers des sphères qui risquent très vite de dépasser le petit monde bleu.

Et le tout s’écoute avec énormément de plaisir tout de son long et se conclut par le titre qui donne son nom à cet album. Long morceau de plus de 10 minutes Dead Already nous permet de constater que, au delà des références déjà citées, d’autres plus anciennes font aussi bon ménage ici. 

Au final, une réussite totale qui après son passage parisien nous fait dire que bien des programmateurs devraient jeter rapidement une oreille (si ce n’est les deux) sur cet opus et de vérifier que ce trio tient la scène et au delà de son dû payé à la matrice bleue peut amener à un rajeunissement de l’âme du blues.

https://www.slimpaul.com

Serge Sabatié et photo : Miss Béa

 

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