Slim Harpo

Harmonica

Lorsqu’on étudie assez profondément les encyclopédies, les livres, les revues (anciennes ou récentes) et certains blogs la chose paraît évidente : jamais un bluesman autre que Slim Harpo ne s’ait attiré autant de compliments, d’éloges et de sympathie que lui. Pas même des artistes comme BB King ou Freddie King, ce qui montre bien la formidable influence et l’aura qu’il a laissés derrière lui. Né en 1924 à Lobdell, une bourgade perdue située à 10 kilomètres de Baton Rouge dont elle n’est séparée que par le Mississippi, James Moore aîné d’une famille d’orphelins va devoir rapidement se mettre sur le marché du travail afin de subvenir aux besoins de la famille dont il a la charge. Il commence très tôt… une carrière de marin pêcheur puis s’oriente dans le bâtiment, ce qui lui permet d’être plus souvent auprès des siens. Il va apprendre l’harmonica en autodidacte, à l’oreille, en écoutant les microsillons de Sonny Boy (Rice Miller) et de Jimmy Reed.

Grand admirateur du texan Blind Lemon Jefferson, son style sera longtemps influencé par Jimmy Reed qui est alors l’une des plus grosse vedette surtout auprès du public noir. Il va débuter sa carrière dans les Clubs et les Jukes-Joints de Baton Rouge sous le nom d’Harmonica Slim. Il devra abandonner son sobriquet pour éviter toute confusion avec Travis Blaylock et surtout avec Richard Riggins, un harmoniciste de Tupelo. Par l’entremise de l’un de ses beaux-frères, le grand Lightnin’ Slim (Otis Hicks), il rencontre le producteur JD Miller qui flaire aussitôt l’aubaine. Spécialisé dans le Cajun, Hillbilly et Gospel, Miller adore l’harmonica et demeure très attaché au style « Low Down » ; il rebaptise son nouveau poulain sous le nom de Slim Harpo, ce qui est une habitude chez Miller.

Le succès est quasiment immédiat avec « I’m a King Bee » enregistré en mars 1957 avec les frères Perrodin (Fats à la basse et Gabriel alias Guitar Gable à la guitare), Clarence « Jockey » Etienne à la batterie. Les textes en brin grivois, le rythme nonchalant et lancinant, une voix nasillarde auxquels s’ajoutent un accompagnement de basse qui semble effleurer les cordes ainsi qu’une percussion squelettique toute en résonance marquent d’entrée les esprits. La face B du 45 t. « I Got Love If You Want It » connaîtra elle aussi, même si plus tardivement, quelques belles heures.

Ce n’est pas faire injure aux autres musiciens que de penser que Harpo a été le précurseur du Swamp Blues, contribuant à lancer cette vague venue des Bayous, région jusqu’alors ignorée de l’Industrie du disque. Guitares aux riffs minimalistes, basse parfois remplacée par une rythmique (James Johnson), paroles à l’humour débridé, voix nasale, tempo dansants, plein de fantaisies et de gaîté, musique qui ondule telle une vague, impression spongieuse d’où pourrait subitement surgir un alligator, voici les caractéristiques du répertoire d’Harpo. Avec la collaboration de Miller qui demeure un producteur talentueux, malgré des pratiques et des idées plus que discutables, Slim va acquérir peu à peu son propre style, se démarquer de l’influence de Jimmy Reed. En 1961, le tandem parvient à faire rentrer dans les charts une douce ballade, pouvant rappeler certaines ballades de Charlie Rich, mis à part que cette ballade réussit à rester sur toutes les lèvres et aussi à faire danser des millions d’américains avec le très beau « Still Rainin’ In My Heart ».

Pour ce titre qui grimpe dans le Top 40, Certains sidemen ont changé ; on retrouve Willie « Tomcat » Parker au saxophone, Rudolph Richard à la guitare, James Johnson (basse et guitare) et parfois Lazy Lester à la batterie. En moins d’une décennie, Harpo va enregistrer de nombreuses perles qui pour la plupart n’ont pas pris une ride, quarante plus tard elles sont toujours de circonstance. Parmi les meilleures compositions on peut citer : « Strange Love », « Buzz Me Baby », « Late Last Nights », « Dream Girl », « Don’t Start Cryin’ Now », « What a Dream », la très bonne reprise de « Boogie Chillun », « Little Queen Bee », une relecture impayable de « Little Sally Walker », « I Need a Money », « Sittin’ Here Wondering », « I’m Gonna Miss You ».

En octobre 65 dans les studios de Crowley, Slim grave le fabuleux «Baby Scratch My Back » dans lequel il invite sa belle à le rejoindre dans son bain pour …lui gratter le dos, tout un programme ! Le morceau devient numéro 1 au Top 40 Soul et rentre un peu plus tard dans le Top 30 Pop.

Harpo n’est pas un bluesman comme les autres, il a des prérogatives, c’est un chef de famille responsable. Il va utiliser ses royalties pour son entreprise de camionnage. En un peu plus d’une décennie, il parviendra à hisser bon nombre de titres dans les classements : « Tip On In » grimpe à la 37e place du Billboard durant l’été 67, « Tee-Ni-Nee-Ni-Nu » le précède d’un rang l’année suivante.
Suite au départ de JD Miller du label Excello, Slim ira enregistrer à Nashville sous la houlette du producteur Bob Wilson. Le répertoire s’élargit considérablement, Harpo est conscient de son talent et peut aborder un paquet de registres. Désormais libéré du joug de Miller, il parvient avec son band à approcher des œuvres Soul et même Country. Il n’hésite pas à reprendre « Mohair Sam » une composition inaugurée par Charlie Rich, « The Price is Too High » de Ted Jarrett, « Folsom Prison Blues » de Johnny Cash. A part le titre « I’ve Got My Finger on Your Trigger » qui heurtera quelque peu les fans de la première heure, avec ses passages cuivrés et ses touches Funk, tous les morceaux sont en fait du meilleur tonneau. Si Slim Harpo est néanmoins toujours capable de livrer des Blues incisifs et dansants (« Mailbox Blues », « I Just Can’t Leave You », « Just For You », « I’ve Been Your Good Thing For You » qui sera repris avec succès par George Thorogood et Barbara Lynn), il est sur le point de figurer parmi le peloton de tête des plus grosses vedettes Rock et Pop tant son talent est énorme.

Le temps où il se contentait de ne tourner que dans les Clubs et tavernes de Louisiane et du Texas est révolu ; il joue désormais au Whiskey A Go-Go et devant des parterres remplis d’amateurs de Rock and Roll. Il effectue un passage de quatre jours en Angleterre. En France, personne n’est capable de le programmer et c’est le chanteur Christophe qui l’héberge. La renommée mondiale est sur le point de lui tomber sur le coin du museau, il est temps !

Mais comme vous l’avez peut être parfois remarqué, la vie est parfois cruelle… à se demander si il y a une justice sur terre. Slim Harpo dirige donc une entreprise de camionnage et il a pour habitude de mettre la main à la pâte comme on dit. Un après midi de Janvier 1970, alors qu’il travaille sous un moteur de camion, un cric lâche stupidement et Slim se retrouve sous le camion. Il n’est pas bien mais il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Au lieu d’aller à l’Hôpital ou voir un médecin, Harpo tient à honorer un concert le soir, après tout il a un public qui a durement travaillé toute la semaine pour venir le voir et il n’est pas du genre à se désister. Au cours du concert, Slim Harpo est victime d’un malaise et transporté à l’Hôpital où il décède le lendemain d’un emphysème pulmonaire. Pas de crise cardiaque ou de problème de drogue comme le suggère la plupart des encyclopédies. Sur le point d’accéder à une renommée mondiale, James Moore rejoint le Paradis des guitaristes harmonicistes.
Si un groupe comme The Rolling Stones a choisi pour nom de scène un standard de Muddy Waters, il convient de ne pas oublier que leur premier véritable succès sera une relecture du titre « I’m a King Bee » composé en 57 par Harpo. De nombreuses formations Britanniques reprendront ses standards (The Kings, Them, Van Morrison, Love Sculpture, The Pretty Things, The Yardbirds).
Curieusement les jeunes ensembles américains le découvriront plus tardivement (The Doors, Grateful Dead, Otis Redding, Fabulous Thunderbirds, Flamin’ Groovies, Lou Ann Barton et Tony Joe White pour les principaux). De nombreux groupes de New Zydeco n’hésitent pas à lui rendre hommage sur les parquets de Houston et de Louisiane. Frank Frost lui a même donné une réplique avec « My Back Scratcher » en réponse à « Scratch My Back ». En 1999, l’excellent trio Mercy Blues Band lui rendait hommage avec « Tribute to Slim Harpo », même chose avec Kenny Neal qui enregistrait en 2005 un album portant le même titre.

Le Kingbee

Discographie sélective :

  • I’m a King Bee (1989) Flyright
  • Scratch My Back- The Best of Slim Harpo (1989) Rhino
  • I’ m a King Bee (1995) Ace
  • Shake Your Hips (1995) Ace
  • Tip On In (1996) Ace
  • Sting It Then! (1997) Ace
  • Gitanes Blues Collection (2000) Universal
  • The Excello Singles Anthology (2003) Hip Ho

Tip On In (James Moore, R. Holmes – 1967)

Ooh, lay it on me, baby
Don’t stop now
Let your hair down, baby
We ain’t goin’ to heaven, no how
I’m ready to burn, baby
Right here and now
Whoa, I dig those crazy clothes
Let me feel those fish-net hose
Cut low at the top
And high at the bottom
In fact, I don’t see
How we ever did without ’em

Now, there’s a place down the street
They call ‘The Tippin’ In’
Let’s walk on down there, baby
That’s where the fun begin
But let me check you just one mo’ time

Mmm-umm-mm!

You know you send me, baby
Let’s go on in here
Now, sock it to me!
Woo-ooo-wee!

You know this gettin’ good to me, now?
Aaw, shuck!

 

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