Série de concerts à l’Espace B (Mars 2005)

Les concerts

Je commence cette série de trois concerts par ce qui, selon moi, doit être considéré comme une déception ; puis j’enchaînerai sur une bonne surprise, voire une révélation, puisque le band évoqué était inconnu de votre humble serviteur, pour terminer par le trio ayant été choisi cette année par le CLB (Comité de Liaison Blues).

Boo Boo Davis : Nombreux sont les spécialistes du Blues à considérer Boo Boo Davis comme l’une des figures les plus importantes de la scène actuelle. Je ne tiens pas à rentrer dans des querelles de clochers et des polémiques, mais la prestation du BooBoo Davis’s Band est loin de m’avoir convaincu ce soir là. Les accompagnateurs sont les musiciens bataves du label Black Tan. Cette troupe tourne depuis quelques années avec d’excellents seconds couteaux de la scène Afro américaine. Mais ce soir là, c’est le minimum syndical qui m’est offert. J’ai l’impression, hormis le batteur, que les autres sont venus un peu comme on va à l’usine ou chez son boulanger. Boo Boo offre un spectacle limité à l’harmonica, souvent composé de phrasés assez courts, la voix est forcée et les paroles inaudibles. La formation reprend des compositions figurant sur les trois albums de Davis, avec un essai joliment transformé du standard de 1956 d’Howlin’Wolf « Smokestack Lightning ». La voix a souvent des effluves Soul entrecoupées parfois par un ton déclamatoire, qui est poussif. Le chef d’orchestre Jan Mittendorp refuse toute idée de Bœuf avec les quelques musiciens venus ce soir là. Dommage ! Enfin, le public est enchanté par le show proposé ; seul un correspondant de Soul Bag semble partager mes doutes.

Bluesiana : Une semaine auparavant, c’était la formation Bluesiana qui était à l’affiche. J’avoue avoir hésité quelque peu à me déplacer. Bien m’en prit ! Ce quatuor est humble, sobre, joue juste sans en « foutre partout ». On retrouve dans leur répertoire quelques compositions, dont une en français, mais les reprises sont intéressantes et les adaptations surprenantes. Parmi les morceaux, je note une reprise peu répandue de Mike Bloomfield « Buried alive the blues », d’excellentes versions de « Killing Floor » et de « Queen of spootes » dans lesquelles le clavier Fred Luccioni se montre vraiment à son avantage. Lors d’une reprise de Robben Ford, le même clavier nous fait du Michel Legrand, ne souriez pas…c’est excellent ! J’apprécie aussi une composition dont le refrain « I can’t play like Buddy Guy » me fait sourire. L’ensemble des deux sets est homogène, même si on a parfois droit à des ballades américaines légèrement éloignées du Delta : « Everything’s broken » (Dylan). Puis arrive une superbe version de « Sweet home Chicago » Ce standard archi rabâché qui m’irrite bien souvent, est ici proposé sous un tempo très lent. C’est glauque, noir à souhait, comme cela doit être reproduit. Le concert se termine par « Knockin’on heavens doors » qui adoucit la sauce et que le public venu en nombre, reprend avec émotion.
Bluesiana est donc un quatuor composé de Chaz Pugliese (chant et guitare), Fabien Prevost (basse), Chris Da Costa (drums), Fred Luccioni (clavier). D’origine italienne, le leader a longtemps vécu aux USA, ce qui lui permet d’avoir un accent impeccable. J’apprécie également le travail subtil, entrecoupé de touches jazzy délicates de Fred Luccioni. Enfin le nom de l’orchestre qui pourrait évoquer le style Louisianais est en fait un hommage à un titre de John Mooney. Vraiment une excellente surprise.

Mercy : Juste avant son passage à Tremblay, ce trio originaire des Alpes de Haute Provence, a encore une fois assené une claque énorme au faible public de ce week- end Pascal. Ce Bayou Blues propose un Swamp plein de punch et d’énergie, très électrique et dynamique. Certains « puristes » peuvent être rassurés, les pièces proposées par Mercy ne sont pas dénaturées. Il y a une chaleur, du rythme, qui émane de ce trio. Il y a du liant, et comme on le dit communément, ça groove un Max ! Le band est aussi à l’aise sur les reprises de Slim Harpo et Lonesome Sundown que sur leurs compositions. Il y a un esprit très novateur dans leur manière d’aborder leur Swamp Blues. Le public semble particulièrement apprécier « Tip on In », « Buzz my babe », « Shake your hips », ça hurle, ça applaudit, ça siffle…Il semble y avoir communion. Jean Paul Avellaneda est à l’aise au dobro sur la version de « I want talk to my Daddy ». Enfin il n’y a pas de temps mort entre chaque morceau, puisqu’ on a le droit à de véritables contes, véritables scénettes. Jean Paul Avellaneda a un don pour se mettre une salle dans la poche, un charisme qui rappelle parfois celui d Luther Allison. Au sujet de ce dernier, JPA est très certainement la personne à l’avoir le mieux connu dans l’hexagone, même si pudiquement, il n’en parle pas beaucoup. Le reste du trio est composé par le trop méconnu Bruno Quinonero à la basse ainsi que d’Emmanuel Lamic à la batterie. Les lecteurs de Soul Bag avaient, l’an passé, choisi ce band comme meilleure formation en concert. A vrai dire, les Trios Blues susceptibles de rivaliser avec eux avec autant de punch se comptent sur les doigts d’une main.

Le Kingbee

 

les 5 derniers articles de kingbee

0 Commentaires

Laisser une réponse

Contact

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

En cours d’envoi
DOCTEUR BLUES © 1998 © 2016

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?