Seasick Steve… Seasick… hips qui ?

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Seasick Steve à la manière d’un Calvin Russel il y a quelques années c’est un peu l’histoire de la tempête dans un verre d’eau… sorry de gnole par le petit bout de la lorgnette ou du petit bout tout court de certains Torquémada du Blues. Ces guettes aux trous de l’authenticité étaient capables de se palucher des plombes entières afin de décider si s’en était ou pas du Blues, si le mec était bidon ou sortait du gallon dont on liche le vrai tord-boyaux. On en était pas loin du duel à la régulière au fond de la ruelle sauf que ça se passait souvent au comptoir juqu’à épuisement des arguments et des bouteilles.
Entre mauvaise foi et cirrhose à venir.
Il faut dire que Fat Possum, Fedora et la Dickinson Family étaient passés par là. Ca tenait de la cour des miracles (sauf que pour certains il n’y en avait pas) entre les boiteux,les estropiés,les aveugles et les alcoolos…pour certains des raclures de crachoirs de juke-joints et pour d’autres des génies fracassés. La vérité se situait souvent entre les deux. Entre le Blues lancinant et mélancolique de Junior Kimbrough (« Sad days..Lonely nights »), celui terminal et poignant de Charles Caldwell (« Remember me ») et celui au rasoir, dangereux et vicelard, à deux doigts du lynchage de R.L Burnside et de T.Model Ford.
Plus douteux les seconds couteaux tels Cedell Davies, le Freddy Kruger de la six-cordes, Asie Payton et quelques autres au moins récoltaient de quoi soigner leurs diabètes tout en continuant à se payer leur gnôle. Dans un cadre assez gerbant d’Oncle Tom inversé on demandait à ses débris de surjouer leurs rôles..plus noir que noir..plus grimaçant qu’un vieux boxeur fracassé afin qu’un public blanc puisse triper par procuration et fantasmer sur le parcours douloureux et accidenté de leur existence de merde de galérien down-home. Mais fallait quand même pas pousser sorti de la salle de concert ou du festival ça s’arrêtait à l’exhibition de Freaks et chacun rentrait chez soi.
Qui aurait osé héberger un de ces mecs pour la nuit?
Qui aurait été partager un moment chez eux la tartine de merde qu’ils étaient obligés d’engloutir chaque matin en se levant?
Qui aurait supporté leurs regards, ces silences terribles et leur folie sans les juger ou les prendre en pitié?
Sophie Kay et Little Victor dans leur film sur R.L Burnside ont relevés le défi et ont réussis..et ceci est certainement du a leur dinguerie, leurs vécus respectifs et commun à l’époque, leurs passions pour ces mecs et leur musique et le fait qu’ils soient aussi des zicos biberonné au sirop de la rue.
A la différence de Fat Possum, à l’exception entre autre du « Jerry Roll King »..sublime Live comme par hasard, Fedora allait les chercher sur leur terrain et les faisait enregistrer tel que ça sortait des amplis et non pas comme si ils étaient au milieu d’une usine d’encapsulage ou d’une chaîne de montage robotisée avec leur bidouillage techno. Derrière Robert Millar et Franck Goldwasser faisaient souvent partie de l’orchestre maison. Réécoutez « COLD TACOS and WARM BEER » de Harmonica Slim et Hosea Levy sorti en 2000, Willie Wills et sa guitare acide comme une giclée de vitriol sur « CANT’HELP BUT HAVE THE BLUES » de 1998 mais aussi le premier Arthur Williams « AIN’T GOIN’DOWN » avec Sam Carr et Jesse Hoggard encore en 2000…que de la tuerie!
Bref à l’époque on hésitait pas à sortir de la tranchée sans savoir ce qu’on allait trouver au bout et puis comme la pizza qui est à l’origine un plat de prolos que la Mama glissait dans la musette c’est devenu une recette et une formule dont on aurait perdu ou oublié d’ou elle venait. On ne gardait que l’enseigne clinquante et poseuse de la déglingue à grands renforts de clichés. Suffisait d’acheter une salopette, un chapeau, d’aller se faire quelques tatouages et de se dénicher chez la grand-mère ou au BHV de quoi se faire une contre-bassine. Mais n’est pas Lonnie Pitchford ou les « Violents Femmes » qui veut! D’autres s’y collèrent les doigts dans la prise essayant de sortir le son le plus crade possible en prenants l’air méchant alors que eux l’avaient vraiment parce que ils ne pouvaient pas faire autrement. Cela compensait pour certains la nullité crasse de leur niveau ou pire amenait à saloper volontairement leur jeu pour faire plus roots. Sauf que là c’est live que les masques tombaient.
Donc acte en ce qui concerne SEASICK STEVE au Bataclan!
Seasick Steve rien que le nom..sur que ça allait tanguer sec mais que la seule chose qui passerait par dessus bord serait une giclée bien épaisse et brûlante de ce Blues cabossé mélangé à quelques fulgurances free-punk et bordées country.
De toute façon la soirée n’était pas pour les estomacs sensibles et délicats!
En première partie Nina Attal complètement hors sujet essuya sur six chansons les plâtres là ou à une époque elle aurait essuyé les glaviots, les jets de canettes et les « A poil » en vigueur. Mais aujourd’hui nada de tout ce folklore bourrin mais qui quelquefois faisait office d’épreuve de vérité pour l’artiste quand il remportait le morceau et que les gueulards repartaient la queue basse et la banane honteuse dans chaque oreille! Remember Starshooter en première partie d’Iggy Pop aux abattoirs ou Kent et sa bande avait forcé le respect. Mais aujourd’hui c’est le portable qui désamorce cette urgence. Dommage! Courageusement elle va au charbon en formule solo juste avec ses deux guitares et un clavier et utilise le temps qu’on lui laisse pour aligner ses chansons essentiellement des compos personnelles qu’elle dit être en fait destiné à son groupe et ça se sent.
Bien sur elle a une super voix..mais maintenant n’importe qui à une voix qui envoie comme on dit.
Bullshit Ma Belle!
J’avais l’impression d’assister à une de ces daubes à la « The Voice » avec les « Hé vous ça va parce que moi, ça va », « Est ce que vous vous voulez chanter avec moi? » et « Vous êtes super »…frustrant non? Surtout quand on connait le potentiel et la façon dont elle s’est imposé dans les clubs de Blues de Paname.
Vraiment dommage qu’elle est pas plus sauté à la gorge du public. Là ou avec ses six morceaux j’espérais un six-coups je me suis contenté d’un pistolet à eau.
Bon okay..ce n’était pas elle qui devait assurer la première partie et elle s’est pas dégonflée donc respect mais je ne peux pas m’empêché de penser si les tourneurs n’étaient pas aussi feignasse ce que ça aurait pu donner avec par exemple « Blackberry’n Mr Boo-Hoo » avec ce qui allait suivre!
Ensuite la lumière se rallume. La salle est blindée et debout car les places assises des coursives sont bouclées, barrière métallique et vigile cerbère au bas des escaliers. La sono envoie du Led Zep en boucle et en bouillie dans les amplis.Ca aussi se serait sympa de balancer des trucs un peu plus originaux avec pourquoi pas un DJ/toaster/chauffeur de salle qui ferait monter l’ambiance à la jamaïcaine. Ca aurait moins un coté bétaillière et plus arène…cette musique à l’origine est quand même rebelle et doit te faire choisir ton camp. Et là c’est quoi? On est en plein concours de barbouzes chez les hipsters, consultation de messagerie et papotages aux portables. Ca sirote doucement sa bière en s’assurant de toujours garder la pose pour bien mettre en valeur son look aux regards des autres mais surtout pour sa gueule.
Sur scène c’était le ballet habituel des roadies toujours aussi sympa que des déménageurs transbahutant des meubles sur le trottoir lors d’une expulsion,touillant les spaghettis et testant les mics. On devrait aussi leur interdire le jean taille basse avec celui qui te balançait sa raie du cul sous le pif quand il s’accroupissait pour fixer des câbles au chatterton.
Un fauteuil défoncé sur lequel un coussin fixé avec le même rouleau trônait devant devant des micros avec au cul des amplis vintages. Une stompfeet et une gratte pourrie complétait le tableau entre vide grenier et encombrants laissés à la sauvage sur le trottoir…et je parle pas de la batterie dont une des cymbales semblait avoir été mâchouillé par un alligator plutôt joueur.
Sur que l’on était pas chez Mylène Farmer et que l’on allait pas donner dans le big band à paillettes.
Ni Las Végas!
Ni Stade de France!
Quoique pour ce qui est du SDF quand Seasick Steve se pointa avec ses pompes de chantier, son t-shirt bouffé aux mites, son jean rapiécé d’Arlequin, sa chemise de bûcheron et sa gapette croûtée de sueur séchée on en était pas loin surtout avec une bouteille de pinard à la main.
Là je me suis dit ou plutôt demandé si il en faisait pas un peu trop surtout qu’autour de moi la plupart des gens ne remarquait que ça. Shit! J’espérais qu’on allait pas assister à un naufrage à la Rodriguez…entre imposture marketing et déglingue sénile terminale. Et ce n’était pas son batteur avec son allure de viking métayer consanguin qui allait me rassurer.
Jusqu’à ce que le concert commence.
Les deux premiers morceaux s’écrasèrent et giclèrent bien saignants sur les planches. Du Blues Boogie désossé, les tendons sectionnés par la guitare de Steve..écorché vif. Derrière le batteur balançait abats, tripaille et boyaux encore fumants dans le bac à déchets en une sorte d’équarrissage monstrueux.
La viande fumait aussi jusque dans la salle.
Bien sur il y avait eu les Black Keys première période, le Jon Spencer Explosion, Richard Jonhston et quelques autres pour se colleter avec ce genre de mise à sac du Blues…pas mal d’imposteurs aussi mais là encore ça fonctionnait.
D’abord la bête ne force pas sa voix, les tatouages old school ne sentent plus l’encre fraîche depuis longtemps et pour qui sait regarder l’encolure a ce cramé du soleil poussièreux de la rue…le genre qui ne s’attrape que sur un banc ou à même l’asphalte en cuvant sa gnôle ou en se fadant des boulots à la dure.
Ensuite entre quelques solides lampées de picrate et histoires diverses balancées avec humour et tendresse se succédèrent ballades Country et missiles déjantés ou Blues, Punk et tabassage limite free ou ses grattes pourraves passèrent un mauvais quart d’heure.
Seasick arpentait la scène, allant chercher le public jusqu’à cette fille qui se retrouva assise en face de lui sur une chaise pour comme il dit  » It’s my first love song tonight and I need you Baby! ».
Plutôt intimidée elle fusillait du regard ses potes qui lui avait fait le coup de la désigner à Seasick. Les salauds!
« No Baby look at me…look at me! No boy Friend! No bullshit! It’s just YOU AND ME! » lui dit il en lui tournant la tête vers lui entre ses paluches de grizzly.
BRRR!
La pauvrette eu droit a son regard de psycho-killer aussitôt désamorcé par un sourire craquant et une magnifique ballade d’une douceur infinie.
Classe!
Ce mec a quelque chose dans le regard qui montre qu’il est heureux d’être ici, d’avoir survécu et de donner du plaisir aux gens. Il ne surjoue pas et a de l’humour. La même étincelle que dans les mirettes d’un Watermelon Slim ou d’un Ian Seagal.
Plus tard quand son batteur sortit de scène et qu’il se retrouva seul sur son fauteuil défoncé d’une voix douce et intimiste il fît une ballade magnifique Springsteenienne qui aurait eu sa place sur Nebraska.
Le silence était impressionnant.
Entre une guitare bricolée avec un carburateur de tracteur et une autre dont le tablier était un grattoir de washboard qui lui permettait en même temps d’envoyer les riffs et de marteler un tempo infernal, la fin du concert enchaîna Blues Lowdown hypnotique et Boogie masscreur se terminant pour certains en un joyeux bordel à la Beafheart. Seasick Steve littéralement possédé tabassant sa gratte me rappelait quelqu’un…bon sang mais c’est bien sur…Kurt Cobain qui l’admirais et l’appelait affectueusement « The old Bluesman » quand il était à Seattle. Mais aussi Hound Dog Taylor en ce qui me concerne.
A la fin du rappel le batteur d’un coup de pompe renversa une partie de son kit et balança ces cymbales par terre. Seasick fit hurler sa guitare en un larsen de compétition en la posant devant l’ampli non sans l’avoir auparavant frotter contre une de ces cymbales.
Le genre de final bien destroy que certains se sont pris dans les dents en se demandant comment ça pouvait débouler de la part d’un d’un type de plus de 70 balais au compteur…hé les mecs…jamais entendu parler de Iggy Pop ou de Lionel Hampton?
Une fois la lumière revenue Seasick et son batteur ne voulait plus quitter la scène…autographes, serrages de pognes et bisous pour ces dames. Un mec essayait même de rafler sa bouteille de pinard pour lui faire signer l’étiquette.
Trois jeunes kids d’à peine 16 ans que j’avais repérés au début avaient au fond des yeux cette lueur qui depuis que cette musique existe indique qu’il n’avait plus le choix et qu’ils allaient le monter ce putain de groupe…et moi goupiller ce putain d’article avec cette même étincelle qu’eux au fond comme quand j’avais leur age et que chaque concert était comme le premier ou le dernier.
Sauf que j’étais trop feignant pour la gratte et que je n’ai pas put dépasser le riff d’intro de « Smoke on the water », « Satisfaction » et les premiers accords de « Proud Mary » en inventant le picking à un doigt.
Cherchez l’erreur!
Il était plus de 23 heures quand je sortais sur le boulevard Voltaire en me disant que si celui-ci avait assisté au concert il aurait eu au kébab du coin certainement la perruque de travers, la redingote cloutée en lambeaux et les chausses en accordéon à la sortie.. le père François Marie tellement il aurait dansé et se serait éclaté.
Alors coup de hype le Seasick?
Entre folklore Buckowskien, dégaine hobo et gimmicks roots, entre grattes trafiqués et stompfeet pompés à peu près partout maintenant…comme l’avance certains qui d’ailleurs n’écoutent plus la plupart du temps et depuis longtemps les disques de ceux qu’ils citent à tout bout de champ.
Non..niet..NADA!
Ou alors on doit pas parler du même mec…ni du même concert! Définivement!
Paco.

Discographie:
SEASICK STEVE: « Sonic Soul Surfer » 2014 Dead Skunk Records.
HARMONICA SLIM & HOSEA LEVY: « Cold Tacos and Warn Beer » 2000 Fedora.
RICHARD JOHNSTON: « Foot Hill Stomp » 2001 Brg.
LONNIE PITCHFORD: « All Around Man » 1994 Rooster Blues Record.
WILLIE WILLIS: « Can’t help but have the Blues » 1998 Fedora.
ARTHUR WILLIAMS: « Ain’t goin’down » 2000 Fedora.
ROBERT »BILBO »WALKER: « Rock in the night » 2001 Rooster Blues Record.
ROOSEVELT »BOOBA »BARNES AND THE PLAYBOYS: « The Heartbroken Man » 1995 Rooster Blues Records.
ARTHUR WILLIAMS: « Midnight Blues » 2001 Rooster Blues Record.

 

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